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31.12.2006

Fugue

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Nous partîmes à la recherche du petit supermarket recommandé par Ludie. La route côtière était extrêmement agréable. Il devait être dix huit heures passées et la température était idéale pour marcher.

« Alors Alex, ça te plait l’Amérique ?

- Oui Jenny, c’est sûr. D’après le peu que j’ai vu, les paysages sont grandioses, les villes sont plutôt laides et les gens sont accueillants, spontanés, ouverts...Et les femmes, Jenny, tu as vu comme tu es belle, hein ?

- Arrête, tu vas... Tu me fais rougir !
Et New York, tu voyais la ville comme ça ?

- Et bien, oui et non. Oui pour le gigantisme, l’énormisme, la foule et les couleurs...
Par contre je ne m’attendais pas à trouver autant de différences entre les cinq districts !

- C’est vrai que c’est sûrement le plus marquant, ici. Et crois moi, plus on connaît la ville, plus on approfondit les différences entre les cinq parties de la city.

- Oh Jenny, regarde le joli petit parc qui surplombe la mer, qu’est ce que c’est beau, on dirait qu’il y a plein de plantes bizarres, non ?
Viens, on va voir ! »

Je la pris par la main et je l’entraînais jusqu’à l’entrée du parc.

Jennifer s’appuya sur moi pour vider ses escarpins de quelques gravillons...

« Jenny !

- Oui, Alex,

- Jenny, comment tu fais pour être toujours aussi gracieuse et élégante, dans tout ce que tu fais, même les choses banales, comme éternuer ou te frotter le lobe de l’oreille ?

- Et bien, euh...En fait, je fais exprès pour t’impressionner car je sais que tu raffoles de tout ce qu’il y a de plus féminin dans les attitudes des femmes, voilà tu sais tout maintenant !

- C’est bien ce que je disais, tu es wonderful... Bon tu crois qu’il faudra revenir pour le visiter en détail ce Jardin Botanique ou...

- Je dirais plutôt oui, car je me souviens d’une curiosité...Ah oui, ça me revient. A l’intérieur du parc, il y a un véritable Chinese Scholar's Garden ...

- Bon alors OK on essayera de revenir demain pour le jardin d'érudit chinois et par la même occasion on tachera de voir le Museum of Tibetan Art qui, je crois, est construit sur une colline.

Nous reprîmes la route côtière. Des oiseaux chantaient dans les arbres. Je crois bien que c’étaient une variété de geais, mais j’ai oublié le nom exact.

Le petit supermarché ressemblait à une grosse épicerie.
Chez Wesley Olson était écrit en gros au dessus de la porte, au milieu d’une tripotée de panneaux et de bandeaux publicitaires qui avaient du faire la guerre (du Vietnam !).

Impossible de rater Wesley, il était tout seul dans le magasin.
Installé à la caisse, il regardait un match à la télé.
Jennifer, nous présenta. Sans écho.
Le sonar du gros homme devait être débranché.

Pourtant dès qu’il entendit le nom de Ludivine, tout bascula.
C’est comme si un interrupteur s’était abaissé dans son cerveau. Le courant passait.

Il se dépêcha d’éteindre le poste, insista pour prendre ma liste et nous demanda de l’attendre pendant qu’il faisait nos courses...

Il commençait déjà à remplir un caddie lorsqu’une vieille dame se présenta à la porte.
Je compris qu’il était question de poisson. Aussi sec ; sans même se déplacer, Wesley déclara que le magasin était fermé...

Jennifer me regardait impressionnée. Elle n’était pas encore habituée à « l’effet Ludie ».
Moi, par contre, j’étais contrarié de ne pas pouvoir choisir mes ingrédients...Je me faisais du souci pour mon risotto...

« C’est fou Alex ! Tu as vu comme les gens sont avec elle ! C’est quand même incroyable...
...Tu crois qu’ils ont peur d’Elle ?

- Peur, non, je ne pense pas. Au contraire, c’est de l’amour tout simplement. Ils adorent Ludivine, c’est leur Reine Noire à eux, ils l’adorent et la vénèrent...Qu’est-ce que tu veux que je te dise...C’est leur idole !

- Et comment tu veux, comment faire pour rivaliser avec...
C’est impossible, c’est comme un Teckel devant un Lion, c’est...Tu vois Alex, la vie est mal faite... »

J’ai cru qu’elle allait pleurer, s’écrouler devant moi sur le carrelage blanc et rouge.
J’ai rarement vu quelqu’un aussi triste, pas désespérée mais plutôt sans espoir.
Comme si la vie s’éloignait d’elle...
C’était terrible.

Heureusement, d’entendre chantonner la baleine Olson, ça me redonna du courage.

« Ecoute Jennifer, ce n’est pas possible, tu ne peux pas être triste...Regarde moi, mieux que ça... »

Et elle se jeta dans mes bras et éclata en sanglots. C’étaient de véritables spasmes de larmes qui sortaient de son corps.

J’étais tout remué et je sentais les lames successives de douleur qui la submergeaient.
Je finis par être complètement trempé de ses pleurs. Je me sentais tout tiède.

Je lui caressais les cheveux et je fis une deuxième tentative en parlant le plus doucement possible, près de son oreille.

« Jennifer, petite fille, ce n’est pas possible que tu te mettes dans des états pareille, et je vais te dire :
Ce n’est pas parce que tu es immensément riche, environ la dixième fortune des Etats-Unis ;
Ce n’est pas parce que tu as une intelligence très au dessus de la normale qui te vaudra sûrement un prix Nobel ;
Ce n’est pas parce que tu es une des plus belles femmes au monde...

Non, Jennifer, ce n’est pas pour ces raisons là que tu ne dois pas être triste, c’est simplement parce que tu es là, tu vis, tu respires.
Et le simple fait d’exister est un miracle, une chose incroyable...Crois moi Jenny, je sais de quoi je parle ! »

Je lui donnais un mouchoir. Elle se tourna pour s’essuyer et se moucher.
Puis elle revint contre moi et plongea ses magnifiques yeux verts dans les miens.

« Excuse moi Alex. Je suis désolé. Tu as raison. Tant qu’il y a de la vie, il y a de l’espoir ! »

Elle me foudroya de la violence d’un baiser voluptueux qui me laissa pantois.
Puis elle demanda si le magasin était pourvu de toilettes.

Les talons de ses escarpins sonnaient sur le carrelage comme sur du verre de Venise.
Encore abasourdi, je me fis la réflexion :

« On dirait du Mozart.. »

At home, Dimanche 31 décembre 2006

Commentaires

Le vent s'est levé, je suis là, bonne fin d'année.
Bisous tout doux.

Ecrit par : pseud | 31.12.2006

Hello Comtesse,
Tu es toujours là quand il faut. Je suis content de voir que tu vas bien.
Une année de plus c'est un pas supplémentaire en direction de la sagesse.
Je t'envoie plein de fleurs de vent et je t'embrasse tendrement.

Ecrit par : La Porte Sans Porte | 01.01.2007

merci pour les fleurs de vent, je les vois, de toutes les couleurs ... et en noir et blanc aussi pour toi

Tu crois qu'on aura de la neige cette année ?

Ecrit par : pseud | 03.01.2007

Oui Comtesse,
je vois la neige, plus tard à la fin du mois, même si je l'ai déjà sentie par ici, à deux trois reprises, et puis elle est repartie.
Ma Tendre et douce, c'est vrai que je suis légèrement daltonien, mais je vois toutes les couleurs, du moins, je crois...j'espère !
Je distingue mal les nuances par contre, le bleu marine et le noir et puis toutes les couleurs avec deux dominantes comme le turquoise ou le kaki, là je rame un peu ce qui les fait toujours rire, les F.
Tu sais bien, je n'ai jamais eu de chance, moi, quand même...
Baisers blancs

Ecrit par : Le Renne 2007 | 03.01.2007

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