30.04.2007
Quel avenir ?

L’hôtesse devait se préparer pour la procédure d’atterrissage et le check up obligatoire.
Elle se retrouva devant la porte avant avec Charles-Henry, le steward qui lui avait toujours servi de grand frère.
« Qu’est-ce qui t’arrive, Elyse, un coup de moins bien ?
- Non Charles, c’est merveilleux, si tu savais...
- Si je savais, si je comprenais ce que tu peux faire à te rouler par terre aux pieds d’une Indienne... Elle est belle, elle est même très belle, mais quand même !
- Tu n’y es pas. Cette femme est plus que belle. C’est une Reine et j’ai décidé de lui donner ma vie !
- Mais Elyse, tu es devenue folle, voyons ! Pense à tes parents dans l’Arkansas, à tous les efforts que tu as du faire pour décrocher ce job, l’avenir qui t’attend...
- Quel avenir, Charles-Henry ? Devenir la maîtresse d’un pilote, un accessoire de sa ligne, finir par me marier avec un gros bouseux du Texas, plein de pétro-dollars, les poches bouffies de certitudes ! Non merci, mon chou, je préfère vivre. »
Elyse lui sourit puis décrocha le micro :
« Ladies and gentlemen, Sa Seigneurie la Reine et sa protégée, je vous remercie de votre attention, nous allons entamer notre descente, il est douze heures trente six, il fait vingt huit degrés au sol, nous vous souhaitons... »
La plupart des passagers du vol numéro trois cent dix neuf de delta Airlines étaient des habitués, ils avaient bouclé leur ceinture et redressé leur siège.
Une reine dans l’avion, ça ne les étonnait qu’à moitié. Ils avaient tous remarqué cette femme très typée, différente, hors normes, elle devait être originaire d’un émirat pétrolifère, d’un pays où les habitants sortent du sable...
Elyse était frissonnante, presque tremblante. Elle attendait quelque chose, qu’un esprit, que la Reine reprenne contact avec elle...
Je suis folle, se dit-elle, ce n’est quand même pas une Martienne !
La jeune hôtesse blonde se tenait, souriante, assise près de la porte qu’elle surveillait. Elle regardait les rangées de fauteuils rouges du compartiment de première classe.
En fait, elle voyait tout autre chose : un grand nuage, doré au milieu, gris sur les contours. Du centre du nuage qui avait envahi son esprit, elle entendait respirer une apparence, une note, une goutte de quelque chose.
Une rivière coulait en murmurant : j’arrive, je t’emmène sur la rive, je te mène.
Une fleur, comme un tournesol rouge, bordé de gris, semblait l’examiner, puis se déhancher.
La fleur sans taille, aussi grande que microscopique s’approchait d’elle, comme en dansant, en ondulant.
De chaque côté de la tige souple, deux feuilles longues et minces se dressaient comme des nageoires, comme des ailes.
La fleur approcha encore, elle se trouvait maintenant sous Elyse qui se sentait aspirée par le parfum immense qui se dégageait de la corolle ouverte, l’hôtesse se sentait défaillir.
Charles-Henry lui toucha l’épaule et machinalement elle se leva et le suivit pour se poster près de la porte, en face, par où les voyageurs allaient pouvoir s’enfuir tandis qu’elle était prisonnière du vide et qu’elle...
Lundi 26 mars 2007
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