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30.04.2007
Quel avenir ?

L’hôtesse devait se préparer pour la procédure d’atterrissage et le check up obligatoire.
Elle se retrouva devant la porte avant avec Charles-Henry, le steward qui lui avait toujours servi de grand frère.
« Qu’est-ce qui t’arrive, Elyse, un coup de moins bien ?
- Non Charles, c’est merveilleux, si tu savais...
- Si je savais, si je comprenais ce que tu peux faire à te rouler par terre aux pieds d’une Indienne... Elle est belle, elle est même très belle, mais quand même !
- Tu n’y es pas. Cette femme est plus que belle. C’est une Reine et j’ai décidé de lui donner ma vie !
- Mais Elyse, tu es devenue folle, voyons ! Pense à tes parents dans l’Arkansas, à tous les efforts que tu as du faire pour décrocher ce job, l’avenir qui t’attend...
- Quel avenir, Charles-Henry ? Devenir la maîtresse d’un pilote, un accessoire de sa ligne, finir par me marier avec un gros bouseux du Texas, plein de pétro-dollars, les poches bouffies de certitudes ! Non merci, mon chou, je préfère vivre. »
Elyse lui sourit puis décrocha le micro :
« Ladies and gentlemen, Sa Seigneurie la Reine et sa protégée, je vous remercie de votre attention, nous allons entamer notre descente, il est douze heures trente six, il fait vingt huit degrés au sol, nous vous souhaitons... »
La plupart des passagers du vol numéro trois cent dix neuf de delta Airlines étaient des habitués, ils avaient bouclé leur ceinture et redressé leur siège.
Une reine dans l’avion, ça ne les étonnait qu’à moitié. Ils avaient tous remarqué cette femme très typée, différente, hors normes, elle devait être originaire d’un émirat pétrolifère, d’un pays où les habitants sortent du sable...
Elyse était frissonnante, presque tremblante. Elle attendait quelque chose, qu’un esprit, que la Reine reprenne contact avec elle...
Je suis folle, se dit-elle, ce n’est quand même pas une Martienne !
La jeune hôtesse blonde se tenait, souriante, assise près de la porte qu’elle surveillait. Elle regardait les rangées de fauteuils rouges du compartiment de première classe.
En fait, elle voyait tout autre chose : un grand nuage, doré au milieu, gris sur les contours. Du centre du nuage qui avait envahi son esprit, elle entendait respirer une apparence, une note, une goutte de quelque chose.
Une rivière coulait en murmurant : j’arrive, je t’emmène sur la rive, je te mène.
Une fleur, comme un tournesol rouge, bordé de gris, semblait l’examiner, puis se déhancher.
La fleur sans taille, aussi grande que microscopique s’approchait d’elle, comme en dansant, en ondulant.
De chaque côté de la tige souple, deux feuilles longues et minces se dressaient comme des nageoires, comme des ailes.
La fleur approcha encore, elle se trouvait maintenant sous Elyse qui se sentait aspirée par le parfum immense qui se dégageait de la corolle ouverte, l’hôtesse se sentait défaillir.
Charles-Henry lui toucha l’épaule et machinalement elle se leva et le suivit pour se poster près de la porte, en face, par où les voyageurs allaient pouvoir s’enfuir tandis qu’elle était prisonnière du vide et qu’elle...
Lundi 26 mars 2007
13:01 Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
28.04.2007
A l’intérieur des mots

Ludivine posa la main gauche à plat sur le hublot, elle aspirait l’humidité, elle la transformait en un message de paix qui aussitôt se répandit dans les travées.
L’air était comme renouvelé, un parfum de rose sauvage éclairait les visages.
Elyse voyait l’expression des passagers se transformer en sourires bienveillants.
Arrivée devant la place de Ludie, elle compris qu’elle allait vivre l’inexplicable, le tout au dessus de tout. Elle tomba à genoux et baisa les pieds de Ludivine. Elle pleurait de bonheur.
A l’intérieur des mots, il y a des mots.
Pendant qu’Elyse ne savait plus où elle était, le temps s’était arrêté.
Elle baignait dans ses larmes, elle voyait les pieds de Ludie, d’une absolue beauté, bronzés, effilés comme de l’acier, les pieds de la déesse émergeaient comme un rocher au milieu d’une rivière de larmes.
Un rayon de soleil, un rayon vert baignait la scène de lumière. Elyse tendit la main, elle voulait s’approcher, s’accrocher, elle voulait embrasser le rocher, le serrer dans ses bras, elle voulait...
Ludivine parlait à Marcia, elle avait posé sa main gauche sur le front de la jeune femme endormie sur ses jambes.
Elle lui faisait passer des mots et des silences, elle était décidée à lui faire comprendre que la peur était derrière elle, qu’elle devait s’ouvrir, apprendre à écouter, respirer, s’inspirer du vide, se nourrir du vent, chanter avec la pluie, il fallait, il fallait vraiment.
Comme à chaque fois qu’elle rencontrait quelqu’un qui avait besoin d’elle, Ludivine était surgonflée d’énergie, prête à faire des miracles pour donner et pour faire accepter ses dons.
Elle savait que Marcia qui était un être exceptionnel, avait des besoins hors normes, surtout un, insatiable, le besoin d’Amour.
« C’est ça qu’il te faut mon Ange, c’est ça ».
Ludivine chantonnait doucement et Marcia se mis à sourire timidement puis avec l’assurance de celle qui se sent bien, de celle qui se sait attendue.
Conscient du naufrage qui recouvrait ses pieds, Ludie posa la main droite sur la tête d’Elyse qui n’en pouvait plus de pleurer et de rêver, de marcher en pleurant dans un nouveau pays inconnu pour elle.
Sans ouvrir la bouche, Ludie lui dit :
« Va et reviens ».
Jeudi 22 mars 2007 - On train
00:43 Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
24.04.2007
Elyse

Le voyage de Ludivine et Marcia dura près de trois heures.
Marcia après avoir relevé l’accoudoir de séparation,
finit par s’endormir dans les bras de Ludivine,
le visage enfouit dans ses seins,
puis ensuite sur ses cuisses,
la figure contre le ventre doux et chaud de Ludie.
L’hôtesse l’aida à installer les jambes de Marcia
sur les fauteuils contigus qui étaient libres.
Plus tard, peu de temps avant l’atterrissage à New York,
un petit homme maigre à la moustache agressive
vint se planter dans l’allée pour demander des comptes
aux deux femmes à la tenue incorrecte.
Ludie était en communication avec Kasey et n’avait pas envie d’ombre.
Elle posa sa main gauche sur le visage de Marcia, pour l’isoler,
et elle tendit le bras droit en dessinant un cercle dirigé vers le bas.
Le petit homme s’immobilisa, devint muet, blanc puis jaune...
Une mare apparut aux pieds de son pantalon taché.
Le steward qui n’aimait guère l’inspecteur,
ne put s’empêcher de pouffer de rire :
« Hi, hi, le pauvre Stanley touché en plein vol,
le Stanley a des fuites de carburant, je précise :
nous avons un Stanley tout rouge, près à exploser en vol... »
L’hôtesse qui s’occupait des Premières lui glissa :
« On en fait quoi du Stan, on l’ensoute ou on l’aère ?
- Je ne sais pas chérie, demande à la Chef Indienne,
elle a l’air de faire la pluie et le beau temps...ici... ».
Le steward venait d’avoir une vision d’effroi,
lui et Stanley, dans la soute, l’un sur l’autre...
« Qu’est-ce que tu as, Pierre-Louis, tu es tout pâle ?
Bon, je vais demander à la dame.
- A la Reine » précisa Pierre-Louis.
« Oui, merci...
...Votre Majesté, je vous prie de m’excuser mais si vous pouviez remettre notre Inspecteur de bord en état de marche, au moins je pourrais aller le ranger au fond de l’appareil, alors que là... »
Ludivine, qui était en mode multiconversations, la regarda, lui sourit, tendit la main vers le bas et releva juste l’index vers le petit homme moustachu.
Elle fit un battement de cils.
L’hôtesse comprit qu’elle dérangeait, elle prit l’inspecteur par le bras, il était tout mou maintenant...
« C’est dingue, se dit Elyse, quand je vais raconter ça à ma sœur, elle ne voudra jamais, jamais...
Pourquoi jamais... Et pourquoi pas moi ? Oui, pourquoi est-ce que je ne la suivrais pas, moi aussi ? »
Ludie se détendait en parlant aux nuages, cela lui faisait du bien, elle sentait les gouttes de vapeur d’eau se mélanger en elle, elle flottait dans l’univers.
Elle aimait ces échanges pleins de silences et d’échos, de notes traînantes et parfois les grincements discordants du vent qui voulait entrer, qui avait quelque chose à dire, mais Ludivine le faisait attendre.
« C’est fou, pensa-t-elle, on dirait qu’il est jaloux. »
Mardi 20 mars 2007 - On train
17:59 Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
23.04.2007
Martha

La route grise, le ciel jaune.
l’oiseau de mer se levait.
Où est la brise ?
Elle cherchait la fraîcheur maritime.
Martha était revenue.
Sur la place de granit,
adossé contre la vieille fontaine,
je parlais à mes souvenirs.
Pourquoi, encore, comment ?
Martha marchait d’un pas vif,
elle visitait les rues étroites
aux pavés sans ordre.
La nuit était partie, maintenant.
Pour combien de temps ?
Je regardais les balafres du ciel,
je me sentais attiré par ces déchirures blanches
mordant l’azur d’un bleu d’acier.
Je cherchais ma Céphéide,
l’étoile supergéante de mon univers.
Je n’osais pas y croire.
J’avais trop peur de la trouver,
Celle qui, celle que j’avais imaginée
créée, modelée, dessinée...
Une femme, un être magique,
une force capable d’envoûtement,
venue d’ailleurs.
Pour moi,
elle sera toujours le plus beau des rêves.
Toi,
ma balise cosmique.
Toi.
Martha ne pensait plus,
elle dansait sur les pavés.
Les vitrines antiques lui adressaient
un hommage voilé.
Son cœur s’emplissait de lumière,
le soleil brillait pour elle
et chauffait tout son corps
comme une caresse de flamme.
Elle se sentait grandir,
s’élever, flotter, nager
au dessus des hommes.
La vieille ville au bord de la mer
commençait à s’éveiller.
doucement, les couleurs apparurent.
Le mouvement naissait, l’ombre grandissait.
Les murs accueillaient des images,
parfois des mirages.
Les garçons s’éveillaient intrépides,
les filles se voulaient volages,
ou bien trop sages.
C’était la vie.
Elle tourna, retourna, contempla.
Un homme, là bas.
Elle se dit, tout bas,
vraiment très bas...
Pourquoi ?
22:31 Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
19.04.2007
Ludie blues

« Mais au fait, Madame, le loup blanc ?
- Ah, Léo ! Il est parti à New York en voiture, il n’aime pas l’avion. La pressurisation est trop forte pour ses oreilles, ce n’est pas bien pour lui. Alors que l’automobile, c’est une grosse niche qui roule, non ?
...Bon, comme tu as une démarche magnifique, déliée et expressive quand tu es pieds nus, on va t’habiller les extrémités de peaux naturelles, avec de véritables mocassins : tu vas voir comme c’est bien ! »
Maintenant qu’elles étaient dans l’avion, elles avaient toutes les deux enlevé leurs chaussures.
« Ah, Madame, le ciel est si bleu, tout est si ...
- Marcia, parfois j’aimerai que tu apprennes à être la petite fille que tu n’as jamais été... »
La jeune femme blonde fronça les sourcils et baissa la tête.
Ludivine lui prit la main.
« Je sais que tu as toujours été obligée de te défendre, que tu t’es construite contre les autres, mais il faudra que tu gouttes à la tranquillité, Marcia, que tu aperçoives la paix.
- Madame, je sens une présence, là, avec nous, elle est bienveillante et nous entoure, elle est comme vous, elle...
- Alors ?
- Alors, je crois que c’est votre sœur, qui est là, qui nous ramène... »
.............................
« Oh Ludie, oh Ludie, Ludie blues, oh Ludie blues... »
Kasey chantait. Elle était partie se promener avec Malinda et Simon.
Ils suivaient le bord de mer et Simon leur expliquait le cycle de l’infiniment petit qui compose le tout et qui est la base de ...
« Et forcément, il y a de la poussière d’étoile qui est tombée là-dedans, dans le potage !
- Oui, Merveille des merveilles, on ne saura jamais comment tu fais pour savoir tout ça !
Mais c’est exact, au départ il y avait une sorte de soupe primaire qui s’est nourrie entre autres de déchets du ciel... »
Malinda l’interrompit :
« Chut, ne regarde pas, elle est ailleurs... »
Simon fit quelques pas et le plus discrètement possible se retourna pour examiner la fillette.
Elle était assise en tailleur, les mains posées sur les cuisses, paumes levées vers le ciel, et elle souriait comme un ange...
Malinda se rapprocha de Simon qui lui entoura les épaules.
Elle était bouleversée de voir Kasey dans un tel état de pureté et de transcendance. Tout bas, Simon lui demanda :
« Tu crois qu’elle rêve à un paradis lointain ?
- Non Simon, elle parle à sa mère, regarde bien son expression, c’est la même en modèle réduit... »
Simon regardait et plus il insistait, moins il voyait de ressemblance avec Sarah, au contraire, il trouvait que finalement Kasey ressemblait encore plus à Ludivine...
Plus tard, en plein milieu de la nuit, il s’éveillerait en sursaut, se lèverait comme un possédé et sortirait sur la terrasse, pour parler à la Mer, encore noire :
« J’ai compris, ca y est, j’ai compris, j’ai... »
Et il retournerait se coucher, près de Malinda qui lui caresserait les cheveux en chantonnant l’air de Kasey :
« Oh Ludie, oh Ludie, Ludie blues, oh Ludie blues ».
Lundi 19 mars 2007 - 8h48. On train
15:37 Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
15.04.2007
La quête

Dans l’avion qui les amenait de Washington D. C. à New York, les deux femmes, comme deux sœurs, se parlaient à peine, tellement leurs attitudes et leurs esprits se complétaient, dans une curieuse harmonie.
Il est clair qu’elles ne passaient pas inaperçues. Ludivine était si brune et foncée de peau alors que Marcia avait le teint rose et la blondeur presque blanche d’une véritable Viking.
Elles étaient toutes les deux vêtues de pantalons noirs, tee shirt blanc, blaser violet pour Ludivine, marron pour Marcia et chaussées de mocassins extra souples.
Ludivine avait tenu à habiller Marcia avant de quitter la capitale fédérale alors que celle-ci ne désirait rien, juste lui faire plaisir.
Son seul caprice et sa grande fierté furent d’avoir l’accord de sa chef pour s’habiller comme elle.
« Tu veux donc me ressembler ! »
s’exclama Ludie en admirant la silhouette gracieuse de Marcia qui se regardait dans une glace du magasin Harp’s.
Marcia ne broncha pas et vint se planter devant Ludivine :
« Ne vous moquez pas de moi, vous savez bien, vous savez... »
Et elle détourna subitement la tête.
« Non Marcia, tu ne vas pas pleurer quand même ! Je suis si contente d’être là avec toi et de rentrer à New York et de te ramener et de... de retrouver celui qui...
...Bon, j’ai trouvé ce qui ne va pas. Enlève tes chaussures à talon, retrouve tes pieds et marche ! »
Marcia s’exécuta, de bonne grâce.
Après toutes ces années de tension où elle s’était battue, seule contre tout le monde, contre ses démons aussi, elle se sentait enfin vivre, enfin elle avait trouvé un endroit.
Ce n’était pas vraiment une famille, mais plutôt un nid, un début de nid, où elle était présente, où elle existait pour quelqu’un et en plus, ce quelqu’un qui la regardait maintenant, assise droite, comme une princesse Aztèque, cette femme qui la regardait et qui elle le savait, faisait plus de dix choses en même temps, cette femme-là, était la Reine Noire.
Teteo Innan, la plus grande divinité régnant sur Terre, la Mère de tous les dieux avait peuplé ses rêves de petite fille et d’adolescente quand elle avait commencé à bâtir une stratégie pour avoir la possibilité de l’approcher un jour.
Cette quête la conduisit à l’Université de Philadelphie, et dans l’école de sports de combat où elle avait finit par épuiser tous ses profs, puis les Grand Maîtres qui à la fin refusaient de la croiser sur un tatami.
Il y eut aussi l’école de la rue, l’orphelinat et la tante Josua, sa mère d’accueil, celle qui lui racontait les légendes des terres anciennes, là où sur trois niveaux et aux quatre coins de la terre, s’étendait la conscience de l’homme, invisible dominée par un esprit, celui de Teteo Innan, celle qui fait obéir les dieux, qui ordonne à l’ours, qui est suivie par le loup et qui commande aux cinq éléments.
Vendredi 16 mars 2007 - On train
08:08 Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
10.04.2007
Mon double et mon tout

Juste avant de quitter l’étage des Divisions spéciales, un nouvel obstacle se dressa devant les deux femmes.
Un colosse de deux mètres de haut et cent trente kilos de large leur barrait l’accès aux ascenseurs :
« Contrôle de routine », qu’il disait...
Avec un large sourire béat, il laissait volontairement apparaître le holster de son arme de service, sous-entendant que...
Il était sûr de lui mais il commit une erreur fatale : il essaya de saisir le poignet de Ludivine...
Il n’eut pas le temps de l’effleurer, d’un coup de poing terrible entre les deux yeux, Marcia avait descendu la terreur qui s’écroula sous leurs yeux, au ralenti.
« Bon, au moins il a eu le bon goût de s’étaler de l’autre côté des ascenseurs ! Ca va Marcia, rien de cassé ?
- Merci Madame, tout va bien.
...
- Et bien, on peut dire que vous avez choisi une assistante efficace à ce que je vois... Félicitations ma chère ! »
Le Directeur chargé de la Sécurité venait d’apparaître derrière elles. Il s’adressa à un de ses adjoints :
« Dick, collez-moi ce balourd aux arrêts pendant quinze jours et mutez le au Texas, les cow boys lui apprendront à sauter à la corde, et puis...il est trop gros, pour ici !
...Bonne journée Mesdames. »
Ludie et Marcia se retrouvèrent dans l’ascenseur.
Ludivine songeuse prit la main de Marcia dans la sienne, pour la réchauffer au point d’impact.
Que cherche-t-elle ?
C’est curieux, se disait Ludivine, que cherche-t-elle : une mère, une sœur, une amante ?
Tout à la fois, peut être ?
Pendant ce temps, Ludie voyait la radiographie de la main de Marcia et rétablissait toutes les micro-connexions nerveuses endommagées.
Puis, elle rendit sa main à Marcia :
« C’est OK, maintenant. Sûre, tout va bien, hein Marcia ?
- Oui Madame, tout va si bien. Si vous saviez...
- Je sais Marcia, je devine.
Pour le moment tu es heureuse, mais tu vas souffrir aussi, la jalousie et le reste...
Tu es si entière, c’est ta force et ta fragilité en même temps...
- Qui, je sais, trop, toujours, bien sûr.
- Mais ça ira bien, simplement avec le temps, tu apprendras, je t’aiderai à t’occuper de toi, et puis ma sœur t’aidera, tu la connais ?
- Oui, un peu, je dois dire que votre complicité m’a souvent effarée. Je n’ai pas eu de sœur, ni de frère, pas beaucoup de famille à vrai dire, et j’ai eu du mal à accepter comme vous étiez, je crois que j’étais jalouse de Sarah.
- Je comprends Marcia, mais ce n’est pas possible, car Sarah c’est moi, mon double et mon tout, une autre version et qui n’est pas moins bonne...Tu verras. »
Jeudi 15 mars 2007- 7h26- On train
22:45 Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note
On dit merci

Elles arrivèrent à Langley, au siège de l’Agence à onze heures précises.
Le général Donovan, les reçut tout de suite. Il avait l’air de charmante humeur.
« Alors Madame Wolf, comment se porte ce bon peuple DINE KEYAH ?
- Les Dineh se portent bien mon Général, la population et les revenus s’accroissent ...
- Ah oui, l’artisanat d’Art, ça paye bien !
- Sûrement, mais c’est surtout l'exploitation du pétrole et du gaz et dans une moindre mesure les ressources minérales et forestières qui permettent de nourrir les 250 000 navahos
- C’est vrai que les Navajos sont riches !
- Oui mon Général, c’est sûr, ce sont les Indiens les plus riches et ...les Américains les plus pauvres.
- Tiens j’ai vu que le pool industriel des déchets et de l’incinération attend une réponse du Conseil tribal sur un contrat très important ...
- Ils peuvent attendre !
- Comment cela, c’est une source de revenus considérables !
- Oui, mon général, c’est surtout une grande source de pollution et avec l’exploitation des mines à ciel ouvert et nos problèmes de sécheresse, nous n’avons pas besoin de dégrader d’avantage l’environnement qui nous a été confié ! »
Marcia, spectatrice discrète sentait le ton monter entre les deux interlocuteurs, elle savait que ça allait exploser...
« Mais enfin Mademoiselle Wolf, reconnaissez que le Conseil tribal se réunit souvent et ne décide pas grand-chose, quand même !
- Mon Général, un Gouvernement qui ne gouverne pas, c’est sûr qu’un blanc ne peut pas comprendre ça, c’est certain... »
Le général Donovan, rouge de colère s’était levé :
« Je vous prierai, heu je vous prie, enfin... »
Ah, enfin de l’action se réjouit Marcia, cela va faire une heure qu’on assiste au numéro de Guignol, en escamotant mon dossier, il est temps que ça bouge...
A ce moment là, la porte s’ouvrit brutalement :
« Jim Mac Pearson, Conseiller spécial du Président pour les questions de sécurité.
Bon, ne perdons pas de temps, présentez tout de suite vos excuses à cette dame !
Rectifiez votre position, appelez votre aide de camp ! »
Mac Pearson était glacial et tranchant. C’était un de ces aigles qui entouraient le Président.
Il était immensément blond, d’une beauté extrême à faire frémir sa propre mère...
« Smith, Smith, vous pouvez venir !
- Bon Colonel Smith, de la part du Président des Etats-Unis, j’ai le plaisir de vous faire part de votre nouvelle affectation, à la Direction du renseignement. Félicitations !
- Merci Monsieur, c’est un honneur »
Le Colonel Smith claqua les talons, salua le drapeau et sortit.
Le Sous-directeur était livide, il ne comprenait plus ce qui se passait.
Mac Pearson se planta devant lui :
« Bon, Général, laissez-nous !
- Mais, c’est mon bureau !
- Pas pour longtemps, si vous continuez sur ce ton, vous allez finir derrière un camion-poubelles !
Vous ne comprenez donc jamais rien ! C’est de naissance ou ce sont les oreillons ?
Le Président veut voir Madame Wolf tout de suite et je dois m’entretenir avec elle...
...Tiens au fait, je vous laisse un exemplaire de la nouvelle affectation de Marcia Phelps, à compter de ce jour, signée par le Director of Central Intelligence.
- Merci...
- On dit « merci monsieur » !
Mercredi 14 mars 2007
13:44 Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note
04.04.2007
C’est où l’enfance ?

Le ronronnement des réacteurs berçait les passagers du vol
T-417 pour Washington.
Ludivine avait déjà réservé la voiture pour aller en Virginie, à Langley dans le comté de Fairfax.
Elle avait rendez vous avec le général Donovan, le Sous-directeur en charge du dossier de Melle Marcia Phelps à la Direction des opérations de l'Agence.
Il avait la réputation d’être un vieux ronchon mais Ludivine n’avait pas beaucoup de temps, cela risquait d’être sportif.
Marcia lisait le supplément littéraire du Washington post, un article consacré à la correspondance entre William Faulkner et Virginia Woolf, dans les années trente. Cela donna envie à Ludie de repartir, de plonger un peu plus loin, un peu plus bas.
C’était une conversation qui lui revenait, avec cet Anglais si bien élevé, Leyton Bell.
Ludivine ne se rappelait plus pour qui, pourquoi, ils avaient parlé de ça, de son enfance, d’enfant plus que précoce.
A neuf ans, elle avait commencé à donner des cours...
Tout s’était déroulé en douceur, comme ça...Le cocon familial s’élargissait. Elle s’amusait follement. Travailler, se sentir utile, aider les autres. Elle sentait que cela serait sa vie.
A onze ans, elle enseignait six ou sept matières. Parfois ses élèves étaient des lycéens de quatorze ou quinze ans.
Cela l’obligeait, certaines fois lors du premier contact avec les parents ou l’adolescent de se faire passer pour la petite sœur de Ludivine, une sorte d’Assistante.
Les résultats surtout en termes de comportement des jeunes, étaient rapides et spectaculaires...
Les mères revenaient comblées et bouleversées...
Certaines parlaient de miracle. La mère de Ludie et Sarah se regardaient alors en partageant une flamme bien étrange.
Des filles perverses, immatures ou désorientées devenaient des modèles de sociabilité et découvraient l’étendue de leurs possibilités.
Des garçons aussi, gros mangeurs, paresseux ou sportifs invétérés, commençaient à entrevoir l’infini des possibilités ludiques de leur cerveau.
Surtout, les parents étaient unanimes. Le plus remarquable c’est que le travail les rendait heureux et même épuisés ou malades, les enfants venaient la voir, ils avaient besoin de leur ration hebdomadaire, de science de Ludie qui leur ouvrait les portes de l’esprit.
A treize ans, Ludivine s’était retrouvé à la tête d’une véritable école privée qui gardait une taille raisonnable car elle voulait s’occuper de tous ses élèves.
Son père avait brillamment réussi dans l’informatique après être passé par Stanford où il avait côtoyé de près ou de loin des géants, les fondateurs de Hewlett Packard, Yahoo et Google ainsi que Vinton Cerf, le créateur de l'internet, co-auteur du protocole TCP/IP.
Aussi, il n’était pas étonné des talents d’entrepreneuse de sa fille aînée, cela l’amusait de la voir, avec une logique digne des meilleurs processeurs, régler tous les problèmes, les uns après les autres, toujours avec le sourire.
Elle s’amusait et son père était satisfait.
Mercredi 14 mars 2007
17:55 Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
02.04.2007
Toci

Le lendemain matin nous primes l’avion pour Washington. Je préférais m’assurer directement de la régularisation de la situation de Marcia auprès de ses patrons.
Elle n’était pas très bavarde le matin. Je pense qu’elle avait mal dormi ou pas dormi du tout.
Quand elle me vit retirer nos cartes d’embarquement pour Washington D.C. elle me regarda juste avec son regard bleu un peu triste et interrogatif.
« Ne t’inquiète pas Marcia, je ne te ramène pas à la Maison, nous allons juste faire un tour à Langley pour tout mettre d’aplomb et on repart pour la Grosse Pomme en début d’après midi, ça te va ?
- Oui Madame, c’est OK pour moi, merci. »
Elle étira un mince sourire. J’avais envie de la serrer dans mes bras pour l’encourager, mais bon, on verra plus tard...
« Viens Marcia, l’avion est là on va s’installer, tu vas te reposer un peu, dormir même ça te ferait du bien.
Comme vous voulez Madame, du moment que je suis avec vous. »
Le Boeing 767-400ER était rempli à moitié.
Nous nous installâmes dans la partie avant de l’appareil au dernier rang de la classe affaires.
Marcia insista pour me laisser près du hublot et s’assit à ma droite pour « contrôler » la situation. J’aimais bien cette faculté incroyable qu’elle avait de tout faire avec un maximum de concentration.
Je me demandais si au lit avec un homme, elle était aussi sérieuse, appliquée ? C’est peut être ça qui lui manquait, au fond...la tendresse d’un homme !
Ludivine se redressa sur son siège, s’étira comme une panthère et ferma les yeux :
« Mon Alex, je pense si fort à toi. Homme de mes jours, attends moi, j’arrive !»
L’avion décolla à l’heure, il traversa le ciel et déchira quelques nuages. Je faisais et refaisais dans ma tête le programme des prochaines semaines, en fait un peu plus...jusqu’à l’hiver !
« Brrrrrrrrrrr » je frissonnais tellement je n’aimais pas cette idée de froid, d’engourdissement de la vie...Peut être que je suis en train de me transformer en ours ? J’imagine la tête d’Alexandre !
Elle sentait les yeux de Marcia qui la scrutaient, la fixaient avec une intensité débordante.
Pour l’apaiser elle posa sa main sur le bras gauche de Marcia qui aussitôt s’en empara et la couvrit de baisers...
Je la sentais prête à exploser de joie, d’émotion, animée par la seule pulsion de se jeter à mes genoux, de se serrer contre moi...
Elle m’aimait trop, c’est sûr, mais lui dire, ça serait pire, il fallait plutôt la rassurer, oui je crois, c’est ça, être simplement ce que je suis...une déesse-mère, Teteo Innan.
Tout près d’elle Ludivine entendait, se rappelait, la voix douce de sa mère qui chantait, qui disait :
Ma fille n’oublie pas, demain tu seras appelée Toci, la Mère des dieux.
« Maman ! »
Mercredi 14 mars 2007 On train
11:09 Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note

