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18.05.2007

Miroir double

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Les deux sœurs se regardaient intensément. C’était comme un miroir à double entrée.

Pour tous les passagers de la voiture, à ce moment là, elles ne faisaient qu’une, une seule divinité, sauvage, dont la lumière éteignait jusqu’à l’horizon qui se confondait dans l’orange du ciel de mer.

« Chouette le ferry, chouette, je vais voir Wikita, et le...
...Maman, Sarah, il est là, le Messager est là ! Je vais voir mon Wikita !

- Et moi, je vais voir mon... ».

Ludivine était électrisée par l’attente, absente et en même temps plus présente, tranchante. Son profil aiguisé se détachait maintenant...

Elyse la regardait, bouche bée...

« Ce n’est rien Elyse »,

lui glissa Sarah, juste qu’elle fait un peu trop de choses en même temps, fax, téléphone, email, transmission inter satellitaire...Je te conseille juste de ne pas la toucher !

Sur le bateau qui fendait la vague, un haut parleur diffusait avec forces grésillements un air d’autrefois : Tchou, tchou train, train of fools

Dès que le ferry toucha le ponton à Staten Island, Kasey ne tenait plus en place, elle cherchait, elle attendait...

« Ca y est, il est là, j’ai vu Wikita, ca y est Ludie, il est là !

- Oui mon Ange, j’ai vu, je descends, je rentre à pieds...on se retrouve à la maison !

- Mais Ludie, mais... »

Sarah se pencha en avant et dit quelque chose à l’oreille de la petite fille qui se cala contre le dossier du siège avant, renfrognée.

Paul s’était garé le long de la berge.
Alex et Wikita attendaient, Ludivine descendit après avoir embrassé Kasey dépitée de ne pas pouvoir se joindre à eux.

Ludie se jeta dans les bras d’Alex. C’était si extraordinaire de pouvoir le toucher, sentir sa peau à travers les vêtements de coton, son polo noir qui allait si bien avec ses yeux gris.

« Ludie, enfin, tu es là !

- Oui, ça m’a paru si long, si loin, sans toi.

- Dieu, que tu es belle mon Cœur, je comprends que les étoiles se cachent quand tu es là,

- Mon Ange, tu es trop flatteur, je... »

J’aurais pu dire les bêtises que les femmes répètent dans ces cas là : je suis laide, je suis vielle, j’ai une sale tête... Mais je n’avais pas envie.

Dans ses yeux, je me sentais réellement belle et sûre de moi, de tout ce qui était là, si présent : le clapot de la mer, le bruissement des feuilles, l’allure du chêne et des érables, là bas...
...Je vis dans ses yeux, comme une supplique :

« Ok, va la chercher ! »

Kasey, dans l’imposante voiture tout terrain, se tenait immobile. Elle fermait les yeux pour essayer de maîtriser la tentation si forte de sortir, de bondir.

Vendredi 6 avril 2007 On train

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