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04.06.2007
Un homme...une tête

Assis sur les marches en haut de l’escalier, Alexandre voyait défiler des morceaux de la matinée.
En attendant le ferry, il faisait les cent pas devant l’embarcadère. Son cerveau était vide, des images dévalaient, s’arrêtaient, repartaient.
Ce matin il avait pris le métro pour rentrer de Columbia.
il revoyait l’homme assis dans la rame de banlieue : une tête comme un David Bowie, avec la raie au milieu de cheveux courts, mal coupés, des lunettes de guingois.
Il semblait absorbé par la lecture d’un magnifique rapport contenu dans une superbe reliure en couleurs. Il passait régulièrement sa langue sur les lèvres pour bien montrer comme c’était passionnant.
Peut être que c’était un grand chercheur, un savant qui...Il se voyait bien passer à la télé, il leur dirait :
« Oui, je suis resté simple, je prends le métro tous les jours, ça me rajeunit... »
En fait, il était employé au service de stockage des fournitures dans une des tours de Manhattan, Lower Side, et il avait besoin de ses dix minutes de bonheur, où il existait simplement...La vraie vie.
Comme ce père de famille, à la cinquantaine poupine, un visage à la Elton John, de petits yeux vifs derrière des lunettes branchées.
Il est plongé dans un magazine de modélisme spécialisé dans le conflit 1939-45. Quelle vie, ne penser qu’à ça, comment, pourquoi ?
En face de lui est assise sa fille de treize ans, Nancy, plongée dans le supplément littéraire du New York Times. Il lève parfois les yeux de la revue collée sur son nez et il la regarde, songeur, l’air de dire :
« elle n’est pas normale, celle-là, et pourtant...c’est ma fille ! »
La lumière arrivait avec le bateau qui accostait enfin. Il se mit en retrait, sur le côté et il ferma les yeux.
« Mon Ange, tu es heureux de me revoir ?
- Amour de ma vie, je suis tellement plein de bonheur, que ça me fait mal partout. Je souffre de tant t’aimer, Ludie, infinie... »
Alexandre sentit comme un souffle. Il se retourna et se leva. Ludivine était habillée toute de noir, un polo, un pantalon de coton, des mocassins.
Ses cheveux brillaient de noir. Elle portait juste un collier et un bracelet en or qui parachevaient le secret de sa beauté étourdissante, étincelante.
« Mon amour, tu es belle à en mourir, comment te dire... ?
Saisi par un émerveillement aussi fort et aussi subit, je tombais à genoux devant elle, au milieu du couloir desservant les chambres.
J’enserrais ses cuisses dans mes bras et j’appuyais mon visage contre la douceur ronde de son ventre de femme magique.
Vendredi 13 avril 2007
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