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24.06.2007
Underground
Je la sentais troublée, presque perturbée. Je ne dis rien et posais la main sur sa cuisse.
« Ludie, tout va bien, Ludie be quiet. »
Je m’efforçais de prendre un air dégagé, un ton léger, de regarder la route, les larges trottoirs plantés de soleil.
Mais j’étais face à un boulevard d’angoisse sur l’autodrome de l’avenir, je ne voyais que des boules rouler, pas de quille, pas d’objectif à atteindre...juste quelques touches floues, là-bas, comme des taches d’ailleurs, d’autre chose, autre part.
A l’arrière, Marcia et Kasey se mirent à chanter, une vieille ballade de Joan Baez, c’était beau, c’était triste, c’était tout un monde d’émotions qui perlait, qui gouttait autour de nous, comme les feuilles désespérées de l’automne, qui tombent déjà mortes, pour un dernier adieu, une vérité enfin...
J’avais peur de la fin, j’avais peur d’ouvrir les yeux, compter les jours, la fin des vacances, la fin de tout... Je me sentais oppressé et Ludie, qui ressentait mes émotions comme si j’étais elle, se mit à chanter les airs de Lou Reed, faisant revenir pour moi les heures nacrées du Velvet Underground.
A l’arrière, les deux filles faisaient les cœurs, elles se rapprochèrent et s’avancèrent, et Kasey prit ma main qu’elle tenait fort, et Marcia commença à me masser l’arrière du crâne, ses doigts doués de force et de souplesse prirent possession de moi et je me laissais aller à la douce mélancolie d’un enchantement d’ailleurs.
Nous traversâmes de jolies petites villes côtières implantées le long de ce bras de mer appelé Long Island Sound qui constitue d’après Simon une pure merveille écologique entre Long Island et le continent.
Après New Rochelle, nous dévisageâmes Mamaroneck puis Harrison et Port Chester où nous quittâmes l’Etat de New York pour aborder le Connecticut.
Le paysage était tonique et coloré, j’ai bien aimé l’aperçu de Port Chester où j’ai adoré un merveilleux camion de pompiers Mack.
A ma grande surprise Ludivine semblait bien connaître le coin.
« Tu as de la famille par ici, Divine, on dirait, non ?
- Heu, je ne crois pas, mais je trouve que c’est un coin plutôt sympa. C’est habité depuis très longtemps, depuis plus de trois cent ans...
- Pas des Navajos ?
- Non, non pas ici, c’étaient des tribus de Mohegan qui habitaient ici avant que des colons anglais n’arrivent du Connecticut voisin pour bâtir le village, vers 1660, je crois...
- Vu les vitrines et les noms des commerces, l’endroit a l’air plutôt cosmopolite, je me trompe ?
- Non, mon Ange, il y a plein de « comme toi », je veux dire d’Européens qui sont arrivés ici dans la première moitié du vingtième siècle : en majorité des Italiens mais aussi des Irlandais, des Polonais et puis des Allemands et plus récemment ce sont des familles d’Amérique du Sud et des Caraïbes qui sont venues s’installer par ici... »
Au détour de la route surplombant une dune de sable nous arrivâmes à Stamford qui me tapa dans l’œil.
C’était une petite ville résidentielle, discrètement abritée dans l’écrin arboré des berges du bras de mer.
Lundi 23 avril 2007 On train 8h46
23:52 Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note
22.06.2007
Colors

Je me retrouvais tout bête, totalement surpris par la réponse de Marcia qui était égale à elle-même, calme, attentive, disponible...
Ludivine semblait occupée, sûrement en communication avec des ailleurs. Kasey qui était maintenant grimpée sur les genoux de Marcia, renchérit :
« Tu sais Alex, c’est normal qu’elle t’aime, c’est une femme, moi aussi je t’aime, tu es ...
- Hey les filles, derrière, on se calme, avec tout ça mon Alex je ne vais plus pouvoir le tenir, il va finir par oublier...
- Oui mon Cœur, c’est ça, tu as raison, je suis si bien avec vous, j’ai envie de tout oublier, ma vie grise et si petite...
- C’est ta vie pourtant !
- C’est si loin, mon Amour, si loin. »
Après le ferry pour Manhattan, nous avons remonté en longeant la Hudson River, puis nous avons traversé pour rejoindre le Bronx.
Emprunter le George Washington Bridge était toujours un régal, le mélange de la mer et de l’acier, du ciel et des arbres, cet espèce de gigantisme si naturel, historique comme les pierres du pont de Brooklyn, à chaque fois, j’ai l’impression de voler, de m’élever.
Curieusement, je n’avais même pas trop le vertige, il n’y a pas à dire, j’aimais furieusement les couleurs de cette ville-là.
La voiture filait. C’était la fin du mois d’Août, la grande ville était calme, apaisée.
Upper West Side, puis Uptown, après Manhattan arriva le Bronx que je connaissais moins bien mais qui n’avait pas l’air si pauvre (si moins riche !) que ça !
Nous prîmes l’autoroute 95 qui traversait le district d’Ouest en Est, Les grands arbres de Crotona Park et surtout du Bronx Park étaient une invitation aux douceurs de la nature, je sentis comme un frémissement dans la voiture.
Après l’embranchement du White Stone Bridge nous remontâmes en direction du Connecticut, en longeant la Hutchinson River.
Ludivine conduisait tout en souplesse, bizarrement elle ne parlait pas. J’imagine qu’elle pensait à moi, à nous, à ce que tout ça allait devenir...
Je me demandais si pour elle, j’étais autre chose que des devoirs de vacances, je me disais, je voulais croire, je...
« Qu’est-ce qu’on va faire Ratounet ? »
Elle avait parlé sans me regarder, elle observait le maigre flux de la circulation qui croisait devant la grosse Jeep Cherokee.
Un panneau de signalisation indiquait la direction du port de New Rochelle.
Vendredi 20 avril 2007 On train 8h46
12:47 Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
17.06.2007
Bichette

Mon Dieu ! Etre avec Ludie, connaître l’amour avec elle !
Après, comment peut-on encore avoir des envies ?
A quoi bon...A quoi !
« Vous êtes prêts ? On s’en va !
- On va où, mon Ange ? ? ? »
Kasey avait passé la tête par l’entrebâillement de la porte de la chambre, ses yeux brillaient de malice et du bonheur de les avoir retrouvés...
« Et bien, tu ne sais pas ? Toi qui sais tout !
- C’est-à-dire mon Trésor, que là j’étais un peu occupée à récupérer mon Alex, j’étais obligée de me concentrer »
dit Ludivine, à voix basse, comme pour s’excuser.
« Ca y est, j’y suis, on va dans le Long Island Sound, chez les cousins de Jenny, qui va nous rejoindre là-bas, c’est bien ça Bichette ? »
Ludivine était nue et belle, habillée de sa peau brune et de sa longue chevelure noire et soyeuse. Assise au bord du lit, elle joignit les pieds...
C’était le signal attendu. Kasey se rua dans la pièce et se précipita sur les genoux de Ludivine.
Je compris alors, ce qui me restait à faire dans la vie, ce à quoi je pourrais être utile.
A l’extérieur de la maison, le soleil éclatait de blancheur, mais par contraste, la chambre semblait plongée dans un noir scintillant. Un cercle d’or entourait les deux femmes que j’aimais.
Je me sentais si bien, dans cette chambre, dans cette maison Indienne, dans ce pays de mystères et de raison.
J’étais en train de me demander si j’allais garder l’odeur de Ludivine sur moi où si j’allais me doucher quand Kasey et Ludie m’entraînèrent pour une séance d’ablutions collectives.
C’était un si grand bonheur de les voir toutes les deux aussi gaies, épanouies par la force de l’amour.
Ca, c’était la vie, un de ces moments miraculeux, comme des oasis du « tout » qui font que chaque minute passée sur cette terre vaut plus que toute chose imaginable.
Nous prîmes la voiture de Sarah, avec Marcia qui ne disait rien, trop contente d’être l’ombre de Ludivine.
Elyse, Simon et Sarah montèrent dans la Porsche Cayenne de John qui modestement expliqua qu’il avait droit à une voiture de fonction et que finalement ce n’était pas si mal que ça...
J’étais content de retourner à Long Island, finalement la vraie vie de New York, c’est là qu’elle se tenait, Coney Island, Brooklyn et le Bronx en face du Queens, les quartiers mythiques du vingtième siècle qui bien sûr aujourd’hui n’étaient plus les quartiers populaires des Italiens et des Juifs, cela avait bien changé, c’est vrai...
"Divine, tu crois qu’un jour on verra Paul Auster ou Jennifer Connelly se promener à Brooklyn, tu crois ?
- Why not Trésor, why not ? »
Je me retournais vers les sièges arrières :
« Marcia, dis-moi quelque chose, allez !
- Je t’aime !
- Heu, merci »
Jeudi 19 avril 2007 On train 7h46
11:05 Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
11.06.2007
Connaissance de l’esprit

- OK Grande Sœur, on ne va pas se plaindre, il y a une époque pas si lointaine, où les Indiens étaient traités comme des parasites, et les Ies Indiennes c’était encore pire, personne ne les voyait, elles n’existaient pas...
- Tu es toujours raisonnablement raisonnable, Sarah...Tiens, au fait, tu as vu Marcia ?
- Un cas ?
- Oui, c’est un cas, elle me fait peur, tellement elle est construite, j’ai peur qu’elle ne se casse, le jour où son idéal ne sera plus idéal...
- Bon, alors là, on a le temps, je crois que tu n’es pas prête de changer...si, non ?
- Sarah, tu sais bien que c’est impossible, je ne pourrai jamais changer ma nature, devenir une femme comme les autres... »
Ludivine soupira :
« par contre, je pense qu’il y aura des transformations, malgré tout je suis un être vivant, non ?
- Mon Ange, tu es tellement plus que ce qui vit et que ce qui respire, tu es Celle ! »
Le rez de chaussée s’était rempli des voix et des rires. Simon faisait les honneurs de la maison aux deux nouvelles recrues de Ludivine, John les suivait dans toutes les pièces, explorant tous les recoins possibles.
Ils finirent par sortir dans le jardin qui entourait la maison. Ils s’assirent autour d’une table en fer forgé, sous une tonnelle, à l’abri du vent, face à la mer grise de soleil portant des reflets bleutés qui de temps en temps s’allumaient, comme un phare.
« To the Lighthouse » pensait John, enchanté de la présence des deux jeunes femmes, si jolies et terriblement féminines, même si la profondeur de Marcia le dérangeait presque.
Il était enfin en vacances et il adorait venir passer quelques jours chez Sarah où il faisait invariablement des rencontres exotiques.
Kasey sortit de la maison, légère comme une plume, elle dansait sur la pelouse, devant l’entrée principale.
« C’est la danse de la pluie ? »
Simon aimait bien se moquer de la petite Indienne.
« Non, Simon, tu n’y es pas, je danse pour la faire venir...
- Ah ! »
Simon perplexe, se tourna vers John, ils se demandaient de qui pouvait-elle bien parler ?
Alors, Marcia secoua sa belle chevelure blonde cendrée et tendit les bras à Kasey qui se précipita pour s’asseoir sur elle.
Elle redressa une de ses mèches et s’adressa en souriant aux garçons :
« Elle attend Jennifer, elle a envie qu’elle se dépêche d’arriver maintenant ».
Kasey s’accrocha à son bras et lui décocha son plus beau sourire. Elle était contente d’avoir une nouvelle amie qui avait la connaissance de l’esprit, c’était reposant pour Kasey qui parfois souffrait d’être trop adulte, presque parfaite...
Elle pensait à Jennifer et elle fit penser Marcia, elle lui occupa l’esprit, elle l’envahit complètement, d’un seul coup... Marcia tressaillit et blanchit.
Lundi 16 avril 2007
11:40 Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note
10.06.2007
Paradoxale

- Amour de ma vie, quelle question paradoxale, tu es la poésie !
- Comment ça ?
- Oui mon Cœur, tu es un rêve, une idée, une femme plus abstraite qu’une idée...
- Alors, je n’existe pas ?
- Si Amour, tu es. »
Il se redressa et la prit dans ses bras.
« Dis Alex, je suis quoi ? »
« Tu es la Divine, Ludivine, la poésie c’est toi, car tu es la déesse de la vie.
- Dis Alex, une déesse c’est quoi ?
- Mon Cœur, ce n’est rien de grave, juste une femme que j’aime plus que les autres, une femme dont on n’a jamais assez d’une vie pour lui donner tout l’amour qu’elle mérite, une femme... »
Ludivine le repoussa sur le lit et s’allongea sur lui.
C’était comme un nuage de cheveux qui s’abattait sur lui, pour le retenir prisonnier dans elle.
Ils se regardaient sans parler, tellement ils étaient émus. Ludivine lui envoya une image qui emplit son cerveau puis commença à prendre la forme de la chambre...
C’était la mer, le flux et le reflux calme, assourdi par la chaleur diffusée entre des séquoias géants dont on percevait la ramure, un chien et un enfant, s’approchèrent en jouant dans le sable, c’étaient Kasey et Wikita qui s’assirent tout près d’eux.
La petite fille debout, battait la mesure, puis commença à chanter une chanson douce. A son signal, le loup se mit à l’accompagner de son souffle modulé, sa voix était grave et chaude...
A ce moment là, une forme fit irruption dans la chambre :
« Maman, Mam... »
Kasey s’arrêta net en voyant Alex nu qui lui souriait.
« Hello Kasey !
- Hello Alex, heu, c’est Wiki, Wik : il chante, ça y est, j’ai réussi !
- Mon Ange, viens ! »
Ludivine, aussi nue qu’elle était belle, ouvrit les bras et Kasey vint se blottir contre elle, son visage enfouis dans le cou de Ludivine, ses petites mains accrochées aux seins lourds et tendus de la déesse.
Vers dix sept heures, tout le monde, petit à petit, descendit et se retrouva au rez de chaussée.
Ludivine et Sarah, dans la cuisine, commentaient leur vie de femme, constituée d’une myriade étincelante de moments brodés d’or et d’argent.
Parfois, une goutte en forme de larme se formait, parfois elles se regardaient face à face, les yeux dans les yeux, alors là elles ne faisaient plus qu’une...
C’est poétique, se dit Sarah ;
c’est aussi plus rapide pour se raconter nos vies, ajouta Ludivine, pour elle-même. Elle sourit à sa sœur qu’elle était toujours comblée de retrouver...
« OK Grande Sœur, tu es en train de constituer une troupe de ballets ou quoi ? On peut déjà constituer une équipe féminine de basket !
Ludivine regarda sa sœur et redevint sérieuse :
« Qu’est-ce que tu veux, je ne sais pas ce qu’elles ont après moi, je les attire comme un aimant !
- Tu ne sais pas, tu ne sais pas, tss, tss, tss...
- Bon si, je vois bien qu’elles sont folles de moi, de ce que je suis, de ce que je représente, mais je t’assure Sarah, je t’assure...
Lundi 16 avril 2007
11:07 Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
08.06.2007
Ratounet again

« Mon Ratounet, mon... »
C’était si fort en moi, tout ce qu’il me faisait, me donnait, que je ne pouvais plus parler...
J’étais juste capable de caresser ses cheveux et de le serrer contre mon corps.
En moi-même, je chantais les psaumes que ma mère nous avait appris quand nous étions toutes petites.
La rivière coulait entre les arbres, les rochers reflétaient les pointes du soleil, le jour commençait, un poisson attendait, un aigle planait et m’appelait, je lui répondis :
« Va et viens au loin, approche-toi du bord, je soufflerai sur ton dos, je lisserai tes plumes et je soignerai ta patte, c’est juste une foulure, un genre de chasse-elbow,
viens, Oiseau juste, ferme les yeux, je suis là, ma main va te réchauffer, n’aie aucune crainte, tu vas chanter et voler, et de nouveau planer, mais essaye de faire attention aux atterrissages, avec tes yeux tu es impardonnable, trop sûr de ton coup, vraisemblablement, non ?
- Si, je crois, Maîtresse des Cieux, Mère de ceux d’en bas et d’en haut, tu honores ma lignée et je te caresse les pieds. »
C’est ce que fit l’aigle, avec une grâce étonnante, il caressa de ses ailes immenses, aux pointes noires et blanches, les pieds nacrés de Ludie.
« Merci, Ami du ciel, vole...
...Alex viens, attends moi dans la chambre, je vais voir les filles. »
Dans la chambre à côté, Marcia avait déjà rangé ses affaires, tout était impeccable. Sur la table de nuit, une photo de Ludivine dans un cadre en bois exotique.
« Ah, je suis là, aussi, je t’en donnerai une plus belle si tu veux, tu verras. »
Marcia était assise sur le lit, les mains sur les genoux. Ludie s’approcha d’elle, lui caressa le visage et embrassa ses cheveux.
« Tout va bien Marcia, tu es chez toi, ici. Va voir Sarah, je suis sûre qu’elle a plein de choses à te montrer.
- Merci, merci Madame ».
Marcia prit la main de Ludivine, la baisa et l’appuya très fort sur sa poitrine.
« Vous me rendez plus forte. »
Ludie lui sourit et s’éloigna sans bruit, son corps glissait sur le tapis vert.
En coup de vent, elle entra dans sa chambre. Alex était étendu sur le lit, les yeux ouverts. Elle l’embrassa derrière l’oreille.
« Déshabille-toi mon chéri, j’arrive... »
Elle repartit dans le couloir, constata qu’Elyse occupait la salle de bains, ensuite Wikita était installé dans la chambre de Sarah et enfin, au bout du couloir, la petite chambre de Jennifer était prête à l’accueillir, parée de fleurs des champs, de campanules et de narcisses.
Elle revint dans sa chambre et s’allongea près d’Alex qui l’attendait.
Ils firent l’amour avec le feu de l’envie assortie d’une sorte de philosophique tendresse qui les rassura en leur démontrant qu’ils étaient passés à un autre stade de leur relation, plus dans la maturité, dans le temps.
Le corps de Ludie luisait de la marque de l’amour. Elle s’assit à califourchon à côté d’Alex qui était étendu sur le dos, vaincu par des émotions si fortes...
« Dis Alex, c’est quoi la poésie ? Dis-moi...
Lundi 16 avril 2007
12:28 Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
04.06.2007
Un homme...une tête

Assis sur les marches en haut de l’escalier, Alexandre voyait défiler des morceaux de la matinée.
En attendant le ferry, il faisait les cent pas devant l’embarcadère. Son cerveau était vide, des images dévalaient, s’arrêtaient, repartaient.
Ce matin il avait pris le métro pour rentrer de Columbia.
il revoyait l’homme assis dans la rame de banlieue : une tête comme un David Bowie, avec la raie au milieu de cheveux courts, mal coupés, des lunettes de guingois.
Il semblait absorbé par la lecture d’un magnifique rapport contenu dans une superbe reliure en couleurs. Il passait régulièrement sa langue sur les lèvres pour bien montrer comme c’était passionnant.
Peut être que c’était un grand chercheur, un savant qui...Il se voyait bien passer à la télé, il leur dirait :
« Oui, je suis resté simple, je prends le métro tous les jours, ça me rajeunit... »
En fait, il était employé au service de stockage des fournitures dans une des tours de Manhattan, Lower Side, et il avait besoin de ses dix minutes de bonheur, où il existait simplement...La vraie vie.
Comme ce père de famille, à la cinquantaine poupine, un visage à la Elton John, de petits yeux vifs derrière des lunettes branchées.
Il est plongé dans un magazine de modélisme spécialisé dans le conflit 1939-45. Quelle vie, ne penser qu’à ça, comment, pourquoi ?
En face de lui est assise sa fille de treize ans, Nancy, plongée dans le supplément littéraire du New York Times. Il lève parfois les yeux de la revue collée sur son nez et il la regarde, songeur, l’air de dire :
« elle n’est pas normale, celle-là, et pourtant...c’est ma fille ! »
La lumière arrivait avec le bateau qui accostait enfin. Il se mit en retrait, sur le côté et il ferma les yeux.
« Mon Ange, tu es heureux de me revoir ?
- Amour de ma vie, je suis tellement plein de bonheur, que ça me fait mal partout. Je souffre de tant t’aimer, Ludie, infinie... »
Alexandre sentit comme un souffle. Il se retourna et se leva. Ludivine était habillée toute de noir, un polo, un pantalon de coton, des mocassins.
Ses cheveux brillaient de noir. Elle portait juste un collier et un bracelet en or qui parachevaient le secret de sa beauté étourdissante, étincelante.
« Mon amour, tu es belle à en mourir, comment te dire... ?
Saisi par un émerveillement aussi fort et aussi subit, je tombais à genoux devant elle, au milieu du couloir desservant les chambres.
J’enserrais ses cuisses dans mes bras et j’appuyais mon visage contre la douceur ronde de son ventre de femme magique.
Vendredi 13 avril 2007
13:06 Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
01.06.2007
Ouemessourita

Marcia et Elyse rangeaient leurs affaires dans la grande chambre qu’elles allaient partager.
Les meubles peints dans des couleurs chaudes atténuaient l’austérité des murs blancs et l’imposant tapis qui couvrait les deux tiers du parquet continuait la note bleue, la nature profonde de Sarah.
Marcia distribuait rationnellement ses vêtements dans les différents tiroirs et compartiments de la commode et de l’armoire qui lui étaient attribuées, alors que Elyse posait des petits tas, au jugé, son esprit vagabondait le long d’une rivière lointaine...
Elle ne fut pas surprise de l’irruption d’une Indienne à la beauté sauvage...et au rire espiègle :
c’était Sarah qui se proposait de les aider qui voulait leur montrer, leur redire que maintenant, elles faisaient toutes les deux partie de la famille.
Pendant qu’elle leur racontait les histoires de la maison, ses yeux brillaient du plaisir de partager et d’accueillir.
Marcia, pieds nus, savourait le contact du tapis. Elle s’approcha de la fenêtre, elle ne pouvait s’empêcher d’être troublée par la mer, là si proche.
« Ca va Marcia, tu es sûre ? »
Sarah était près d’elle, elle lui prit la main, la lumière de l’océan rapprochait les deux femmes.
Sarah chantait tout bas, de plus en plus comme un murmure. Alors Marcia lui fit face, ses yeux brillaient :
« Oh Sarah, tu es si..., Sarah ! "
et Marcia lui fit face, elle était transfigurée de joie.
Elles s’assirent sur le tapis, Elyse les rejoignit en face l’océan.
Les deux invitées ne se posaient plus de question sur la Trinité des Indiennes, elles étaient en train de comprendre, d’assimiler...
Elyse se sentait merveilleusement détendue, elle se mit à chanter l’air de Kasey :
« Oregon et Missouri, Alexandre et Ludivine, un Français et une Indienne, Oregon et...
...Au fait, Sarah, heu...ça t’embête de m’expliquer ?
- Non Elyse, pas du tout : le bois des parties intérieures de la maison provient effectivement de l’Oregon et du Missouri et Kasey a construit une association d’idées à partir de l’étymologie du nom des Etats ;
- Ah...
- Oui, écoute : pour le Missouri, le nom de l'état provient du nom de la tribu Sioux des Missouri, dont le nom en Illinois, ouemessourita, signifie ceux qui ont des canoés »
Sarah se tourna vers Marcia :
"tu connais le Missouri, non ?
- Oui, un peu, je suis allé à Kansas City et j’ai aussi passé quelques jours à Jefferson City, la capitale, c’était en été, il faisait chaud, trop chaud !
- Bon, alors, si j’ai tout compris, l’Oregon c’est français, non ?
- Yes Elyse, tu es wright : le nom Oregon est censé être une déformation du français ouragan, et on le surnomme The Beaver State...
...Salem est la capitale de l'État du Castor, mais le bois de construction vient de Portland qui est le port principal et la plus grande ville de l'État. »
Elyse se sentait bercée par la voix hypnotique de Sarah, elle fit un effort pour détacher son regard du collier bleu que l’Indienne portait en sautoir.
Elle était fascinée par l’élégance des mains de Sarah. Elle aurait bien...mais elle n’osait pas... jusqu’à ce qu’elle réalise que Sarah attendait sa question...
« Heu Sarah, tu..., enfin ta sœur est bien une déesse, c’est ça ?
- Oui Elyse, c’est bien ça !
- Donc, elle peut tout faire ?
- Oui, elle peut tout faire ! »
Elyse était si impressionnée qu’elle était toute frissonnante, elle continua sans oser regarder le visage de Sarah :
« Alors, elle pourrait redonner la vie...faire revivre quelqu’un...Elle pourrait ?
- Oui Elyse !
- Alors, alors !... »
Et Elyse se mit à pleurer et s’effondra dans les bras de Sarah qui la berça contre son cœur.
« Marcia, je compte sur toi, tu sauras lui expliquer, je sais.. »
Elle tendit le bras gauche vers Marcia qui prit sa main et la baisa avec respect et adoration.
Merci Matlalcue, je te vénère entre toutes les forces de la rivière.
Mardi 10 avril 2007
19:37 Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note

