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31.08.2007
Drawing on the beach

Maintenant, la plage était presque vide. C’était la fin de la semaine, la fin du mois, le terminus des vacances.
Les plantureuses familles New Yorkaises et les joyeux couples d’étudiants étaient rentrés, partis rejoindre leur destin hebdomadaire.
« La plage est pour nous, maintenant, le paradis d’un rêve d’autrefois... »
Je m’allongeais sur le sable, les yeux noyés dans le bleu du ciel. J’éprouvais un irrésistible besoin d’entendre la respiration de l’océan.
J’avais soudain envie de calme, d’isolement, de relâchement. Je sentais la présence circulaire de Sarah autour de moi, elle apaisait l’agitation qui me venait de l’intérieur, l’irritabilité de mes neurones.
« Tiens mets ça sous ta tête, tu seras mieux ».
Elle glissa sa veste en lin sous mes cheveux. Elle était comme la lune qui filtrait l’agressivité du soleil.
« Viens Sarah, ne t’en va pas !
- J’arrive, juste un mot à Kasey et je reviens ».
Je fermais les yeux, j’entendis le sable caressé par ses pieds, son parfum qui partait et revenait comme un boomerang. Plus rien, des minutes de rien, une suspension d’absence, le noir qui devenait froid.
Et puis le bonheur retrouvé, la lumière de ses cheveux, répandu sur mon torse, son visage sur ma poitrine, Sarah fredonnait un chant inconnu :
« Ta'n wen megtaq na piltue'gl goqwe'l tel'ta'sit aq ala'sit ms't tami st'ge'gmu'j ala'lugweg samqwanigtug.
- Sarah !
- Oui mon Ange ?
- Oh Sarah, c’est tellement, tellement...
- Oui, je sais Alex, j’apprécie, je déguste. Ne dis rien, il ne faut pas effrayer la sérénité de l’Instant, la prière du temps. »
Elle se remit à chanter, doucement. J’avais l’impression d’un rite, de quelque chose de religieux... Je fermais les yeux et les paroles de Sarah me traversaient comme un écho.
Je me sentais relaxé, je voyais, sans le voir, un cercle noir qui nous encerclait en nous isolant du monde des bruits, de la fureur.
Un moment de félicité, la voix douce et grave de Sarah faisait comme une couverture éloignant les sons de la plage, seul un oiseau de mer, un genre de goéland semblait admis dans notre espace sonore, il me semble même qu’une petite voix lui parlait, lui donnait des instructions.
Je sortis de ma léthargie et je m’assis sur le sable au pied d’une ombre. A contre jour, je distinguais la silhouette de la Déesse à la jupe bleue. Avec ses bras dorés comme du caramel, elle exécutait comme une danse au dessus de ma tête.
« C’est magique ! »
je me dis et alors j’eus le souffle coupé. Juste à mes pieds, un immense dessin illuminait le sable... Je repensais à cette phrase incrustée dans mon cerveau, une des toutes premières entendues de la bouche de Ludivine :
Le monde est une bibliothèque dont les livres sont les pierres, les feuilles, l'herbe, les ruisseaux et les animaux.
Je regardais Kasey qui avait encore les mains chargées de coquillages, de bois morts et autres matériaux colorés :
« C’est, heu... c’est une peinture de sable ? »
Je me sentais honoré et fier, j’ouvris les bras et la petite fille vint se blottir contre moi, elle regardait sa deuxième mère, elle attendait la parole. Sarah s’accroupit près de nous et m’expliqua :
« C’est effectivement une peinture de sable Navajo qui est une reconstruction de l'ordre universel. Dans un contexte de rituel, l’œuvre d’art a le pouvoir de rétablir l'ordre bouleversé.
- C’est beau je trouve, Kasey, tu as tous les talents ! Donc, si je comprends bien j’ai assisté à une cérémonie rituelle, c’est bien ça Sarah ?
- Yes mon Cher, une cérémonie de guérison... pour toi. »
Sarah me regardait, ses yeux brillants exprimaient une force d’attraction incroyable, comme si elle allait m’absorber, me dissoudre dans son esprit magique.
Mardi 28 août 2007
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