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18.09.2007
Vu du pont.

Nous sommes rentrés à la maison.
Pour une fois et comme il se faisait tard pour Kasey nous délaissâmes le ferry pour rentrer directement par le Verrazano-Narrows Bridge, un ouvrage étonnant, comme un ruban d’acier se déroulant sans fin sur deux niveaux.
« Tu sais Alex, c’est le plus long pont suspendu des Etats-Unis.
- Yes, mère indienne, ça ne m’étonne pas, c’est vraiment impressionnant...
- Ah ! Tu as le vertige ?
- Oui, un peu. En même temps je trouve que c’est grisant et puis les lumières qui éclatent partout et qui nous entourent. J’ai l’impression que même les avions ne se couchent jamais ici...
- Oui, c’est la vie, le flux qui ne s’arrête jamais, sauf... parfois, de petites fois. »
Elle surveillait Kasey qui s’était endormie. Je regardais la route et Sarah, je voyais les phares et le profil de Sarah.
C’est dingue, j’avais la sensation d’être avec Ludie, c’était la même lumière, cette sorte d’ambiance inimitable qui faisait qu’avec Elle tout était différent, une porte ouverte sur un autre monde, à côté...
« Des esprits, où ça ? »
La phrase de Kasey me revint. Je crois bien qu’elle interrogeait les ténèbres.
Quelles forces obscures pouvaient bien habiter un petit ange comme elle ? Je me laissais bercer par la radio de New York qui jouait en sourdine un air du Transformer de Lou Reed l’icône des heures magiques du Velvet Underground.
Après quelques informations locales sur les accès aux ponts et aux autoroutes, la voix colorée et bouleversante d’Amy Winehouse réchauffa mes neurones en veille, elle disait :
« You know I’m no good »
Bien sûr je la croyais, bien sûr je rêvais.
« Hello Alex, tu dors ? Nous sommes arrivés, tu m’attends au salon... où tu veux... je vais coucher La fille. »
Je la regardais sans avoir besoin de dire quoi que ce soit. Elle savait tout.
C’était comme ça, ça aurait pu, aurait dû m’insupporter, m’exaspérer... Même pas.
Je me sentais tellement bien avec elle, comme un bébé dans le ventre de sa mère, qu’est-ce qu’il pourrait avoir envie de cacher ? Rien.
J’étais bien, en paix. J’oubliais mes peurs et mes angoisses, j’oubliais...
Dans le salon vert, je regardais les objets qui habitaient cette maison magique. Je me demandais quel était leur langage.
Je caressais la flûte de Kasey. Elle en était très fière, c’est son père qui l’avait fabriquée en os de pélican.
« Ah, tu es là, tu as faim, tu veux boire quelque chose, tu veux... »
Ses yeux riaient, elle portait sa robette bleue avec des tongs toutes fines, en cuir noir.
De la voir gaie me rendait instantanément heureux.
« Et bien ... Etre avec toi ça me suffit, Sarah, tu le sais ?
- Yes, je sais, je sais. Bon je vais nous faire un café. Viens, la mer t’attend et puis... »
Je la suivis dans l’immense cuisine et je sortis sur la terrasse. Je l’entendis mettre le percolateur en route.
Bizarrement, j’avais l’impression qu’elle parlait à quelqu’un. J’écoutais : rien.
Je fermais les yeux et je sentis comme un courant d’air tiède. Je savais qu’elle était là. Je souris. Une sensation chaude et humide sur ma main...
« Wikita, tu es là !
- Tu vois, il te reconnaît.
- Yes, je fais partie de la meute, maintenant...
- Tu es bête, il est simplement heureux de nous voir.
C’est bien simple, tant que Kasey n’est pas rentrée, Monsieur Wolf ne dort pas ! »
Samedi 15 septembre 2007
17:56 Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note

