« 2007-09 | Page d'accueil | 2007-11 »

31.10.2007

La ville des ormes

d659280ca40d8bf9b682f2fcd522d261.jpg


Avant de partir j’avais regardé le guide de route Google,
c’était un outil redoutable :

Départ New York, NY
Arrivée Boston, MA
Distance 217 miles
Durée environ 4 heures 0 minutes

Après avoir pris l’expressway Bruckner I-278 pour sortir
de New York, nous roulâmes tranquillement à travers le
Connecticut, je reconnus la route qui longeait la mer.

De nouveau j’aperçus les silhouettes de New Rochelle,
Greenwich puis Stamford qui me fit détourner les yeux.
Nous continuâmes la I-95 jusqu’à New Haven.

« Quelle jolie ville ce doit être ! »

Isabel baissa le son de la chaîne Hi-Fi.

« Pourquoi tu dis ça, Alex, tu connais le coin ?

- Heu, non, pas vraiment, c’est le nom que je trouve magnifique, j’entrevois un pays enchanté avec des anges...

- Je vois... avec de longues jambes et le chemisier bien garni ... Je me trompe ?

- Isa, Isa ! Tu me prends vraiment pour... oui vraiment pour un...

- pour un homme en vacances, voilà ! »

Elle poussa un rire bref puis prit ma main gauche qu’elle
embrassa avant de la déposer contre la peau satinée
de son cou.

« Bon alors Voyageur intrépide dis-moi tout ce que tu sais de « La ville des ormes »....

- Et bien, pour commencer il y a l’université Yale qui est la grande concurrente d’Harvard et qui a la particularité d’être située dans le centre ville... »

Je regardais Isabel qui était alors complètement la prof d’Université qu’elle était en fait tout le temps, j’avais un peu peur de dire des bêtises et d’étaler l’étendue de mon ignorance sans frontière...

"C’est bien, élève Alex, et ensuite... »

On aurait dit une chatte élégante et digne qui attendait quelque chose ou quelqu’un comme parfois les chats attendent au pied d’un escalier, au seuil d’une pièce, sauvages et fiers d’être incompris.

"Et bien je crois que Georges Bush a dû naître par ici et ensuite partir à Houston puis revenir pour finir ses études à Yale, non ?

- Oui, tout comme son père et Bill Clinton... et Kerry, et Ford et beaucoup d’autres... New Haven, c’est aussi la ville où Colt a inventé le premier revolver automatique.

Pour revenir au ciel...

- Heaven !

- Tu l’as dit, Haven c’est un port, c’est ce qui correspond au
« havre » en français et New Haven est un port naturel formé sur le Long Island Sound. La ville est également traversée par le fleuve Quinnipiac...

- Des Indiens !

- Où ça ?

- Et bien là, dans la voiture, les Qui...

- Ah oui, tu as raison, c’est vrai que j’ai affaire à un spécialiste ! Effectivement les Indiens Quinnipiacks sont les premiers habitants du Comté de New Haven.

- Génial ! Et tu en as vu ?

- Mais Alex, je ne suis pas d’ici, tu le sais bien !

- Ah oui, j’oubliais tu es une anglo-canado-américaine et tu enseignes le français à l’Université de Virginie.

- Oui, enfin, j’anime juste un séminaire là-bas, quelques semaines par an, en fait...

- En fait ?

- Et bien mon job principal c’est dans le New Jersey, j’ai la chance de travailler à l’université de Princeton...

- Non !

- Si, mon prince !

- Incroyable ! »

Isabel rigola et me fit un clin d’œil.

« Et oui mon cher, j’ai même déjà parlé à ton idole, Madame Oates !

- Et alors ?

- Alors, elle est fidèle à son œuvre, elle est lumineuse.
C’est simple, quand elle parle, elle éclaire le monde !

Jeudi 25 octobre 2007

21.10.2007

Curves and glances

2d10083b7a45e87c416a2b6938937015.jpg


Un regard, le début de...
De quoi c’est fait une femme ? De quelle texture magique ?

De l’or et des mots, des perles de larmes et de sang, un truc dont on fait les femmes, les mères, les épouses, les maîtresses, les filles, tout ça ensemble dans la même.

On réunit les ingrédients, on touille et on obtient cet être indéfinissable, venu d’ailleurs, tombé du ciel, expulsé du ventre de la terre, traversant les océans à pieds, avec des ailes, comme des baleines aériennes.

Un corps de ballet de l’éther, des points, des pieds à aimer, à dévorer, des courbes et des regards, de la douceur comme de la soie, polie, lisse, sans aspérité, sans faille...

Et puis, tout à coup, une ouverture inexpliquée, inexplicable.

Une faiblesse provoquée, calculée, tout un art, mieux qu’un métier, un artisanat, une vocation, ce qui nous fait vivre, la lumière dans nos cœurs, le tout, l’immensité sans nom, comme un océan sans consistance, un nuage de bonheur.


C’était sympa et déconcertant de retrouver Isabel, comme ça, un hasard maîtrisé ?

Je commençais à croire que mes déesses indiennes contrôlaient tout, depuis que j’étais arrivé ici.

Parano ? Peut être, mais tout allait si vite et était si bizarre...
Je regardais le profil d’Isabel qui conduisait en s’amusant.

« Alors, tu m’avais oubliée ? »

Elle posa la main sur mon avant bras, elle souriait en découvrant à moitié ses adorables petites dents.

Elle se retenait avec une sorte d’élégance naturelle et raffinée.

« Mais non, Isa, tu sais bien, presque tous les jours j’ai pensé à toi, je me demandais où tu étais, si je te reverrai...

- Et tu n’as jamais répondu à mes messages !

- Ah ! Et bien, tu sais...

- Ce n’est pas grave, laissons cela. Alors, ça te plait l’Amérique ? Et ... les Américaines ?

- Oui, ça me plait. Je me sens bien ici, je respire. Quant aux femmes, je ne sais pas trop... Tu sais, à part Ludivine et maintenant Sarah, je...

- Ah oui ! Et Dawn, et les autres, déjà oubliées, tes anciennes conquêtes de l’Ouest ?

- Tu exagères Isabel, je ne suis pas, je suis... Au fait, ça fait longtemps que tu les connais, les déesses indiennes ?

- Ah, oui, un peu. En fait Ludivine ou Sarah, pour moi, c’est pareil, c’est la même.

- Ah ?

- En fait, je la connais depuis quatre ans maintenant...

- Ah ! Tu travailles avec elles.

- Non, je ne travaille pas avec ou pour elle. Simplement, elle m’a rendu service, un jour d’hiver, comme ça, elle m’a sauvé la vie, je ne la connaissais pas.

Cela se passait à Phoenix, Arizona : j’étais poursuivie par une bande de filles, des junkies déjantées qui avaient décidé de me tuer, pour chasser l’ennui, pour passer le temps.

Ludie passait par là. Le taxi s’est arrêté, elle est descendue, s’est approchée, toute habillée de noir, ses yeux brillaient comme des étoiles, elle a mis une main au dessus de moi, j’étais accroupie dans le caniveau, tassée contre un bac à ordures.

Aussitôt les cinq filles se sont mises à pleurer, à gémir, à se tordre de douleur.

C’était horrible, elles tremblaient de partout et changeaient de couleur, du vert au blanc en passant par le violet, elles vomissaient et se vidaient.

A un moment, j’ai osé regarder Ludivine, je crois qu’elle était très en colère mais qu’elle essayait de se retenir...

Finalement, elle me releva et laissa partir les loubardes qui se traînaient et rampaient sur la chaussée en se dirigeant vers la rivière.

C’était une scène hallucinante, comme si un fantôme les avait terrorisées.

- Et après ?

- Et bien j’étais plutôt mal en point, tu sais les filles avaient des barres de fer et des chaussures à clous, en fait je ne sentais plus rien et j’étais profondément choquée.

La femme en noir avait des cheveux qui me semblaient vivants. Elle me prit dans ses bras, je me suis sentie comme aspirée, en fait elle m’a réparée.

Pour plus de sûreté elle m’a déposée au Memorial hospital. Quand j’ai voulu la remercier, elle était partie.

- Et alors?

- Envolée, disparue. Je l’ai retrouvée six mois après, par hasard dans les allées d’un Salon de littérature..."


Lundi 19 octobre 2007

18.10.2007

Flying saucer

aeccaf8c375596a792e892770f24a29f.jpg


Sarah vint s’asseoir sur l’accoudoir du canapé, elle posa ses pieds nus sur mes genoux.

Elle mangeait une crêpe avec de la confiture pomme-cannelle.

« Tu as bien préparé tes affaires ? Tu n’as rien oublié ?

- Hum.

- Tu penseras à moi ?

- Oui, tu le sais. Je pars avec toi, avec ton empreinte sur moi. »

Et j’appuyais ses pieds sur mon ventre. Elle se mit à me masser, avec les orteils, comme une chatte.

Elle aurait pu ronronner, mais elle n’était pas un félin domestique. Sarah était une panthère noire dont l’ombre démesurée recouvrait l’horizon bleuté de mes pensées.

Je pris ses pieds dans mes mains, je les caressais et les embrassais. C’était curieux, pour la première fois je voyais des pieds maquillés.

Ses orteils étaient peints en noir et blanc et sur le dessus du pied, un rond noir cerclé d’or se détachait sur la pureté d’un fond bleu de mer.

« Ca te plait ?

- J’adore, ce sont des couleurs de guerre ?

- C’est pour toi. Un jour, je te dirai.

- Sarah, que tu es...

- Chut ! J’ai juste besoin de t’entendre le penser très fort. Tu sais Alex, le silence, c’est l’ouragan du cœur...

- Yes. Peut être ? Sarah, j’aimerai tellement savoir qui tu es, commencer...

- Don’t worry, tout va bien, tout baigne, comme tu dis en français. C’est ta copine Virginia qui disait :

N’être jamais soi-même et en même temps l’être toujours, voilà tout le problème. »

Voilà. Cette femme qui savait tout, qui était partout. Si près et si loin, aussi proche que lointaine, trop belle et trop bonne pour exister vraiment.

Je la regardais et je voyais l’Océan à travers elle, je contemplais béat, un univers de perplexité.

La flamme de son regard m’obligea à tourner le visage de côté. Je vis passer Wikita, le loup rapide et silencieux, comme monté sur coussin d’air.

Je sus alors qu’elle était là, qu’elle avait atterri comme une soucoupe volante venant du pays de la féminité.

Légèrement fébrile, je me levais pour débarrasser la vaisselle de notre petit-déjeuner. J’ai rangé les assiettes, les tasses et les couverts dans le lave-vaisselle.

Quand je me suis redressé, Isabel était là, elle caressait mes cheveux.

« Tu as l’air en forme Alex !

- Et toi, femme des airs, tu es superbe, toujours bronzée...Tu travailles toujours, ou tu ne travailles jamais ? »

Isabel se recula pour me regarder de loin :

« L’air de New York te convient, on dirait ?
Bon ! Ah Sarah, tout est OK, j’ai une voiture en location illimitée...

- Ah, c’est la Tucson couleur sable, elle est plutôt jolie...

- Oui, je la trouve plutôt à mon goût et finalement très pratique... Bon, on y va ? »

Lundi 1er octobre 2007

01.10.2007

Une nuit et le début d’un jour

25af112c33d8801bffbee95d08e58dfa.jpg



Une nuit avec elle, c’était un rêve, en mieux. La plénitude de l’extase noire, comme si c’était la première et la dernière fois.

Ce n’est pas que j’avais peur, mais Sarah m’impressionnait. Autour de moi, je ressentais un trouble déjà vécu, une impression sismique déjà imprimée dans la peau.

Avec Sarah, l’amour prenait une teinte moins violente, plus patiente qu’avec Ludie et pourtant... une impression fascinante de connu, de déjà respiré.

Je me rappelle avoir été surpris de l’opulence de sa poitrine car je la voyais plus mince que sa sœur et mon corps a gardé l’empreinte de ses pieds divins.

Cette nuit là fut si courte mais au petit matin j’ai goûté la satisfaction de m’évanouir dans le soleil, plongé dans le parfum de sa peau...

Et je ne sais pas si j’ai eu la force de lui dire :

« Déesse, tu sens la cannelle.

- Oui Alex, dors maintenant.

Je me suis réveillé dans le soleil. Il devait être sept heures. Sarah qui était déjà levée vint s’asseoir sur le bord du lit.

Elle me dit bonjour en ouvrant son chemisier pour me donner ses seins. Quel bonheur !

« J’ai préparé ton sac, prends ta douche et viens me rejoindre en bas. »

En rejoignant la salle de bains, je croisais Kasey qui suivait Wikita dans le couloir...

« Hello, Alex ! »

Alors que je me demandais si ma nudité constituait un quelconque problème, elle sauta dans mes bras en s’accrochant à mon cou :

"Amuses toi bien Alex, mais n’oublies pas de revenir. Je penserais à toi tous les jours. »

J’étais trop ému pour dire quelque chose et je la regardais descendre en parlant à Wikita.

Dans la salle de bains, je regardais l’homme endormi dans la glace. Je me sentais complètement déglingué mais plutôt pas mal, comme si je venais de finir un marathon.

L’embrassade de Kasey remonta à la surface et je vis des larmes couler des yeux gris du visage dans le miroir :

« Dingue, ces Indiennes quand même ! »

En m’installant dans le salon bleu où Kasey finissait d’amener les toasts, et la salade de fruits, je me disais que le grand luxe de cette belle maison c’était le calme environnant et la qualité du silence rythmé par le ressac de l’océan.

Quand Sarah nous rejoignit avec le café, je me demandais pourquoi nous étions debout si tôt :

« Et Isabel ? »

Je finissais de déguster une des délicieuses crêpes de Sarah, avec juste une noix de beurre vraiment salé et un filet de sirop d’érable...

C’est Kasey qui répondit à ma question :

« Elle est là, elle arrive, je la vois ! »

Je tournais la tête en tous sens, en l’air également, je ne voyais rien.

« Mais...

- Tu devrais essayer Alex, je suis sûre que tu peux y arriver, avec de l’entraînement. »

Elle se leva et partit avec le loup, avant de franchir le seuil de la porte d'entrée elle se retourna vers moi :

« Un jour, tu verras.

- Merci Kasey, tu es un ange."


Vendredi 28 septembre 2007

Toutes les notes