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14.11.2007
Rolling stone

Je regardais d’un air plus que navré l’appétissant sandwich moelleux et coloré qui m’attendait au coin de l’assiette.
Héroïquement, je me redressai en me calant bien contre le dossier de la banquette, une grimace en forme de sourire coincée entre les lèvres, je participais passivement aux échanges colorés entre la professeuse et ses élèves joyeusement surexcités.
Cela me rappelait ces innombrables réunions auxquelles mon ancienne vie professionnelle me condamnait. Comme disait mon délicieux collègue Rollan de Ventretache :
« Nous devons nous réserver pour les tâches les plus élevées, car nous sommes des cadres d’état-major ».
Louis maîtrisait les bonnes manières et le langage de cour. Régulièrement il se plaignait d’être incompris, aussi de temps à autre il partait se ressourcer sur ses terres et parfois même il allait goûter la quiétude d’un monastère.
En fait, j’étais là sans être là, portant comme mon ombre, cette impression d’isolement total au milieu des autres êtres humains.
Et pourtant, j’étais là, il faisait beau, l’air climatisé me transmettait un délicat parfum de jasmin, et pourtant...
Isabel riait et parlait.
Elle avait partagé sa tarte avec Shankari et commandé du café pour tout le monde, elle savait tout faire, une femme accomplie, un être multi-tâches...
J’en étais loin, mais j’étais habitué à n’être qu’un homme, un vagabond de l’humanité, un chasseur de plaisir, collectionneur d’instants perdus.
« N’est-ce pas Alex, tu es d’accord avec moi ?
- Oui, toujours, bien sûr ! »
Isabel me regarda, presque sérieuse :
« Tu es sûr que tout va bien, hein tu es sûr ? »
Elle ouvrait et refermait son sac à mains, mécaniquement, elle commençait à s’énerver et même peut être à s’inquiéter de ma passivité, je l’entendais penser :
« Ca y est, il s’ennuie, il est en train de partir, qu’est-ce que je vais devenir...et s’il disparaissait ! »
Elle avait déjà vu ça à l’Université, des étudiants de première année qui après quelques semaines d’attente enthousiaste et passionnée, commençaient à se désespérer, à se refermer, jusqu’à disparaître complètement...
Et c’était toujours les plus mignon qui lui faisaient ça, de tendres sauvages...
A ce moment là, subitement j’eus envie de me lever, pour bouger, me dégourdir les jambes :
« Je vais aux toilettes et je reviens ! »
Je vis l’éclair de panique dans le regard voilé de la jeune femme si élégante et presque troublée :
« Je vais avec toi !»
Shankari se leva, comme pour l’accompagner, mais Isabel répéta, en insistant :
« Je vais avec lui !»
J’étais déjà parti. Je m’éloignais rapidement, droit devant moi et j’aboutis sur une petite terrasse plantée d’oliviers et de jasmins.
Je me sentais rafraîchi par l’isolement de cet espace sans prétention. Je me détendis et je respirais un grand coup. Tout allait bien, mon esprit reprenait le chemin des rêves.
Je revoyais la rue, là-bas à Richmond qui faisait comme un tunnel de chênes et d’ormes, le parfum du caroubier me revenait et me transportait encore plus loin, dans les jardins de Caroline où Faulkner écoutait le chant de l’oiseau-moqueur installé parmi les magnolias, dominant le jasmin du Cap, le seringa et le calacanthus.
Jeudi 8 novembre 2007
17:14 Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note

