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26.11.2007
Black Cat Blues

Je pensais de plus en plus souvent à Ludivine. Je commençais à la voir partout.
Quand j’imaginais sa silhouette sa démarche, quand je devinais le mouvement de ses mains, le profil de ses seins gonflés de vie qui constituaient la plus belle illustration terrestre de la tentation...
Alors je crois bien que j’étais jaloux. Je souffrais du manque d’Elle qui était ma lumière.
Après avoir quittés Shankari et ses frères, nous reprîmes la route. Isabel avait adopté le parti résolu de la bonne humeur et je la suivais allégrement dans le sautillement sans fin de son esprit curieux.
Elle possédait une culture incroyable. Elle m’amenait à Chicago pour me narrer les duels musicaux mémorables de Buddy Guy armé de son invincible guitare à pois.
Puis, alors que j’avais toujours les oreilles le tempo de Black Cat Blues, elle étendait la main sur un paysage étonnant de puissance et de sérénité,
et alors de sa très belle voix presque métallique elle me racontait le monde, l’humanité cheminant, soufflant et toujours avançant.
Le gros moteur V8 ronronnait avec délicatesse. Les yeux grands ouverts j’absorbais religieusement les paroles du professeur Isabel Care.
Avec elle, l’histoire du peuplement du continent américain, c’était plus fort que Docteur Jivago !
« Donc, si j’ai bien compris, les premiers occupants sont venus d’Asie, mais ils ne sont pas tous arrivés en même temps.
- Oui c’est bien ça Alex, le peuplement s’est réalisé en plusieurs vagues à partir de l’Asie, de la Sibérie, par le détroit de Behring.
- Et c’était quand, il y a dix mille ans ?
- Oh, plus encore. Pendant longtemps les préhistoriens ont admis comme point de départ quinze mille ans avant Jésus-Christ mais la plupart des recherches récentes confirment la thèse d’un enracinement très ancien qui remonte environ à cinquante mille ans.
- Non, tu rigoles ?
- Pas du tout mon cher, il faudra t’y faire, le Nouveau Monde n’est pas celui qu’on croit !
- C’est dingue ça ! Ca veut dire que le Nouveau monde est plus ancien que l’Europe qui n’était pratiquement pas habitée jusqu’à douze mille ans avant Jesus !
Isabel !
- Oui mon chou ?
- Isabel, pourquoi tu sais tant de choses ? »
Elle éclata de rire, son visage exprimait la joie de vivre.
« Bah, tu sais, c’est mon métier, d’apprendre, de manger des connaissances, de les digérer et ensuite, je redistribue.
- Et à Princeton, tu fais quoi, tu discutes avec le fantôme d’Einstein ?
- Tu peux rire, mais c’est presque ça. Tu sais il a donné un cycle exceptionnel de conférences, durant deux années, et son esprit est encore là. C’est incroyable comme il a pu marquer les gens...
- Et toi, tu enseignes l’histoire ?
- Non pas directement, j’ai intégré le Princeton University Department of Anthropology
où j’interviens en Comparative Literature et en Linguistics.
- Quand je disais que tu étais une savante...
- Alex, tu exagères toujours, un vrai Napolitain ! Tu me vois avec une blouse blanche, des lunettes, les cheveux relevés et un air à la fois austère et perdu...
- Isa, tu sais avec des jambes comme les tiennes, tu serais terriblement sexy en blousette !
- Ah oui ! Tu trouves qu’elles sont jolies ?
Mercredi 21 novembre 2007
23:27 Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
21.11.2007
Distraction possible

J’avais du mal à ne pas me laisser distraire par les petits seins spirituels d’Isabel.
Les deux frères de Shankari s’étaient montrés pleins de curiosité pour la France, pour Paris, pour Jim Morrison, leur idole.
Ils connaissaient tout de lui, de sa formation artistique, de ses origines un peu indiennes et de ses penchants poétiques.
Ils étaient captivés par le récit des années où j’habitais une petite maison d’artiste, près du cimetière du Père Lachaise.
Le samedi ou le dimanche, quand j’étais en mal d’impressions à photographier, amoureux décadent d’un romantisme décalé, j’allais arpenter cette oasis urbaine où les pavés sentaient encore le dix neuvième siècle.
Devant moi, je contemplais des nuées d’oiseaux, assez gros, des pigeons ramiers se rassemblaient dans de majestueux châtaigniers.
Des arbres plus que centenaires, d’après le diamètre impressionnant de leur tronc, un bon mètre et des formes élégantes et puissantes, élancées vers le ciel, mais sans se presser, avec l’assurance que donne la force de l’immobilité quand tout bouge, remue et s’agite.
Un filet d’air entrait par fenêtre ouverte donnant sur notre petit box. Les cheveux d’Isabel frémissaient, ses boucles délicates s’agitaient.
Son visage si fin et si délicat était tellement expressif que c’était un régal rien que de la regarder, comme la télé, en mieux.
Et puis, son odeur, son parfum... J’étais presque certain qu’il s’agissait de Diorissimo mais je n’osais pas le lui demander.
Et puis ses mains si fines et ses pieds si troublants. Comme dans l’avion, elle avait enlevé ses chaussures, comme à ce temps là, je l’admirais pour sa grâce et le naturel de sa beauté.
Jeudi 8 novembre 2007
17:37 Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
14.11.2007
Rolling stone

Je regardais d’un air plus que navré l’appétissant sandwich moelleux et coloré qui m’attendait au coin de l’assiette.
Héroïquement, je me redressai en me calant bien contre le dossier de la banquette, une grimace en forme de sourire coincée entre les lèvres, je participais passivement aux échanges colorés entre la professeuse et ses élèves joyeusement surexcités.
Cela me rappelait ces innombrables réunions auxquelles mon ancienne vie professionnelle me condamnait. Comme disait mon délicieux collègue Rollan de Ventretache :
« Nous devons nous réserver pour les tâches les plus élevées, car nous sommes des cadres d’état-major ».
Louis maîtrisait les bonnes manières et le langage de cour. Régulièrement il se plaignait d’être incompris, aussi de temps à autre il partait se ressourcer sur ses terres et parfois même il allait goûter la quiétude d’un monastère.
En fait, j’étais là sans être là, portant comme mon ombre, cette impression d’isolement total au milieu des autres êtres humains.
Et pourtant, j’étais là, il faisait beau, l’air climatisé me transmettait un délicat parfum de jasmin, et pourtant...
Isabel riait et parlait.
Elle avait partagé sa tarte avec Shankari et commandé du café pour tout le monde, elle savait tout faire, une femme accomplie, un être multi-tâches...
J’en étais loin, mais j’étais habitué à n’être qu’un homme, un vagabond de l’humanité, un chasseur de plaisir, collectionneur d’instants perdus.
« N’est-ce pas Alex, tu es d’accord avec moi ?
- Oui, toujours, bien sûr ! »
Isabel me regarda, presque sérieuse :
« Tu es sûr que tout va bien, hein tu es sûr ? »
Elle ouvrait et refermait son sac à mains, mécaniquement, elle commençait à s’énerver et même peut être à s’inquiéter de ma passivité, je l’entendais penser :
« Ca y est, il s’ennuie, il est en train de partir, qu’est-ce que je vais devenir...et s’il disparaissait ! »
Elle avait déjà vu ça à l’Université, des étudiants de première année qui après quelques semaines d’attente enthousiaste et passionnée, commençaient à se désespérer, à se refermer, jusqu’à disparaître complètement...
Et c’était toujours les plus mignon qui lui faisaient ça, de tendres sauvages...
A ce moment là, subitement j’eus envie de me lever, pour bouger, me dégourdir les jambes :
« Je vais aux toilettes et je reviens ! »
Je vis l’éclair de panique dans le regard voilé de la jeune femme si élégante et presque troublée :
« Je vais avec toi !»
Shankari se leva, comme pour l’accompagner, mais Isabel répéta, en insistant :
« Je vais avec lui !»
J’étais déjà parti. Je m’éloignais rapidement, droit devant moi et j’aboutis sur une petite terrasse plantée d’oliviers et de jasmins.
Je me sentais rafraîchi par l’isolement de cet espace sans prétention. Je me détendis et je respirais un grand coup. Tout allait bien, mon esprit reprenait le chemin des rêves.
Je revoyais la rue, là-bas à Richmond qui faisait comme un tunnel de chênes et d’ormes, le parfum du caroubier me revenait et me transportait encore plus loin, dans les jardins de Caroline où Faulkner écoutait le chant de l’oiseau-moqueur installé parmi les magnolias, dominant le jasmin du Cap, le seringa et le calacanthus.
Jeudi 8 novembre 2007
17:14 Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
08.11.2007
Shankari

Pour accompagner les cafés, nous commandâmes un énorme club sandwich, avec du poulet et du jambon et du cheddar, et de la salade, des tomates, des oignons, des cornichons et une bonne dose de mayonnaise crémeuse...
Mon accompagnatrice qui avait la gourmandise fine ajouta une portion de tarte aux myrtilles et un beignet à la poire.
Les voyages ça me donne faim.
Isabel était gaie, elle avait retrouvé tout son allant. J’étais presque intimidé par cette femme qui m’avait fortement impressionné, dès le premier contact mais que je connaissais à peine.
Nous primes place dans un box donnant sur les camions sages et au-delà sur une belle montagne bleue. Je crus entendre défiler un train, j’ai du faire un songe... Mais je rêve tout le temps, alors ?
« Tu débutes par quoi, Alex ?
- Heu, et bien, je commence et je finis par le sandwich, si ça ne t’embête pas, tu sais le sucré, moi...
- OK, OK guy, mange le sandwich, je te donne ma part.
- Merci, tu es trop cute Isabel, tu ne devrais pas trop me gâter, tu sais, j’ai pris de très mauvaises habitudes depuis que je suis ici... Je me laisse vivre.
- Ah, tu crois ! Non problem, mon cher, tu sais les femmes adorent s’occuper des hommes, cela doit être un substitut maternel, une chose de cette sorte qui... nous rassure. »
Je commençais à mordre prudemment dans mon sandwich géant, lorsqu’une jeune fille accompagnée de deux garçons, vint se poster devant notre table.
La jeune Orientale écarta ses voiles multicolores, légers et soyeux. Je l’avais remarqué en arrivant, au milieu du groupe animé d’une euphorie électrique.
Elle regardait Isabel, sans prononcer une parole, toutefois son attitude traduisait une demande, une attente.
Isabel, très grande dame (femme professionnelle, une experte !) s’essuya lentement les lèvres et pointa l’index sur sa joue :
« Mais, c’est Shankari, mon étudiante de tête ! Qu’est-ce que tu fais là, Princesse, ce sont tes deux frères ?
- Oh oui, madame ! Bonjour monsieur. »
Elle inclina la tête vers moi :
« Je vous présente Ravi et Shanki, mes deux frères, ils sont musiciens... »
J’étais intrigué par la perspective de voir Isa en situation avec des jeunes. Son attitude chaleureuse, décontractée et sans retenue me surprit quelque peu.
Je n’étais pas habitué à une attitude aussi « naturelle » car toutes les prof femmes que je côtoyais en France m’amusaient souvent par leurs poses enfantines, comme de grandes petites filles jouant à la maîtresse d’école.
Peut être qu’elles sont trop maternelles et qu’elles sont obligées de se protéger derrière une posture académique.
C’est vrai que plus je m’enfonçais dans la vie et plus j’avais conscience de la prééminence de la fonction maternelle chez les femmes, les gardiennes de l’espèce...
Vendredi 2 novembre 2007
18:52 Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
07.11.2007
Arabesque

Après avoir quitté l’Interstate 91 South, nous avions parcouru rapidement la capitale de l’Etat.
J’avais aperçu le gigantesque Capitol du Connecticut de style gothique et d’autres constructions moins grandioses mais encore plus massives.
J’ai appris que le Connecticut c’était aussi le fleuve traversant la ville d’Hartford.
Nous étions descendu de voiture, j’attendais Isabel qui appuyée contre moi, changeait de chaussures.
C’était une sorte d’essayage en fait... Elle se redressa se passa la main dans les cheveux et elle m’entraîna vers le monumental magasin restaurant d’autoroute.
« Alors ça t’a plu Hartford, c’est une vieille ville qui a été construite vers 1600 je crois par des Hollandais...
- Oui, j’aime bien, ce mélange d’ancien et de moderne, de géant et de...normal, avec un beau fleuve au milieu, ça me fait penser à Québec, un peu...
- Ah oui, tiens tu connais le Canada ?
- Non et je le regrette mais j’ai un ami autrichien et photographe, marié avec une sublime Américaine qui a aussi du sang français et indien et qui est mannequine à Paris et...
- dont tu es amoureux !
- j’étais ma chère, j’étais...Et donc ils ont vécu longtemps à Montréal et nous avons partagé beaucoup de souvenirs visuels.
- Tiens au fait quand nous reviendrons, si nous revenons... Si les gros poissons du Cape Cod ne t’ont pas dévoré tout cru, je te montrerais une jolie construction rigolote, la maison de Mark Twain.
- Ah oui, le père fondateur du roman américain, génial ! Ca me donne faim tout ça, pas toi Bella ? »
Isabel riait, Isabel marchait. Elle était si femmement élégante et en même temps elle était si attentive aux autres, si humaine, je la trouvais émouvante.
La grande station service était presque déserte, à l’exception d’une dizaine de camions gigantesques tranquillement endormis derrière la boutique restaurant bar salon de tea.
Une grande animation régnait près de la caisse du restaurant self-service. Un groupe coloré de jeunes adultes Indiens ou Pakistanais portant turbans, voiles et autres draperies enflammées de teintes de coucher de soleil.
Une jeune femme aux yeux noirs se retourna vivement à notre arrivée. Surprise, elle nous sourit et me figea sur place :
« Mamma mia, quelle belle Arabesque !
- Arrête Alex, tu es incorrigible ! Je te rappelle que tu es avec moi et que, même si je n’ai pas les voiles, les couleurs et les bracelets partout, je reste une fille présentable... non ? Tu veux me faire pleurer, alors ?
- Zabel, cesse de râler ! Tu sais bien que je sais que tu sais que je trouve que tu es bellissima et que je suis plus qu’attiré par toi, tu le sais, non ? »
Elle se frotta le nez, superbement coquette, mutine, femmement femme.
« Alors, comme ça, je te plais ? »
Elle afficha son sourire le plus ravageur, des nuances de larmes semblaient briller aux coins de ses yeux sublimes.
Et, d’un coup, elle se retourna, penchée dans la contemplation des desserts, salades de fruits et autres crèmes glacées qui recouvraient une surface impressionnante de la vitrine réfrigérée.
C’est vrai qu’elle était belle et j’étais fier de l’accompagner, ma « Pretty Woman ».
Je connaissais mon bonheur. Je pensais à mes filles.
Mercredi 31 octobre 2007
10:50 Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
01.11.2007
Wolf whistle

Depuis New Haven, nous avions quitté l’horizon de la mer.
Après avoir bifurqué à gauche pour rejoindre la I-91 N,
nous roulions grand train en direction de Hartford/Boston.
Je jetais un coup d’œil sur le tableau de bord. L’horloge ronde indiquait 9h40.
« Tu te rends compte Isa, cela fait exactement cent minutes que nous avons quitté New York !
- Ah oui, Darling, tu comptes en minutes, maintenant ?
- Darling toi-même ! Si tu m’embêtes je t’embrasse les pieds et ensuite... »
Je ne pouvais m’empêcher d’apprécier le galbe soyeux de ses
cuisses, Isabel me regardait la regarder tout en faisant voleter
sa robette en mousseline de soie, vert émeraude, d’une main légère.
« Et ensuite, tu fais quoi, ensuite, Français sauvage, tu me donnes un wolf whistle ?
- C’est sûr que tu le mérites Isabel, mais je ne sais pas siffler. Je devrais peut être apprendre, tu ne crois pas ?
- Si, Alex, bien sûr, c’est important ça dans la vie, tiens tu devrais demander à Marcia, je suis sûre qu’...
- Tu connais Marcia, aussi ?
- Oui, non, je ne sais pas, tu m’embrouilles, arrêtes de faire cette tête là, tu as faim, tu veux, de la musique, tiens c’est bien ça, j’adore le Nabucco de Verdi... »
Elle parlait, elle parlait. Les femmes font ça quand elles sont
sur la défensive, elles vous encerclent dans un flot de paroles,
on ne sait même plus ou est le début et la fin, un piège
irrésistible qui vous entraîne vers le fond, le néant de la pensée, une sorte d’asphyxie du cerveau, redoutable ?
Perdu dans mes pensées, je regardais passer le paysage,
nous roulâmes encore une bonne demi heure avant d’atteindre
Hartford, la capitale du Connecticut.
Dans les reflets de la vitre j’observais les turbulences d’air
chaud, je croyais voir les longs cheveux noirs de Ludie, elle me manquait tellement, je me sentais vide dedans.
Je m’étirais et je fixais la route, les yeux humides.
La circulation était encore fluide malgré les camions
de plus en plus nombreux, colorés et disparates.
Isabel avait soif, j’avais envie de me dégourdir les jambes,
nous fîmes halte dans une grande station service,
à la sortie de Hartford, sur l’autoroute d’Etat.
Mardi 30 octobre 2007
13:15 Publié dans Virginia | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note

