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07.02.2008
Sécession

« Ah oui ! Et bien moi, ma chère Isa, ça ne me convient pas du tout cette histoire là ! Ca commence à me fatiguer grave de ne jamais être seul, de ne jamais pouvoir faire ce que je veux !
- Mais Alex, mais…
- Ce n’est pas de ta faute Isabel, au contraire avec toi je me repose, mais le cirque avec les plumes, j’en ai marre, je me tire ! Ne bouge pas, je descends et je prends mon sac. »
Je profitais de l’arrêt de la Tucson à un feu tricolore pour sauter hors de la voiture et arracher mon sac de voyage du coffre cossu de la grosse voiture grise.
Je partis aussitôt dans le sens opposé. Je voyais rouge, j’étais froidement surexcité et je me sentais prêt à marcher jusqu’à la lune.
Je savais que nous étions dans Back Bay, le nouveau quartier chic bostonien, car j’avais eu le temps d’apercevoir la monumentale esplanade de la Christian Science church, puis le complexe immobilier, genre années soixante, du Prudential Center et ensuite sur la gauche j’avais entrevu une sorte de temple bizarre qui, a tous les coups, devait être la grande Bibliothèque Publique de Boston.
Je continuais de marcher, sans faiblir, résistant à l’envie de me retourner pour mieux me repérer. Au bout de dix minutes je finis par arriver en vue de la gare, Back Bay Station.
Je pris à gauche dans la East Berkeley Street, j’arrivais dans le quartier du South End et je me sentais soulagé car j’allais dans la bonne direction, vers le Cape Cod, finalement, c’était pour ça que j’étais venu, non ?
Arrivé à un croisement avec Albany Street, je m’arrêtais pour reprendre ma respiration, légèrement perplexe. Devant moi, j’apercevais le Broadway Bridge et sur la droite la route importante devait être la I-93 qui allait en direction de Quincy, Plymouth et le Cape Cod.
Je n’étais pas trop perdu et je savais qu’une ligne de bus régulière faisait le trajet depuis l’aéroport de Boston, jusqu’à Provincetown, tout à l’extrémité du Cap et comme ça représentait en gros 150 km et que je n’avais qu’une seule paire de chaussure et que je voulais voir les baleines et autres merveilles sauvages, il fallait que je trouve une station de bus ou un genre de gare routière comme il y a partout aux Etats Unis.
Le plan de Boston à la main, je réfléchissais tout haut (en anglais, ce n’est pas facile) quand sur le mur jouxtant une jolie supérette jaune, j’aperçus une affiche avec un magnifique bus violet, les flancs parés de cadres rectangulaires blancs soulignés par de larges bandes jaunes.
C’était une publicité pour la Plymouth & Brockton Cie, la société de transport desservant le Cape Cod. J’appelais le numéro de téléphone indiqué où l’opératrice avait avoir insisté sur les tarifs qui étaient avantageux mais qui allaient bientôt augmenter, finit par m’indiquer deux possibilités pour attraper un bus violet, soit à Park Square, soit au South Station Bus Terminal…
Je l’aurais embrassée, car sur mon petit plan, j’avais repéré le terminal des bus de la gare Sud, et je n’étais pas trop loin.
Je remis mon sac sur l’épaule, heureusement une légère brise ventilait l’atmosphère et je passais sous la route I-93, puis au bout de cinq minutes je bifurquais à gauche dans la South Boston Bypass Road et après un bon quart d’heure de marche tranquille, je tournais de nouveau à gauche dans la Summer Street qui débouchait sur le terminal de bus, en faisant un angle droit avec Atlantic Avenue.
Le bureau de la Plymouth et Brockton était fermé aussi je me dirigeais là où il y avait un semblant de vie, au Greyhound Ticket Desk, le comptoir de la fameuse société des cars gris qui sillonnent l’Amérique de part en part.
Par chance, ils étaient habilités à vendre les billets des autres compagnies donc je pris un aller simple à onze dollars pour Plymouth.
Ce n’était pas l’endroit où je rêvais de m’installer mais c’était une étape stratégique qui me permettrait de réfléchir pour savoir si j’allais sur la côte sud, du côté de la grande ville balnéaire de Hyannis et des iles légendaires que sont Martha’s Vineyard et Nantucket, ou alors je continuais par la route Nord jusqu’à l’extrémité de Provincetown plongée dans les mystères de la haute mer.
Je m’assis sur un banc à l’ombre en méditant sur la sagesse de ma décision et en fouillant partout dans mes poches et mon sac, je vérifiais que j’étais quasiment sans argent, donc c’était doublement sage d’épargner les dix-huit dollars demandés pour Hyannis ou pire les vingt huit dollars nécessaires pour atteindre le but ultime, l’extrémité extrême de Provincetown qui m’attirait par son aspect sauvage et ses nombreux phares, Cape Cod Lighthouse, Race Point Lighthouse, Wood End Lighthouse et Long Point Lighthouse.
J’étais seul et sans argent. Les vacances ou l’absence ? un caprice, peut être ?
Jeudi 10 janvier 2008
02:35 Publié dans Virginia | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note

