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06.03.2008

Anniversaire de solitude

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Jeudi 7
Jour d’anniversaire, de solitude.

Norma contemplait ses escarpins rouges, sa jupe grise en flanelle, son chemisier blanc à jabot et son manteau noir.

Ce matin-là, elle s’était sentie en forme, un déguisement de femme qui lui plaisait bien.

De temps en temps, elle marquait un temps d’arrêt, le long des trottoirs noirs et elle regardait vite, dans les vitrines translucides, l’image d’une femme, jeune, jolie, élégante…

Est-ce que c’est moi ? Se demandait Norma, c’est qui celle-là ?

Son patron ne lui avait rien dit. Il n’exprimait jamais rien de personnel. Monsieur Li était toujours strictement professionnel.

Courtois et prévenant, sans excès, monsieur Li était un jeune Chinois de bonne famille.
Il avait étudié le droit pénal à Eton et il avait été un des premiers à suivre le cursus universitaire de Détective à l’Université de Montpellier.

Il s’était laissé guider par une tenace curiosité du monde en noir et jaune de Chandler…

Depuis qu’il vivait en France, il avait découvert l’œuvre de Simenon et il se désolait de ne pas avoir connu l’ambiance des quais de gare, des fabriques à l’ancienne le long des fleuves où trainent des péniches tristes, avec toujours un Hollandais qui a trop bu et un bistrot perdu qui devient le quartier général anonyme d’une enquête qui ne commence jamais et qui se résout toujours dans un détail oublié, comme de la poussière qui flambe dans un rayon de soleil, au deuxième étage d’une maison cossue, trop bourgeoise pour être sans histoire.

Monsieur Li n’avait pas d’âge mais son élocution était parfaite, il était aussi à l’aise quand il parlait français, anglais ou chinois. Il avait peut être trente ans et c’était un homme, mais…

Elle devinait que sous le strict blazer, orange, jaune ou vert, selon les jours de la semaine, mais elle n’avait pas encore compris selon quel ordre ni quel calendrier, se cachait le feu et la glace, un homme qui avait vécu et un petit garçon qui avait encore besoin de tendresse, de la protection d’une mère.

Une image lui vint d’un Monsieur Li habillé en garçonnet qui tendait vers elle des mains suppliantes pour attraper les bouts de ses seins découverts…

« Tiens, je fais dans la mère, maintenant ! » se dit Norma,

« c’est nouveau ça ! Une nouvelle corde à mon arc ? »

Tous les jours maintenant, près du musée Gustave Moreau, elle voyait la même femme en détresse qui lui souriait, elle s’arrêtait pour lui parler et quand elle avait reçu sa première paye de Détective, elle s’était dépêchée d’aller lui glisser un billet de cinq euros, il faisait alors presque beau.

Un peu plus loin, elle dévorait des yeux le magasin d’épices qui lui paraissait immense et fabuleusement riche. Et puis après elle faisait toujours une halte devant la devanture du bouquiniste.

Elle aimait manipuler les volumes exposés dans des bacs, tous les jours, elle fouillait, elle découvrait des beaux livres plus ou moins beaux et elle finissait toujours par les livres en format de poche, neufs, soldés à moitié prix.

Les auteurs étaient surtout des poètes français oubliés ou jamais connus et rarement des écrivains étrangers…

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