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08.03.2008

Refuge

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Depuis plusieurs jours, réfugié au Cape Cod, j’habitais les courants d’air d’une fin d’été.

Quelques chiens et de temps en temps un ermite décharné, aux yeux perdus, me tenaient compagnie.

J’avais l’impression de faire partie d’un paysage immuable, réchauffé par le soleil de dix sept heures, remué par la brise qui n’arrêtait jamais.

La cote sauvage et déserte me regardait, me tenait les pieds, j’étais prisonnier volontaire de l’infini de la mer, le vide.

Je me nourrissais de peu, non par manque de ressource mais parce que je n’y pensais pas.

Le matin et le soir, avec mon bol de café, je grignotais un petit pain, parfois la moitié.

J’ai pris l’habitude d’aller écouter Léna, une jeune fille slave qui paraissait aveugle et qui mendiait, qui était là, à l’angle de deux rues tranquilles, installée avec son fatras : une banquette en skaï jaune, une table de nuit années trente, une lampe à pétrole, des couvertures aux motifs esquimaux, et puis un chat qui trônait par-dessus tout, une bête superbe, toute en poils gris et feu.

Parfois le matin, je prenais le bus pour aller gouter le sable atlantique. Les plages de Sandwich étaient immenses et relativement peu fréquentées.

J’avais un petit faible pour Sandy Neck Beach, la plus spectaculaire par les dessins creusés dans le sable par le vent et les remous des marées.

Tout près de là j’avais remarqué une grande maison blanche, de style colonial et un jour je rencontrais les rires étouffés d’Awitelin et sa cousine, les Indiennes du car, c’était la maison de la tante d’Hayatt.

Presque tous les jours, de onze heures à midi, elles venaient me tenir compagnie, c’étaient des instants magiques, simplement de les regarder.

Quand elles partaient je m’allongeais, leurs pas élastiques les emportaient si vite. Je continuais de les voir, de leur parler…

Quel plaisir intense de partager ces mots et ces regards avec Awitelin, si belle, si fine, si élégante, avec ses pieds aériens et ses mains subtiles.

Elle avait réellement une allure de reine anoblie par son imposante, troublante poitrine, et en même temps elle m’impressionnait, elle m’intimidait par sa simplicité.

Et puis, et puis Hayatt, Hayatt dont le regard me trouble et me jette dans des tempêtes de chavirements et de délices, ou des tortures…

Quand elle est là, tout près, en face, c’est un océan de brulures de douceur. Elle me submerge, tout s’écroule, ses yeux si noirs m’inondent de leur rayonnement de bonté, d’amour, de…

Jeudi 31 janvier 2008- 13h25

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