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10.03.2008
Jour de chance

Aujourd’hui, jour de chance. Elle a trouvé un recueil littéraire sur New York et un petit roman de Joyce Carol Oates.
A la caisse, face à la grande vitrine, elle attend sa monnaie. Lorsqu’elle lève les yeux, elle aperçoit un homme blond qui était là, qui partait et qui revenait.
Bizarre, j’ai l’impression de l’avoir déjà vu, celui-là, et aujourd’hui d’ailleurs.
Quand je suis sortie du Bistrot du Coin, m’apprêtant à traverser la rue de Paradis, pour rejoindre le Bureau, il me semble qu’il achetait des cigarettes et je m’étais fait la réflexion qu’il était trop tôt pour fumer, non ?
Le lendemain, Norma marchait, Norma pensait. Elle se disait que c’était une histoire plutôt longue, un premier émoi...
Machinalement, elle s’était arrêtée et était entrée dans la boutique du bouquiniste qui était toujours présent avec l’air absent.
Dans son panier, installé sur le comptoir, le chien Tout Petit, avec son pull écossais, qui observe Norma, attend, regarde, consent à une improbable caresse, tout de suite ou bien…
Norma songeuse, consultait les guides, pays exotiques, besoin de soleil, partir. Ses longs doigts fins effleuraient les couvertures cartonnées.
C’est vrai que mes mains sont assez jolies, il me faudrait des bagues pour les mettre en valeur, mais pas n’importe quoi !
En vieillissant, elle devenait exigeante, avait envie de « vraies » choses : fini le toc du plastoc et le tic du synthétic !
« Maintenant, moi, je, moi, moi, moi… »
Ca c’est une femme, se dit Norma, en rigolant, quelles garces ces filles !
Elle s’arrêta dans son élan vers le casier voisin, elle pensait à son Jules, à son ex, à cette nana sans scrupule qui passait par là et l’avait ramené, avec ou sans pantalon.
Elle ne pu s’empêcher de sourire : il avait été si mignon, puis un matin amer, le constat : il a bien changé, elle me l’a transformé cette, cette…
Soupir, partir, désir d’autre chose, ailleurs, partons, allons-y !
Tous les soirs, maintenant elle s’arrêtait chez le bouquiniste qui était plutôt un vendeur de livres neufs soldés, enfin un vendeur…
Il était si discret, mince et effacé qu’elle n’aurait su le reconnaitre ! Peut être était-il horriblement timide ? Dur, dur le commerce…
Norma était contente et puis réchauffée. Elle avait trouvé un guide original sur New York, à trois euros, une affaire, non ?
Et puis, à l’abri du vent, cela allait mieux. Elle jeta un coup d’œil à la grande glace adossée à une colonne près de la caisse, sa jupe longue et évasée, en laine vierge et pure d’Ecosse, était impeccable.
Avec ses bottes cavalières, gris perle, c’était plutôt bien. Par contre il fallait qu’elle s’achète des collants plus épais.
Elle avait l’impression plutôt cavalière, d’avoir le cul à l’air. C’est vrai, je suis tellement habitué à porter des pantalons les jours de travail, c’est tellement plus pratique, et puis finalement les jeans pour le week-end ce n’est pas mal non plus.
Finalement je suis une star comme Amy, je mets des jupettes uniquement pour me produire sur les scènes de ma vie…
Pendant que Norma enlevait ses gants en agneau, couleur daim « blond », doigt après doigt comme elle avait vu faire sa tante Hélène, le vendeur admirait et se disait :
« les femmes, quand même, c’est dingue ! »
Norma fourra les gants dans son sac et sourit machinalement. Elle pensait avec une émotion joyeuse à son Levi’s Blue qui l’attendait, la haut, bien au chaud, plus tard, là-bas.
Lundi 18 février – 8h30
17:36 Publié dans Norma | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note

