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12.03.2008

Propriétaire de…

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Un coin de plage désert, un coin à moi. Propriétaire d’un morceau de paradis. S’étendre, fermer les yeux.

Deviner quels évènements le souffle des cieux va traduire, inscrire dans le creux des vagues, bruissements sur le sable.

A quoi bon tous ces mystères, toutes ces vies ?

Virginia me hantait depuis que j’étais là, surement à cause de la multitude des phares, ici comme chez elle, à Talland House, l’été, To the Lighthouse.

Le génie de Virginia qui rejoint si fort Proust, dans les difficultés de la vie, la maladie, la solitude, une sexualité à part, pas d’enfant, une vie blessée, un refuge dans la pensée, dans l’intelligence, ailleurs, à côté, dans la société ils ont pu voir beaucoup mieux, beaucoup plus loin.

L’un accroché à sa mère, l’autre dépendante de sa sœur, une enfance idéalisée et puis après, l’œuvre contre la mort.

C’est sûr que le talent artistique se nourrit des blessures de la vie, l’antidépresseur suprême, Virginia toi qui étais l’intelligence de l’intelligence, je me prosterne à tes pieds de sable.

Quel bonheur de penser à elle, tout le temps, partout Virginia est là, je l’emmène, je la lis, je lui parle, elle est là, conscience astrale, chemin de vie.

J’ai dévoré Instants de vie, une merveille de cinq récits autobiographiques écrits par madame Woolf.

Une véritable jubilation de se promener avec Virginia à Londres de Kensington à Bloomsbury et puis en Cornouailles, à Saint Yves dans la maison magique, Talland House.

Elle avait une telle admiration pour sa mère qui est morte trop jeune, modèle de beauté, d’intelligence et de bonté. Après ça, comment ne pas aimer les femmes ? Impossible…

Comme toujours, la traduction par une Woolfeuse (nouveau !) émérite est absolument somptueuse.
Dommage que le titre, sûrement choisi par l’éditeur, ne ressemble en rien au livre.

Le titre original Moments of Being correspond vraiment aux moments d’être, ces instants particuliers où nous sommes pleinement conscients d’exister, de penser et d’agir, par opposition à tout ce que nous accomplissons quotidiennement, mécaniquement sans nous engager…

Un de ces matins-là, dialogue avec le sable aux reflets gris, le vent murmure, susurre des mots amis.

Je referme Black Water, les mains communiquant un dernier souffle à travers la douceur de la couverture. Encore étonné, ébranlé par le talent invraisemblable de cette femme, Madame Oates…

Chaque page, comme un coup de poing, chaque ligne sortie d’un cauchemar de rêve. Quelle grâce dans tout cela, l’image de la création.

Songeur et admiratif, tendu vers le flot, bercé par le ciel de blanc et de nuages. La-aussi, la traduction est remarquable et le titre français lamentable.

Pourquoi l’eau noire qui submerge, encercle et étouffe l’héroïne devient : Reflets en eau trouble, ce n’est plus de l’incompétence éditoriale, c’est de la connerie.

Le récit est encore plus juste ici car plusieurs personnages du roman viennent de Boston et en plus je crois que c’est vraiment arrivé.

Yes je suis entouré, les phares de Virginia au Nord-est et les Bostoniens de Joyce Carol Oates à l’Ouest…

Notre professeur de Littérature à l’Université de Princeton a l’air de bien connaitre la région car « Hunger », une nouvelle du recueil « The Female of the Species » se passe au Cape Code avec de grandes maisons au bord d’une plage que je ne désespère pas de reconnaitre…


Vendredi 29 février 2008- 8h27 – On train

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