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16.03.2008
Solitude de sable

A force de fréquenter la même solitude de sable, nous finîmes par nous voir.
James Dubois était un des nombreux Canadiens à fréquenter le Cape Cod, en toutes saisons.
Originaire de Montréal il finissait ses études à la Faculté des Lettres de l’Université Laval où il préparait une thèse sur les métiers de l’édition.
James était surtout, comme moi, un passionné de blues et souvent le soir, nous allions retrouver Lena qui finalement n’était pas très aveugle, plutôt Ukrainienne et surtout, elle possédait une voix incroyable pour nous chanter tous les grands classiques que nous connaissions ou qu’elle inventait.
James qui s’avérait un excellent musicien l’accompagnait à la guitare et souvent Helen la copine de James venait m’apprendre à faire les chœurs et à poser ma voix.
En fait comme je m’en étais rapidement rendu compte, Helen Shafer, malgré son nom nord-américain, était une véritable Indienne Mi’kmaq, originaire du Labrador.
Partageant les mêmes passions que mes nouveaux amis pour les livres et la musique, je ne voyais pas les soirées passer.
Souvent j’apercevais les deux cousines qui me faisaient de grands signes de sympathie auxquels je répondais par des sourires légèrement forcés…
Je me demandais comment faire, pour les présenter, pour que ça se passe bien…entre les trois Indiennes d’ethnies si éloignées, et si elles étaient en guerre ?
Et puis trois femmes, jeunes, jolies, sauvages…
Franchement, je n’étais pas très sûr de moi… Et dans ces cas là, j’avais besoin d’être seul, pour prendre de la distance, laisser reposer les émotions toutes neuves.
Je me connaissais et je savais que j’avais toujours tendance à m’enthousiasmer, à m’enflammer dès que je faisais de nouvelles connaissances…
Donc je résolus de visiter Sandwich, seul.
N’étant intéressé ni par le Sandwich Mini Golf ni par l’exposition Crystal by Pairpoint, il me restait à me promener dans la vieille ville historique et d’aller jeter un œil chez Paul Madden Antiques.
Je m’attendais à découvrir des antiquités plus ou moins maritimes et plutôt neuves et en fait après avoir fait plusieurs fois le tour des stands et des allées je m’installais, ravi devant le rayon des livres.
Un fauteuil club me tendait les bras et je m’y installais pour savourer le plaisir de passer en revue une collection complète des œuvres de William Faulkner, dans une très belle édition dorée.
J’étais plongé dans une étonnante préface de Raymond Queneau publiée en 1948 pour Mosquitoes, lorsque j’entendis ou plutôt je sentis qu’on me parlait.
Etant dans les livres, je pensais que James était là, Je pensais…
« Hello, fouineur, cachotier, Français, rat des livres ! Tu nous as oubliées ? »
La pression sur mon épaule était vive, les doigts sombres et fins d’Awitelin faisaient comme une pince.
Elle s’assit sur l’accoudoir. Je pris délicatement sa main et la portais à mes lèvres.
Quelle douceur mon Dieu ! Sa peau exhalait un parfum de jasmin épicé.
« C’est bien, ce que tu lis ?
-Tu es troublante, tu sais ? »
Lundi 10 mars 2008 - 23h31
00:29 Publié dans Virginia | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note

