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17.03.2008

Légère coïncidence

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« Pas mauvaises ces gaufres-là, hein les tropical girls ! »

Un blanc.

Awitelin avait la bouche pleine et Hayatt était songeuse. Heureusement qu’elles ne sont pas armées !

Je crois que je devrais arrêter de balancer des bêtises à tort et à travers. Déjà qu’au pays, je reste largement incompris, alors ici, mon humour au quatrième degré…

« Bon et bien c’était délicieux, il n’y a que le café, hein, c’est pas grave on ira le boire à New York, un coup de jet privé, et hop à nous l’amaretto et le capuccino ! »

Je crois que c’est cette nouvelle impression de bonheur qui me rendait euphorique, je me laissais griser par les mots, mais pourtant… j’aurais du savoir, ça ne ratait jamais !

Awitelin essuya sa grande bouche aux lèvres fines et joliment dessinées. D’un air décidé elle rapprocha son fauteuil du mien, osier contre osier.

Je remarquais la nervosité de ses mains de déesse Indienne.

« Dis Alex, tu crois aux coïncidences ?

- Bien sûr Awi, chez moi c’est même plus qu’une croyance, c’est une certitude. Tu sais, ma vie n’est qu’une coïncidence !

- Ah ! Bon, alors donne-moi un exemple, comme ça, sans réfléchir. »

Je la contemplais avec curiosité, elle semblait de plus en plus sérieuse, presque grave.

« Bon, si tu y tiens... Tu sais que ce matin, j’ai acheté un exemplaire de Moustiques de William Faulkner, préfacé par Raymond Queneau et bien hier soir, enfin cette nuit j’ai terminé « Sous le filet » le premier chef d’œuvre d’Iris Murdoch qui est traduit par Clara Malraux et dédié à ... Raymond Queneau !

- Et…

- Et bien, tu sais que Clara était la fille d’André Malraux, qu’elle était la grande amie d’Armande, la fille de Francis Ponge,

- le grand poète ?

- oui, tout à fait, tu veux que je continue avec Jean…

- Non, c’est bon je te crois, je sens que tu es sincère. »

Hayatt s’étira comme une panthère, elle posa sa main droite sur ma nuque en caressant mes cheveux :

"Tu sais, des fois, elle voit des choses, elle, ma cousine, tu le crois toi ?

- Bien sûr que je le crois. Tout d’abord c’est une femme, donc un être peu ordinaire, ensuite c’est une Indienne, et enfin c’est une Navajo et là je sais, j’ai vu…

- Tu rigoles, tu as vu quoi Alex ? »

Awitelin, intervint :

« Non Hayatt, tu te trompes, cet homme là, d’une façon ou d’une autre a été choisi et il a connu des choses ignorées par beaucoup d’entre nous … »

Je fermais les yeux : ca y était. C’était reparti. Finies les vacances, c’était trop bien, c’était trop beau, chez Lorette…

Dès que le moral tournait au gris, je chantais, un réflexe de survie… Allez savoir, why not ?

J’essayais de me détendre. Je fermais les yeux, le ciel était là. J’ouvrais les yeux, le ciel me regardait.

Une heure auparavant, à dix heures cinquante et une, un gros hélicoptère noir, de l'Air Force avait atterrit dans un formidable vrombissement.

Le commandant de la « Otis Air Force Base » sur la commune voisine de Barnstable, s’était mis sur son trente et un pour accueillir Denis Watt-Myers et sa fille.

Le père de Jennifer était l’héritier de la branche la plus riche de la plus célèbre famille des Etats Unis.

Denis comme son père et son grand père s’était exclusivement consacré aux affaires, sans se laisser distraire par les sirènes électorales.

Comme le commandant Roger Smith, le disait souvent à son épouse si distinguée :

« c’est un honneur de servir une famille qui a autant donné à son pays, et j’en suis fier ! »

Dans la limousine qui emmenait l’homme d’affaires et sa fille, la discussion était animée.

« Alors comme ça tu t’es entichée d’un Français, un genre de poète, peut être un terroriste…

- Papa, arrête ça !

- Excuse-moi ma chérie, je plaisantais et tu sais quand je suis fatigué, je plaisante un peu fort…

- Oui, ça on s’en était très bien aperçu !

- Bon alors, si j’ai bien compris, tu l’envoies dans la région, tu prépares tout, tu le fais même accompagner, tu organises des réceptions grandioses à Boston et dans tout le coin et hop, il s’évanouit !… Comme ça, hein, sans prévenir… »



Samedi 15 mars 2008 - 1h15