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25.03.2008

Qu’est-ce qu’une femme ?

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Je trouvais que Kasey avait encore grandi. Elle devenait majestueuse, elle devenait sa mère…

« Au fait, Grande fille, tu ne m’as pas dit ce que tu faisais ici …

- Oh, tu le sais non ? Je suis venu te trouver, car elle était complètement désespérée quand elle a appris que tu avais disparu.

Elle s’imaginait des tas de choses, que tu avais été kidnappé ou bien pris dans une rixe de baleiniers, ou je ne sais quoi encore.

Comme son père devait se rendre à Hyannis, pour le week-end, je les ai accompagnés… »

Awitelin et Hayatt à moitié pétrifiées de trouille, mais le cerveau cent pour cent en alerte, s’étaient approchées avec précaution :

« Alors, c’est pour ça qu’il y a eu cette invasion belliciste, pourtant, nous ne sommes pas en guerre !

- Non bien sûr mais il y a toujours des risques et monsieur Watt-Myers est une des personnes les plus importantes du pays, donc…

- Vous, euh… tu crois que nous allons… le croiser ? … l’apercevoir ? »

Hayatt poussa sa cousine du coude :

« Voyons Awitelin, comment ose-tu ? On ne peut pas s’imposer comme ça !

- Mais Hayatt, c’est une occasion inespérée ! Tu ne te rends pas compte… Les copains, la famille ! quand on leur dira qui… »

Hayatt me regardait inquiète, ses grands yeux noirs étincelaient d’humidité.

A ce moment je me dis qu’elle était sûrement myope. J’avançais pour lui prendre la main mais je n’eus pas le temps de lui parler.

Un grand remue-ménage dans mon dos m’avertit qu’un orage approchait… Tout à coup une voix métallique s’éleva, tranchant l’air assombri du grand hall.

« Out ! Vous sortez tous ! C’est compris Commandant ? … »

Je me retournais et je vis le grand escogriffe blond qui encadrait la quinzaine d’agents spéciaux faire un mouvement en forme de courbette, aussi raide que gêné, aux pieds de l’escalier monumental desservant l’étage.

Il repartit rapide comme un serpent, la moitié des troupes l’attendait déjà sur le perron devant l’entrée principale, alors que l’autre partie des hommes en noir s’était regroupée dans le magnifique jardin auréolé de senteurs blanches.

Tout à coup je sentis la fraicheur pourpre qui avait envahi l’élégant rez de chaussée de la maison de maitre.

Awitelin et Hayatt se serrèrent contre moi.

Elles ne pouvaient s’empêcher de regarder par-dessus mon épaule. Je vis leurs yeux s’agrandir, leurs lèvres s’entrouvrir :

« Oh, quelle beauté !»

Jennifer émergeait de l’escalier, sa blondeur cuivrée resplendissait dans le contre-jour des larges baies vitrées, je ne l’avais jamais vue aussi belle, et curieusement je n’avais même pas peur.

Je pensais à la question posée par Virginia Woolf devant l’Association londonienne pour l’emploi des femmes :

Qu’est-ce qu’une femme ? Je vous assure que je l’ignore, et je pense que vous l’ignorez aussi !

« Jenny, Jenny tu es…

- Je sais, je sais mon Trésor, je suis là pour toi ! Présente-moi à tes amies qui sont tout à fait exquises. Vous savez, il a toujours eu un fort penchant pour …

- Jennifer, tu vas me faire passer pour…

- un homme qui aime les femmes ? Et bien quel mal y a t-il à cela ?

- Heu, je ne sais pas… Bon, je te présente Awitelin et Hayatt qui sont cousines et qui finissent leurs études de droit…

- A Harvard, oui, oui, je sais tout cela… »


Samedi 22 mars 2008 - 2h15

20.03.2008

Au-delà du monde

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Awitelin avait finit de rajuster ses sandales, debout dans le hall d’accueil, j’attendais l’enregistrement de mon règlement par carte bancaire.

Hayatt discutait avec le serveur pour essayer de comprendre quel genre de raz de marée venait de déferler sur l’impassible maison… Awitelin me sourit. J’avais un doute :

« Dis-moi Awi, où vas-tu chercher tous ces mots compliqués en langue Haudenausaunee ?

- Ha, ça t’intrigue, hein ? Et bien c’est tout bête, c’est comme si j’entendais une voix, et…

- Une voix d’enfant… Et tu répètes, c’est ça ?

- Oui, comment peux-tu le savoir ?

- Oh, cela me rappelle simplement une adorable petite fille en Virginie qui chantonnait une litanie…

- Et elle ressemblait à quoi ou plutôt à qui, cette enfant chanteuse ?

- Oh c’était une délicieuse petite fille blonde, mais je pense, je pense… nom d’un chien !

- Qu’est-ce que tu as ? Viens-voir Hayatt, Alex est tout blanc, quelque chose ne tourne pas rond … »

Hayatt s’approcha et me prit par le bras :

« Alex, c’est moi Hayatt, allez parle, Alex !

- C’est Ludivine, c’est l’esprit de la terre, elle a envoyé la petite fille… Kasey est là, je vous dis, les filles, c’est Kasey qui… Kasey ! Hello Kasey ! Où es-tu ? Ouh-ouh Kasey ! »

Awitelin était Navajo, elle avait compris tout de suite et était tombé à genoux.

Hayatt plantait ses griffes dans mon bras, je sentais la chaleur de ma peau écorchée. Sa voix était grave :

« Dis Alex, c’est Teteo Innan, c’est bien ça, c’est Elle n’est-ce pas ? »

Je la sentais frissonner puis elle se mit à trembler.

« Oui Hayatt, c’est Elle, la Mère des dieux, oui Hayatt, elle est là.»

A ce moment là, descendant du grand escalier en chêne vernis qui nous faisait face, une voix cristalline chantait :

« Achonhaeffti, c’est une femme en Susquehannock. Achonhaeffti, c’est une femme… »

Les petits pieds nus, les jambes légères et très bronzées… Mon cœur battait de plus en plus fort, à la folie, je ne pu m’empêcher de crier :

« Kasey, Kasey mon bébé, ma fille adorée… Oh Kasey ! »

Je sentais des larmes de joie me déborder, je ne savais plus où j’étais, je ne voyais plus qu’elle, que son visage radieux, ses longs cheveux noirs et son sourire, et quel sourire !

La petite Indienne se précipita sur moi et sauta à mon cou en me serrant si fort contre elle. Aussitôt l’intensité de sa force me prit, son odeur enveloppait mon cerveau, c’était comme respirer le parfum du soleil.

Je titubais de bonheur tout en surveillant du coin de l’œil la quinzaine de gaillards des services spéciaux qui quadrillaient le hall et qui dès l’apparition de la petite princesse s’étaient mis au garde à vous, toujours aussi impassibles et silencieux.

Je portais fièrement et je serrais délicatement Kasey contre moi :

« Tu es là, mon Ange, quel bonheur !

- Je m’ennuyais de toi Alex, tu sais ? Mais pourquoi elles sont à genoux tes copines, hein c’est drôle ça ?

- Et bien, c’est tellement…

- Ah oui, j’ai compris, elles ont peur de Maman, c’est ça… »

Kasey posa les pieds sur le sol et se mit à chanter en se dirigeant vers les deux jeunes femmes.

Elle étendit les deux mains au dessus des chevelures noires et alors, je fus suffoqué par l’émotion, car je revis exactement la même scène que j’avais souvent vécue avec Ludivine :

Les deux Indiennes se prosternèrent et embrassèrent avec dévotion les pieds de Kasey.

La petite fille était immobile comme une statue, mais j’avais trop souvent vu sa mère dans cette situation et j’étais sûr, je savais qu’elle était en train de leur parler, de leur transmettre une infinité de mots, d’images et de sons.

Puis, la fille de Teteo Innan se retourna et revint lentement vers moi. Son visage apaisé était celui d’une femme qui sait où elle va.

Derrière elle, Awitelin et Hayatt s’étaient relevées et se tenaient par la main. Elles se mirent à chanter :

« Ontehtian, c’est une femme en Wendat. Ontehtian, c’est une femme… »

Mercredi 19 mars 2008 - 2h03

18.03.2008

Exquisite

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Je suivis Hayatt à l’intérieur de la grande maison blanche.

Nous traversâmes le hall du rez de chaussée pour nous installer dans un des somptueux jardins qui donnaient à l’arrière de la maison un air enchanté.

Notre table était abritée par une tonnelle de rosiers blancs, autour de nous je respirais le parfum des bougainvilliers et des jasmins.

Les filles s’étaient arrêtées en chemin pour saluer un homme d’âge mur, bien charpenté dont le visage hâlé était entouré de longs cheveux gris.

Il avait un rire sonore et semblait se moquer de la sage jeune femme qui l’accompagnait.

C’était peut être un marin renommé ou un écrivain ami de la nature, ou bien… En fait, ça ne m’intéressait pas.

J’avais connu ou approché beaucoup de célébrités, hommes politiques et artistes et je n’y avais trouvé aucun intérêt, j’avais juste gardé un souvenir ému du derrière de deux Sophie, vous avouerez que c’est peu, mais après tout ce n’était pas complètement rien…

Je devais sourire en regardant la carte à laquelle je ne comprenais pas grand-chose, mais je m’en fichais, je me sentais bien, le ciel était d’un bleu sincère et un soupçon de brise marine me rafraichissait les neurones.

Hayatt me conseilla une spécialité de la maison :

« Eggs Benedict with lobster. Tu verras, Alex, les œufs préparés par Annabelle avec le homard, c’est exquisite !

- OK guyette, si tu le dis ! »

Jim le débonnaire serveur vint prendre notre commande complétée par du bacon et des échantillons de saucisses et de poisson séchés à l’ancienne.

J’insistais pour gouter les Belgian waffle with fresh fruit :

« ce n’est pas grave les filles, si vous n’aimez pas les gaufres, moi je les adore, donc vous mangerez les fruits, vous verrez ça sera très bien pour votre régime !

- Un régime, quel régime ! Je n’en ai pas besoin »

dit Awitelin en croisant ses belles jambes ultra bronzées et en se penchant vers sa cousine qui était assise entre nous deux :

« Par contre Hayatt, regarde là, on croirait qu’elle est enceinte tellement sa…, euh, ses pare-chocs sont… proéminents ! »

Et elle pouffa de rire en donnant une tape sur la cuisse nacrée d’Hayatt.

« Tu exagères, Indienne du désert, tu es trop jalouse ! Bon j’ai peut être deux-trois kilos à perdre, mais on verra ça à la rentrée… »

Elle me regarda, l’air boudeur :

« Alex, c’est vrai que je suis si laide que ça, dis Alex ? »

Je pris sa main droite et je l’embrassais tendrement.

« Ne dis pas de bêtises Yayath, tu sais bien que tu es belle comme l’amour, d’ailleurs vous êtes deux véritables beautés et vous le savez très bien, je crois !

Au fait, les filles, c’était qui le poète avec les cheveux longs ?

- Monsieur Barnes, Steve Barnes, un de nos professeurs d’économie à Harvard, un homme très brillant »

Hayatt me regarda :

« il écrit des choses très intéressantes sur les PMA, les pays les moins avancés et ses thèses sur le micro-développement commencent à influencer le FMI…

- Ca c’est vraiment bien, j’ai une grande admiration pour les économistes américains qui se situent toujours dans le réel et le concret, ça me change…

- Mais, intervint Awitelin, le seul intérêt de l’économie, c’est l’action, non ? »

Je ne pu m’empêcher d’éclater de rire et je faillis m’étrangler avec une mini saucisse aux herbes :

« Awitelin, tu as entièrement raison, mais tu sais dans le pays étrange ou j’habite, l’économie est devenue une science morte, confisquée par des fonctionnaires socialistes qui sont terrorisés par des notions aussi révoltantes que : marché, capitalisme, entreprise, travail, bénéfices…

- Ah et toi, tu…

- Et bien je résiste, je fais le show pour l’économie de marché, mais c’est peine perdue, les petits Français sont conditionnés tous petits, à l’école mais aussi par nos pauvres médias et ils ne jurent que par la protection de l’Etat car ils n’ont pas les outils pour comprendre l’évolution du monde…. »

Hayatt posa sa main si douce sur ma cuisse, j’étais en short, moi aussi.

Elle s’amusait avec les poils de mes jambes. Son expression était sérieuse, sa voix légèrement rauque :

« Mais tu ne te décourages jamais, tu n’as pas envie de tout laisser tomber parfois, de…partir ? »


Samedi 15 mars 2008 - 1h15

17.03.2008

Légère coïncidence

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« Pas mauvaises ces gaufres-là, hein les tropical girls ! »

Un blanc.

Awitelin avait la bouche pleine et Hayatt était songeuse. Heureusement qu’elles ne sont pas armées !

Je crois que je devrais arrêter de balancer des bêtises à tort et à travers. Déjà qu’au pays, je reste largement incompris, alors ici, mon humour au quatrième degré…

« Bon et bien c’était délicieux, il n’y a que le café, hein, c’est pas grave on ira le boire à New York, un coup de jet privé, et hop à nous l’amaretto et le capuccino ! »

Je crois que c’est cette nouvelle impression de bonheur qui me rendait euphorique, je me laissais griser par les mots, mais pourtant… j’aurais du savoir, ça ne ratait jamais !

Awitelin essuya sa grande bouche aux lèvres fines et joliment dessinées. D’un air décidé elle rapprocha son fauteuil du mien, osier contre osier.

Je remarquais la nervosité de ses mains de déesse Indienne.

« Dis Alex, tu crois aux coïncidences ?

- Bien sûr Awi, chez moi c’est même plus qu’une croyance, c’est une certitude. Tu sais, ma vie n’est qu’une coïncidence !

- Ah ! Bon, alors donne-moi un exemple, comme ça, sans réfléchir. »

Je la contemplais avec curiosité, elle semblait de plus en plus sérieuse, presque grave.

« Bon, si tu y tiens... Tu sais que ce matin, j’ai acheté un exemplaire de Moustiques de William Faulkner, préfacé par Raymond Queneau et bien hier soir, enfin cette nuit j’ai terminé « Sous le filet » le premier chef d’œuvre d’Iris Murdoch qui est traduit par Clara Malraux et dédié à ... Raymond Queneau !

- Et…

- Et bien, tu sais que Clara était la fille d’André Malraux, qu’elle était la grande amie d’Armande, la fille de Francis Ponge,

- le grand poète ?

- oui, tout à fait, tu veux que je continue avec Jean…

- Non, c’est bon je te crois, je sens que tu es sincère. »

Hayatt s’étira comme une panthère, elle posa sa main droite sur ma nuque en caressant mes cheveux :

"Tu sais, des fois, elle voit des choses, elle, ma cousine, tu le crois toi ?

- Bien sûr que je le crois. Tout d’abord c’est une femme, donc un être peu ordinaire, ensuite c’est une Indienne, et enfin c’est une Navajo et là je sais, j’ai vu…

- Tu rigoles, tu as vu quoi Alex ? »

Awitelin, intervint :

« Non Hayatt, tu te trompes, cet homme là, d’une façon ou d’une autre a été choisi et il a connu des choses ignorées par beaucoup d’entre nous … »

Je fermais les yeux : ca y était. C’était reparti. Finies les vacances, c’était trop bien, c’était trop beau, chez Lorette…

Dès que le moral tournait au gris, je chantais, un réflexe de survie… Allez savoir, why not ?

J’essayais de me détendre. Je fermais les yeux, le ciel était là. J’ouvrais les yeux, le ciel me regardait.

Une heure auparavant, à dix heures cinquante et une, un gros hélicoptère noir, de l'Air Force avait atterrit dans un formidable vrombissement.

Le commandant de la « Otis Air Force Base » sur la commune voisine de Barnstable, s’était mis sur son trente et un pour accueillir Denis Watt-Myers et sa fille.

Le père de Jennifer était l’héritier de la branche la plus riche de la plus célèbre famille des Etats Unis.

Denis comme son père et son grand père s’était exclusivement consacré aux affaires, sans se laisser distraire par les sirènes électorales.

Comme le commandant Roger Smith, le disait souvent à son épouse si distinguée :

« c’est un honneur de servir une famille qui a autant donné à son pays, et j’en suis fier ! »

Dans la limousine qui emmenait l’homme d’affaires et sa fille, la discussion était animée.

« Alors comme ça tu t’es entichée d’un Français, un genre de poète, peut être un terroriste…

- Papa, arrête ça !

- Excuse-moi ma chérie, je plaisantais et tu sais quand je suis fatigué, je plaisante un peu fort…

- Oui, ça on s’en était très bien aperçu !

- Bon alors, si j’ai bien compris, tu l’envoies dans la région, tu prépares tout, tu le fais même accompagner, tu organises des réceptions grandioses à Boston et dans tout le coin et hop, il s’évanouit !… Comme ça, hein, sans prévenir… »



Samedi 15 mars 2008 - 1h15

16.03.2008

Solitude de sable

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A force de fréquenter la même solitude de sable, nous finîmes par nous voir.

James Dubois était un des nombreux Canadiens à fréquenter le Cape Cod, en toutes saisons.

Originaire de Montréal il finissait ses études à la Faculté des Lettres de l’Université Laval où il préparait une thèse sur les métiers de l’édition.

James était surtout, comme moi, un passionné de blues et souvent le soir, nous allions retrouver Lena qui finalement n’était pas très aveugle, plutôt Ukrainienne et surtout, elle possédait une voix incroyable pour nous chanter tous les grands classiques que nous connaissions ou qu’elle inventait.

James qui s’avérait un excellent musicien l’accompagnait à la guitare et souvent Helen la copine de James venait m’apprendre à faire les chœurs et à poser ma voix.

En fait comme je m’en étais rapidement rendu compte, Helen Shafer, malgré son nom nord-américain, était une véritable Indienne Mi’kmaq, originaire du Labrador.

Partageant les mêmes passions que mes nouveaux amis pour les livres et la musique, je ne voyais pas les soirées passer.

Souvent j’apercevais les deux cousines qui me faisaient de grands signes de sympathie auxquels je répondais par des sourires légèrement forcés…

Je me demandais comment faire, pour les présenter, pour que ça se passe bien…entre les trois Indiennes d’ethnies si éloignées, et si elles étaient en guerre ?

Et puis trois femmes, jeunes, jolies, sauvages…

Franchement, je n’étais pas très sûr de moi… Et dans ces cas là, j’avais besoin d’être seul, pour prendre de la distance, laisser reposer les émotions toutes neuves.

Je me connaissais et je savais que j’avais toujours tendance à m’enthousiasmer, à m’enflammer dès que je faisais de nouvelles connaissances…

Donc je résolus de visiter Sandwich, seul.

N’étant intéressé ni par le Sandwich Mini Golf ni par l’exposition Crystal by Pairpoint, il me restait à me promener dans la vieille ville historique et d’aller jeter un œil chez Paul Madden Antiques.

Je m’attendais à découvrir des antiquités plus ou moins maritimes et plutôt neuves et en fait après avoir fait plusieurs fois le tour des stands et des allées je m’installais, ravi devant le rayon des livres.

Un fauteuil club me tendait les bras et je m’y installais pour savourer le plaisir de passer en revue une collection complète des œuvres de William Faulkner, dans une très belle édition dorée.

J’étais plongé dans une étonnante préface de Raymond Queneau publiée en 1948 pour Mosquitoes, lorsque j’entendis ou plutôt je sentis qu’on me parlait.

Etant dans les livres, je pensais que James était là, Je pensais…

« Hello, fouineur, cachotier, Français, rat des livres ! Tu nous as oubliées ? »

La pression sur mon épaule était vive, les doigts sombres et fins d’Awitelin faisaient comme une pince.

Elle s’assit sur l’accoudoir. Je pris délicatement sa main et la portais à mes lèvres.

Quelle douceur mon Dieu ! Sa peau exhalait un parfum de jasmin épicé.

« C’est bien, ce que tu lis ?

-Tu es troublante, tu sais ? »


Lundi 10 mars 2008 - 23h31

13.03.2008

1 + 1 = 3

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« Merci Alex, je suis contente que tu sois troublé, on se demandait avec Hayatt, comme tu n’as pas d’alliance…

- Dingue ! Vous êtes curieuses comme des femmes ! »

Awitelin ne put s’empêcher de rire, et en même temps je la sentais frémissante d’impatience.

« Oh tu sais, les femmes moi…

- Oui c’est ce qu’on se disait, tu en as trop…trop eu ? »

J’éclatais de rire, je me levais et je lui tendis la main.

Je la contemplais pendant qu’elle recoiffait ses longs cheveux noirs. Elle portait juste une petite robe beige en coton.

« Awitelin, tu sais que tu es drôlement jolie, comme ça ?

- Arrête, beau parleur, viens, Hayatt nous attend, on va déjeuner dans un endroit sympa, ou plutôt prendre un brunch, si ça te va ?

- Bien sûr très chère, bien sûr. Attend je vais juste régler les Moustiques et j’arrive. »

Hayatt nous attendait de l’autre côté de la place. Elle avait garé à l’ombre une Toyota Prius d’un joli gris perle.

« Hey, une voiture écolo, une voiture d’Indienne, non ? »

Hayatt sourit, comme gênée, peut être émue : « C’est ma tante, tu sais elle pense que c’est la responsabilité des Indiens de préserver la planète…

- Et en plus vous êtes des femmes ! »

Hayatt qui venait de démarrer se retourna brusquement vers moi, ses yeux si noirs brulaient d’une mystérieuse énergie :

« et alors, nous sommes des femmes, où veux-tu en venir ? »

Je commençais à me sentir tout bête. Comme d’habitude, je parlais trop, je disais n’importe quoi et après, voilà…

Les larmes m’étaient montées aux yeux, je m’attendais si peu à une telle agressivité, j’étais si heureux d’avoir retrouvé Hayatt et puis voilà, elle ne comprenait pas et puis je n’avais pas la force d’expliquer, je n’étais plus capable de parler, je voulais simplement fuir, partir, descendre de cette voiture trop silencieuse, sortir, courir, et puis…

« Tu descends ou tu restes là ? »

Awitelin me secouait l’épaule, me tirait par la main, me parlait avec douceur, comme à un enfant malade.

Elle m’aida à me relever et s’élança vers la grande maison blanche, une sorte de Bed and Breakfast nommé At Annabelle.

Je regardais autour de moi, légèrement étourdi. L’endroit était ravissant et la vieille maison coloniale bénéficiait de magnifiques jardins. Il n’était pas trop tard, je pouvais encore…

Mais je sentis derrière moi, une main qui prenait mon poignet, puis un bras autour de ma taille, puis Hayatt qui était là tout contre moi qui me regardais apeurée et je la serrais si fort dans mes bras…

« Oh Alex, Alex…

- Hayatt, mon Hayatt ! Ne bouge pas, reste là, reste avec moi ! »

Je ne sais plus si elle rigolait ou si elle pleurait, ses yeux exprimaient un tel sentiment de plénitude.

« Je suis là Alex, tu vois je suis là ! »


Jeudi 13 mars 2008 - 23h31

12.03.2008

Propriétaire de…

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Un coin de plage désert, un coin à moi. Propriétaire d’un morceau de paradis. S’étendre, fermer les yeux.

Deviner quels évènements le souffle des cieux va traduire, inscrire dans le creux des vagues, bruissements sur le sable.

A quoi bon tous ces mystères, toutes ces vies ?

Virginia me hantait depuis que j’étais là, surement à cause de la multitude des phares, ici comme chez elle, à Talland House, l’été, To the Lighthouse.

Le génie de Virginia qui rejoint si fort Proust, dans les difficultés de la vie, la maladie, la solitude, une sexualité à part, pas d’enfant, une vie blessée, un refuge dans la pensée, dans l’intelligence, ailleurs, à côté, dans la société ils ont pu voir beaucoup mieux, beaucoup plus loin.

L’un accroché à sa mère, l’autre dépendante de sa sœur, une enfance idéalisée et puis après, l’œuvre contre la mort.

C’est sûr que le talent artistique se nourrit des blessures de la vie, l’antidépresseur suprême, Virginia toi qui étais l’intelligence de l’intelligence, je me prosterne à tes pieds de sable.

Quel bonheur de penser à elle, tout le temps, partout Virginia est là, je l’emmène, je la lis, je lui parle, elle est là, conscience astrale, chemin de vie.

J’ai dévoré Instants de vie, une merveille de cinq récits autobiographiques écrits par madame Woolf.

Une véritable jubilation de se promener avec Virginia à Londres de Kensington à Bloomsbury et puis en Cornouailles, à Saint Yves dans la maison magique, Talland House.

Elle avait une telle admiration pour sa mère qui est morte trop jeune, modèle de beauté, d’intelligence et de bonté. Après ça, comment ne pas aimer les femmes ? Impossible…

Comme toujours, la traduction par une Woolfeuse (nouveau !) émérite est absolument somptueuse.
Dommage que le titre, sûrement choisi par l’éditeur, ne ressemble en rien au livre.

Le titre original Moments of Being correspond vraiment aux moments d’être, ces instants particuliers où nous sommes pleinement conscients d’exister, de penser et d’agir, par opposition à tout ce que nous accomplissons quotidiennement, mécaniquement sans nous engager…

Un de ces matins-là, dialogue avec le sable aux reflets gris, le vent murmure, susurre des mots amis.

Je referme Black Water, les mains communiquant un dernier souffle à travers la douceur de la couverture. Encore étonné, ébranlé par le talent invraisemblable de cette femme, Madame Oates…

Chaque page, comme un coup de poing, chaque ligne sortie d’un cauchemar de rêve. Quelle grâce dans tout cela, l’image de la création.

Songeur et admiratif, tendu vers le flot, bercé par le ciel de blanc et de nuages. La-aussi, la traduction est remarquable et le titre français lamentable.

Pourquoi l’eau noire qui submerge, encercle et étouffe l’héroïne devient : Reflets en eau trouble, ce n’est plus de l’incompétence éditoriale, c’est de la connerie.

Le récit est encore plus juste ici car plusieurs personnages du roman viennent de Boston et en plus je crois que c’est vraiment arrivé.

Yes je suis entouré, les phares de Virginia au Nord-est et les Bostoniens de Joyce Carol Oates à l’Ouest…

Notre professeur de Littérature à l’Université de Princeton a l’air de bien connaitre la région car « Hunger », une nouvelle du recueil « The Female of the Species » se passe au Cape Code avec de grandes maisons au bord d’une plage que je ne désespère pas de reconnaitre…


Vendredi 29 février 2008- 8h27 – On train

Le mot after

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Norma debout, Norma regardait le soleil gris.

Norma se laissait envelopper de paillettes de lumière, étoiles dispersées, contrejour.

Norma chantait dans sa tête, comme un blues alsacien, une chanson d’ailleurs pour penser entre hier et demain, être là, exister pour… Qui déjà ? Pour demain.

A midi trente, elle rejoint Balthazar au Terminus, une des grandes brasseries situées face à la gare du Nord.

Elle n’aimait pas trop les environs de la gare, glauques et incertains.

Des individus aux activités indécises rodaient aux alentours, quelques uns étaient ivres, d’autres se battaient, beaucoup étaient Polonais.

Elle trouva la Brasserie accueillante, l’atmosphère était chaude et pressée. Les maîtres d’hôtel étaient très parisiens, difficile de savoir s’ils plaisantaient ou se moquaient !

Pour une fois, Balthazar, un vieil ami de son frère ainé, avait un peu de mal à faire la conversation, il semblait préoccupé et tout à coup il faisait beaucoup plus que ses trente cinq ans.

Le garçon avait avoir pris leur commande d’une choucroute royale et leur avait servi un verre de Riesling bien frais. Norma bu une gorgée :

"Hum, c’est bon, tu devrais le gouter !

- Ah… »

Norma lui sourit. Ca allait être difficile, mais…

« Bon alors, qu’est-ce que tu écris en moment ?

- Moi ?

- Non, pas toi Balthazar, je parle au Roi des Celtes, bien sur !

- Ah alors, si ce n’est pas moi…

- Mais tu écris, non ? »

Balthazar baissa la tête et se recroquevilla encore plus sur la banquette. Norma se redressa et bu une gorgée :

« Alors, raconte ! »

L’ancien jeune homme avait les yeux brillants, il posa les mains sur la table :

« Ecrire quoi ? Ecrire comment ? Alors que la femme que j’aime s’est pomponnée, harnachée, déguisée, préparée à déjeuner avec son amant…

- Mais Bal…

- Quelle distance, quel discours reste-t-il ? Pas grand-chose, des miettes de savoir-vivre, une colère rentrée, dévastatrice, une envie d’absolue noirceur, le meurtre d’une idée. »

Norma avait faim, mais elle n’osait pas manger trop visiblement, elle se demandait ce qu’elle allait bien pouvoir dire pour, pour… Tout ça !

« Partir, s’éloigner, fuir une zone dangereuse, la vie est donc un champ de mines, une tuerie ? L’âme des femmes est donc si barbare… »

Norma se disait qu’il devait exagérer un peu, non ? Les hommes, ça exagère toujours.

En plus Balthazar avec son esprit d’artiste, forcément… Elle lui sourit. Quand même, cette Béatrice, quelle sale garce !

Et cet idiot qui l’aime tellement, je ne peux même pas essayer de le consoler… il ne parlerait que d’elle, comme est belle et sensuelle et intelligente et ses jambes et sa poitrine débordante et…

Ca serait positivement l’enfer, donc c’est dommage car la détresse des hommes c’est quand même bandant, mais je me réserve pour des cas sauvables, je ne suis pas une fée, je…

Enfin pas tous les jours, quand même, il ne faut rien exagérer…

Il avait rangé son mouchoir, elle referma la carte des desserts :

« Et si on essayait les profiteroles, non ? »

Mardi 4 mars – 8h06 On train

10.03.2008

Jour de chance

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Aujourd’hui, jour de chance. Elle a trouvé un recueil littéraire sur New York et un petit roman de Joyce Carol Oates.

A la caisse, face à la grande vitrine, elle attend sa monnaie. Lorsqu’elle lève les yeux, elle aperçoit un homme blond qui était là, qui partait et qui revenait.

Bizarre, j’ai l’impression de l’avoir déjà vu, celui-là, et aujourd’hui d’ailleurs.

Quand je suis sortie du Bistrot du Coin, m’apprêtant à traverser la rue de Paradis, pour rejoindre le Bureau, il me semble qu’il achetait des cigarettes et je m’étais fait la réflexion qu’il était trop tôt pour fumer, non ?

Le lendemain, Norma marchait, Norma pensait. Elle se disait que c’était une histoire plutôt longue, un premier émoi...

Machinalement, elle s’était arrêtée et était entrée dans la boutique du bouquiniste qui était toujours présent avec l’air absent.

Dans son panier, installé sur le comptoir, le chien Tout Petit, avec son pull écossais, qui observe Norma, attend, regarde, consent à une improbable caresse, tout de suite ou bien…

Norma songeuse, consultait les guides, pays exotiques, besoin de soleil, partir. Ses longs doigts fins effleuraient les couvertures cartonnées.

C’est vrai que mes mains sont assez jolies, il me faudrait des bagues pour les mettre en valeur, mais pas n’importe quoi !

En vieillissant, elle devenait exigeante, avait envie de « vraies » choses : fini le toc du plastoc et le tic du synthétic !

« Maintenant, moi, je, moi, moi, moi… »

Ca c’est une femme, se dit Norma, en rigolant, quelles garces ces filles !

Elle s’arrêta dans son élan vers le casier voisin, elle pensait à son Jules, à son ex, à cette nana sans scrupule qui passait par là et l’avait ramené, avec ou sans pantalon.

Elle ne pu s’empêcher de sourire : il avait été si mignon, puis un matin amer, le constat : il a bien changé, elle me l’a transformé cette, cette…

Soupir, partir, désir d’autre chose, ailleurs, partons, allons-y !

Tous les soirs, maintenant elle s’arrêtait chez le bouquiniste qui était plutôt un vendeur de livres neufs soldés, enfin un vendeur…

Il était si discret, mince et effacé qu’elle n’aurait su le reconnaitre ! Peut être était-il horriblement timide ? Dur, dur le commerce…

Norma était contente et puis réchauffée. Elle avait trouvé un guide original sur New York, à trois euros, une affaire, non ?

Et puis, à l’abri du vent, cela allait mieux. Elle jeta un coup d’œil à la grande glace adossée à une colonne près de la caisse, sa jupe longue et évasée, en laine vierge et pure d’Ecosse, était impeccable.

Avec ses bottes cavalières, gris perle, c’était plutôt bien. Par contre il fallait qu’elle s’achète des collants plus épais.

Elle avait l’impression plutôt cavalière, d’avoir le cul à l’air. C’est vrai, je suis tellement habitué à porter des pantalons les jours de travail, c’est tellement plus pratique, et puis finalement les jeans pour le week-end ce n’est pas mal non plus.

Finalement je suis une star comme Amy, je mets des jupettes uniquement pour me produire sur les scènes de ma vie…

Pendant que Norma enlevait ses gants en agneau, couleur daim « blond », doigt après doigt comme elle avait vu faire sa tante Hélène, le vendeur admirait et se disait :

« les femmes, quand même, c’est dingue ! »

Norma fourra les gants dans son sac et sourit machinalement. Elle pensait avec une émotion joyeuse à son Levi’s Blue qui l’attendait, la haut, bien au chaud, plus tard, là-bas.


Lundi 18 février – 8h30

08.03.2008

Refuge

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Depuis plusieurs jours, réfugié au Cape Cod, j’habitais les courants d’air d’une fin d’été.

Quelques chiens et de temps en temps un ermite décharné, aux yeux perdus, me tenaient compagnie.

J’avais l’impression de faire partie d’un paysage immuable, réchauffé par le soleil de dix sept heures, remué par la brise qui n’arrêtait jamais.

La cote sauvage et déserte me regardait, me tenait les pieds, j’étais prisonnier volontaire de l’infini de la mer, le vide.

Je me nourrissais de peu, non par manque de ressource mais parce que je n’y pensais pas.

Le matin et le soir, avec mon bol de café, je grignotais un petit pain, parfois la moitié.

J’ai pris l’habitude d’aller écouter Léna, une jeune fille slave qui paraissait aveugle et qui mendiait, qui était là, à l’angle de deux rues tranquilles, installée avec son fatras : une banquette en skaï jaune, une table de nuit années trente, une lampe à pétrole, des couvertures aux motifs esquimaux, et puis un chat qui trônait par-dessus tout, une bête superbe, toute en poils gris et feu.

Parfois le matin, je prenais le bus pour aller gouter le sable atlantique. Les plages de Sandwich étaient immenses et relativement peu fréquentées.

J’avais un petit faible pour Sandy Neck Beach, la plus spectaculaire par les dessins creusés dans le sable par le vent et les remous des marées.

Tout près de là j’avais remarqué une grande maison blanche, de style colonial et un jour je rencontrais les rires étouffés d’Awitelin et sa cousine, les Indiennes du car, c’était la maison de la tante d’Hayatt.

Presque tous les jours, de onze heures à midi, elles venaient me tenir compagnie, c’étaient des instants magiques, simplement de les regarder.

Quand elles partaient je m’allongeais, leurs pas élastiques les emportaient si vite. Je continuais de les voir, de leur parler…

Quel plaisir intense de partager ces mots et ces regards avec Awitelin, si belle, si fine, si élégante, avec ses pieds aériens et ses mains subtiles.

Elle avait réellement une allure de reine anoblie par son imposante, troublante poitrine, et en même temps elle m’impressionnait, elle m’intimidait par sa simplicité.

Et puis, et puis Hayatt, Hayatt dont le regard me trouble et me jette dans des tempêtes de chavirements et de délices, ou des tortures…

Quand elle est là, tout près, en face, c’est un océan de brulures de douceur. Elle me submerge, tout s’écroule, ses yeux si noirs m’inondent de leur rayonnement de bonté, d’amour, de…

Jeudi 31 janvier 2008- 13h25

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