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16.04.2008
Ecume amère

Dans la grosse limousine noire qui traversait Sandwich, Jennifer enlevait délicatement un long cheveu ultra blond accroché au polo noir de son père.
« Mais, tu sais papa, ce sont des choses qui arrivent avec les hommes…Un coup, ils sont là, tu te retournes… hop, ils sont partis. C’est la vie ! »
Son père éclata de rire. Il avait envie d’un cigare, mais il avait faim, aussi… Mon dieu, que d’envies ! Il sourit à sa fille :
« Tu es en beauté Jenny !
- Merci papa.
- Oui, je te trouve radieuse, comme quand tu es amoureuse…
- Ah oui ? Tiens, nous sommes déjà arrivés. J’ai réservé le restaurant où nous allons… »
Jennifer ferma les yeux en se concentrant sur ce qui allait arriver… Il fallait que ça marche.
« Viens papa, Annabelle nous attend ! »
Tout était calme, j’entendais le champ des canards marins et je savourais l’excellent caffè servi dans de grandes tasses en porcelaine blanche finement ouvragées.
« Hum, délicieux ce café, quel plaisir. C’est bien la première fois… »
Awitelin, jouait avec ses sandales ou ses pieds, ça me donnait une envie furieuse de les embrasser… Hayatt s’éclaircit la voix :
« Heu, si ça t’intéresse, car je vois que tu es amateur, et ce n’est pas la peine de rougir… Range tes pieds, toi, femme tentatrice ! »
cria-t-elle à sa cousine, en plaisantant… plus ou moins, je dirais !
« Tu disais, Hayatt ? tu parlais du café bronzé, heu bien sûr, tu disais quelque chose, hein ? non ? »
Hayatt me rit au nez :
"Je voulais simplement t’apprendre l’existence d’un endroit fabuleux … c’est le Caffe Vittoria , une institution presque centenaire, où on sert le meilleur café de Nouvelle Angleterre…
- Hum, l’écume amère m’en vient à la bouche, et c’est où, c’est au Cape ou…
- Non, c’est à Boston, tu verras, dans le quartier de la Belle Italie , c’est vraiment sympa et… »
A ce moment là, ce fut comme si une digue ou quelque chose ressemblant à un rempart de tranquillité avait brusquement cédé.
Des hommes habillés en noir, partout, grands, gesticulants, se répandirent instantanément dans tout l’espace de la maison et des jardins.
C’était comme dans un film sauf que les gars avaient bien les oreillettes et les Ray Ban noires, mais ils ne semblaient avoir aucun sens de l’humour.
Comme Awitelin osait venir au nouvelles, un charmant bouledogue blond de plus d’un mètre quatre vingt dix de haut lui répondit d’un claquant :
« It’s closed, you see, it’s over ! »
Les filles étaient consternées, quasiment révoltées. Je trouvais que cela aurait pu être amusant si tout le monde n’était pas aussi crispé…
Heureusement j’avais fini mon café, l’honneur était sauf. Awitelin était bouleversée et je voyais qu’elle avait du mal à garder son calme.
Elle insista pour vérifier l’addition et pour une histoire de banane en plus ou en moins elle se mit à grogner après le pauvre serveur puis à apostropher tout ce qui portait oreilles.
Un vieux toutou, un genre de basset rondouillard qui sortait avec ses maitres nous regardait effaré, il semblait de ne pas en revenir.
Le superman habillé en noir s’approcha sans bruit :
« Qu’est-ce qui se passe ici ? Ne bougez plus, je fais venir un officier supérieur ! »
Nous nous rassîmes, Awitelin portait toujours ses sandales à la main, Hayatt la regardait d’un air exaspéré :
« Il faut toujours que tu fasses des histoires, femme indienne, femme du sud, tu dois bien avoir du sang Mexicanos, c’est ça qui te rend instable !
- Mais oui, c’est ça, et pourquoi pas une Napolitaine pendant que tu y es !»
Elle s’énervait avec la lanière de ses sandales. Hayatt, très calme, souriant ironiquement :
« Oui, pourquoi pas ? Ca expliquerait ton caractère volcanique !
- Mais oui, c’est ça, espèce d’Iroquoise, de je ne sais pas quoi… Espèce de Yakuwe’
- Tu es tombée sur la tête Awitelin, je ne suis pas une Oneida !
- Excuse-moi ma chère, alors tu es peut être une Yakökwe, une femme Seneca ? »
Hayatt se tourna vers moi :
« Ne t’inquiètes pas Alex, c’est son quart d’heure indien, ca va passer… »
En moi même j’étais content, j’avais encore appris de nouvelles façons de dire "femme" en langue iroquoiienne, même si je trouvais peu banal qu’une Navajo comme Awitelin pratique aussi bien la langue Haudenausaunee …
Lundi 17 mars 2008 - 1h45
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01.04.2008
Reprise en main

Visiblement Jennifer avait pris les choses en main. Discrètement, mais fermement elle avait fait comprendre à mes deux nouvelles amies que la récréation était finie et qu’elle récupérait son Frenchie.
Elle était si rayonnante et en même temps si simple qu’elle avait conquises les deux Indiennes qui s’extasiaient sur la féminité de sa robe à bretelles spaghetti, ceinturée à la taille avec juste des frises bleues sur le bas.
« Elle te plait Alex ?
- Quelle question mon Ange ! Je n’ai jamais vu une femme aussi élégante que toi. Ce doit être encore une petite robe Dior avec des chaussures Gucci, non ? »
J’adorais ses nu-pieds en cuir, ils me donnaient une telle envie d’embrasser ses pieds…
« Tu as raison pour les pieds, mais pas pour la robe, c’est le modèle Maiden de chez Guess…
- Ah, alors vous l’avez acheté à Orlando ? »
Les yeux d’Hayatt brillaient.
« En Floride, non je l’ai acheté près de Boston, à Cambridge… Bon, venez nous allons prendre le café avec mon père avant qu’il parte à Hyannis ! »
Je me sentais léger comme tout qu’elle soit là, c’était comme si le cours de mon rêve reprenait.
En même temps j’étais un peu intimidé à l’idée de rencontrer cet homme qui vivait sur une autre planète, dans un autre espace temps…
J’étais qui, pour mériter tout ça ? Je savais bien que je n’étais rien, juste un petit homme presque ordinaire, un peu paumé et surement dépassé par la vie…
Denis Watt-Myers était en grande conversation avec Kasey, ils parlaient des cultures de la région de Plymouth qui est aujourd’hui un grand centre de culture de cranberry, autrement dit la canneberge.
Il se montra chaleureux et hospitalier ce qui finalement pour un Américain était plutôt banal.
C’était un bel homme avec un peu une tête d’empereur romain, donc aussitôt je me dis que Jenny devait ressembler à sa mère.
Je ne sais pas si Kasey lui avait traduit mais voyant que je contemplais pensivement Jenny il me dit en souriant :
« Oui, Jennifer est tout le portrait de sa mère !
- Papa, tu exagères, je lui ressemble, mais elle, elle est vraiment belle, elle est impressionnante !
- Comme tu veux Jenny, si tu arrives à décider ton ami, tu sais où nous trouver, je pense que nous passerons la semaine sur l’île.
- Je te remercie papa mais tu sais Alex est un peu sauvage et je crois qu’il y a beaucoup trop de mondanités à Martha’s Vineyard…
- OK, OK, tu feras comme tu veux, tiens tu devrais l’emmener au MFA, le Museum of Fine Arts, de Boston, J’ai vu qu’une exposition retraçait l’œuvre d’Edward Hopper, tu sais il a beaucoup travaillé au Cape Cod et…
Bon je m’en vais, je suis en retard, je suis ravi de vous avoir rencontré, à bientôt, bon séjour parmi nous… »
Et il était parti, comme une vraie tornade.
« Et bien dis-donc Jenny, c’est quelqu’un ton père ! »
Elle posa sa tasse de tea, prit ma main, l’embrassa et la posa sur sa cuisse bronzée.
« Normal, Alex, c’est mon père ! »
Et elle éclata de rire et nous avec elle, tellement sa joie irradiait la pièce, un grand salon qui donnait sur les jardins occupés par les oiseaux qui chantaient dans la brise.
Dimanche 23 mars 2008 - 23h22
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