« Rockport - Maine | Page d'accueil | Machin chowder »

06.05.2008

Colère

26073ad7fcf24e4ade2b527c76ba454b.jpg


Personnellement, j’aurais bien aimé la balade champêtre en voiture, mais je savais que l’unique route nationale, l’US Highway numéro six, allant jusqu’à l’autre extrémité du Cape risquait de ne pas longer la mer…

Et puis, endurer trois voire quatre heures de trajet, séparés en deux véhicules si tout le monde venait, ne m’enchantait guère.

Finalement, l’avion c’était le plus simple… Même si j’avais un doute, la vie apparaissait si facile avec Jennifer, mais pour un avion il faut une piste, pour une piste il faut un aéroport, donc une vraie ville, donc…

Jenny se tenait devant moi, rayonnante. Elle était là et déjà autre part.

Venant d’ailleurs je reconnus une musique qui me fascinait toujours, c’était le « Don’t panic » de Coldplay.

Jennifer, dans un de ses gestes préférés, appuya les doigts de sa main droite sur mon avant bras, elle le faisait comme sans y penser, mais je savais que pour une femme comme elle, aussi experte dans la maitrise de son corps et de ses émotions, que chaque mouvement était un signe chargé de sens.

Elle me disait, je suis là, vraiment là, heureuse d’y être, avec toi. Quand je sentis ses ongles se planter dans ma peau, je la pris contre moi en la serrant fort contre mon cœur.

« Merci Jenny, merci. »

Elle se dégagea doucement et caressa ma joue.
Nous partîmes, Kasey en tête. Elle était joyeuse et elle chantait en exécutant des pas de danse, des histoires entre les chats…

Tout à coup, Kasey se figea sur le palier face au grand escalier. De toute évidence elle voyait quelque chose, un évènement imminent, elle entendait quelqu’un lui parler. Peut être… Je n’osais plus bouger.

Alors, elle sauta, elle vola par-dessus la rambarde pour atterrir en plein dans la double porte d’entrée qui vola en morceaux dans un flash de lumière, verte, phosphorescente et étincelante.

Je descendis quatre à quatre l’escalier, je franchis le seuil étonnamment propre et je vis une grande bête blanche, tranquillement assise devant la maison, entourée par une quinzaine d’hommes armés qui visiblement n’attendaient plus qu’un ordre pour tirer.

Kasey se tenait contre la fourrure soyeuse de l’animal. Elle était dans un état de fureur indescriptible. Quand je vis son visage se fermer et se durcir je ne pu m’empêcher de crier :

« Non Kasey, non ne fais pas ça ! »

La petite Indienne embrassa le museau du loup, se redressa de toute sa hauteur, les bras levés vers le ciel, les paumes dirigées contre les pauvres hommes en noir. Elle prononça quelques paroles graves en Navajo, où je compris seulement « jamais ».

Les hommes en armes se tenaient immobiles, comme sur une photo. J’avais l’impression irrésistible que Sarah et Ludivine étaient là, pour protéger, mais surtout pour calmer leur fille.

Le ciel gris noircit et un éclair le traversa. J’entendis le bruit lourd des armes qui tombaient. Les hommes vacillèrent, leur chef eut un rictus horriblement triste, puis ils partirent en arrière, comme aspirés, puis disparurent, comme effacés…

Lundi 31 mars 2008

Ecrire un commentaire