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06.05.2008

Rockport - Maine

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Je suivis Madame Smith dans la pièce à côté. Elle avait un côté Woolfien. Plutôt grande et maigre mais relativement charpentée, genre liane-osseuse.

Elle possédait une magnifique chevelure d’un blond vénitien doré qui adoucissait la dureté de ses traits.

Quand elle me tendit mon verre de Canadian Club, ses yeux bleus comme des turquoises pétillaient de fraicheur et de vie.

« Alors comment trouvez-vous mon chez-moi, mon cher Alex ? »

Je toussais en avalant une gorgée de travers. Cette femme que j’avais crue définitivement guindée était exceptionnellement vivante, vibrante d’émotions.

Et elle s’exprimait dans un français fluide avec un accent très léger, presque …

« Vous êtes surpris Alex ?

- Oui Madame, excusez mon indiscrétion, mais êtes vous canadienne ? »

Elle rigola en me faisant signe de m’asseoir dans la bergère proche du fauteuil cannelé où elle s’était installée.

A travers la fenêtre à petits carreaux, on apercevait un petit parc ombragé qui contribuait à l’impression de sérénité que j’éprouvais dans le salon-bibliothèque de Dorothy Smith.

« Quelle merveilleuse collection de livres vous avez là, Madame, pratiquement toutes les éditions de Virginia Woolf en anglais, en allemand et en français !

- Merci, Alex. Effectivement j’en suis assez fière. Tenez, je viens juste de recevoir celui- ci qui m’a été envoyé de Chicago »

Religieusement, je pris l’ouvrage dans mes mains, sans oser l’ouvrir. La jaquette était magnifique, je reconnus immédiatement l’édition de 1931, par la Hogarth Press de « a writer’s diary » que j’avais souvent vue en photo.

Pour les inconditionnels de Virginia Woolf cette édition originale avait d’autant plus de valeur que l’éditeur était Leonard Woolf son mari et que le dessin de la couverture était de la main de sa sœur adorée, Vanessa Bell.

« Quelle émotion Madame mais qui vous a dit…

- Et bien, il y a quelque temps Mademoiselle Watt-Myers m’a parlé d’un ami français complètement toqué de Virginia, donc j’étais tellement curieuse à l’idée de vous rencontrer et…. »

Et là tout à coup, elle bloqua, il y eu comme un sanglot étouffé et elle tourna vivement la tête vers la fenêtre.

« Vous allez me trouver ridicule !

- Mais non, je vous assure, je…

- J’avais tellement peur de vous décevoir, d’avoir l’air d’une petite provinciale… Ma fille Alicia me dit tout le temps que je ressemble à une oie guindée, vous trouvez ?

- Arrêtez de dire des sottises, Dorothy, vous permettez que je vous appelle ainsi ?

Vous êtes une femme délicieuse et d’une grande gentillesse… »

Et j’ai vu encore une trace de doute dans ses yeux rougis, j’ai ajouté :

« Et vous êtes extrêmement élégante ! »

Gagné ! Elle posa les mains sur les genoux et poussa un profond soupir de soulagement. Elle passa sa main dans son épaisse chevelure dorée.

« Ah Alex, ça me fait du bien de parler avec vous. Ca me rappelle mon enfance, à Rockport dans le Maine. »


Lundi 5 mai 2008

Commentaires

La suite de cette chapitre...please :))

:))

Ecrit par : Expresso... | 06.05.2008

Yes Darling,
Ca vient, je vais essayer de l'écrire ce soir, pour le mettre en ligne cette nuit ou demain.
J'embrasse la courbe littéraire de tes pieds.

Ecrit par : LaPorteSansPorte | 06.05.2008

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