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19.05.2008
Cochon fatal

Sans hésiter une seule fois, James nous amena directement chez Léna, dans le centre de Sandwich.
Nous la trouvâmes devant la pension de famille où elle logeait, une maison en bois bleu, toute en hauteur, avec des volets blancs, son allure fraiche et curieuse évoquait une architecture scandinave.
James s’arrêta, descendit et ouvrit le coffre pour ranger les bagages. Léna monta à l’arrière avec nous, elle était radieuse, encore plus blonde que d’ordinaire.
Elle portait une magnifique robe indienne aux tons rose, mauve et violet. Elle était accompagnée d’un jeune homme souriant, Italien je crois, aussi brun qu’elle était blonde.
Les cheveux légèrement bouclés, il montrait un visage de garçon timide, derrière ses lunettes rondes. Angelo ne quittait pas Léna des yeux, il avait l’air fou amoureux.
Bien sûr, elle ne le regardait pas. La belle Ukrainienne était langoureusement excitée à l’idée d’être invitée par Jennifer, chez Jennifer.
Elle me confia très sérieusement :
« Il parait que le bateau des Watt-Myers est arrivé à Hyannis, cette nuit…
- Cette nuit, tu es sûre ? Comment…
- Ce que je peux te dire, c’est que quelqu’un l’a vu. C’est difficile de se tromper tu sais. Un grand yacht de croisière, tout noir, de près de cent mètre de long, il est facile à reconnaître !
- Mais… »
A quoi bon lui parler du bateau des Agnelli, et des autres. Léna était déjà partie, elle voguait dans une autre vie…
C’est à cet instant que je réalisais qu’elle était encore très jeune, elle avait à peine vingt deux ans et tous les jours elle avait envie de se projeter dans une nouvelle existence, pour oublier l’ancienne, sans trop de souvenirs, à part ceux d’une vie difficile.
Après un détour par le bord de mer nous fîmes halte à Sandy Neck Beach où le Montréalais Jack Dubois et son amie Mi’kmaq Helen Shafer nous attendaient sur le minuscule parking.
Le couple s’installa à l’arrière entre Kasey et moi, tandis que Lena et Angelo avaient pris la place de Wikita à l’avant.
Le loup blanc assis aux pieds de sa jeune maîtresse semblait indifférent à ces va et vient, il observait un couple de grands goélands qui se chamaillaient gaiement.
Helen, assise à ma droite était très en beauté, elle portait une robe blanche en soie naturelle qui mettait en valeur l’éclat satiné de sa peau.
Jack était en grande forme et il faisait rire tout le monde en imitant l’accent guindé de Boston.
Il était fasciné par la grande bête blanche, mais peut être à un degré moindre d’Helen qui malgré son aisance apparente était impressionnée par le loup et encore plus par Kasey en qui elle discernait une entité supérieure qui lui donnait des frissons…
Pendant le court trajet jusqu’à la base aérienne, je me laissais charmer par la voix claire et posée de Kasey qui expliquait à Jack pourquoi les populations Indiennes avaient décliné si vite après l’apparition des Européens :
« En fait, les Indiens présentaient une vulnérabilité exceptionnelle aux maladies européennes…
- Et, quelles sortes de maladie ?
- Et bien les maladies infectieuses comme la small pox, par exemple.
- Heu Kasey, tu peux expliquer… »
La petite Indienne prit la main forte et bronzée du Canadien et lui expliqua de sa voix douce et fraiche :
« Bon Jack, la small pox ou variole est une maladie infectieuse, éruptive qui est contagieuse et fréquemment mortelle.
- OK et alors pourquoi une telle vulnérabilité ?
- Et bien nous, enfin ils possédaient un système immunitaire plus restreint que celui des Européens ;
- C’est étonnant ça, c’est dû à quoi ?
- A leurs caractéristiques biochimiques qui étaient exceptionnellement homogènes à cause de la petite taille de la population initiale. »
Léna ne pu s’empêcher d’intervenir :
« Si je peux me permettre, Kasey, en d’autres termes c’est le réservoir génétique limité qui est la cause de cette immunité restreinte, c’est ça ?
- Oui, tout à fait Léna. Ainsi, par exemple la quasi-totalité des Indiens d’Amérique du Sud sont de groupe sanguin O alors que les Européens se répartissent équitablement entre le O et le A.
- Ca c’est vraiment dingue ! »
s’exclama Jack.
"Tu te rends compte Alex ?
- Yes, c’est vraiment étonnant, et je crois aussi qu’il y avait quelque chose avec les cochons, non Kasey ?
- Oui Alex. En fait, à part le chien, la dinde, le lama, le canard de barbarie, l’alpaga et le cochon d’Inde, les Indiens côtoyaient peu d’animaux domestiques.
- Pas de cochon, pas de vache ni de cheval !
- Oui Jack, il n’y avait rien de tout ça…Et cela explique pourquoi très peu des nôtres possèdent le gène permettant aux adultes de digérer le lactose présent dans le lait. »
Je ne pu retenir une exclamation :
« Incroyable ! Alors les hommes ne… Enfin… »
Kasey me regarda en souriant de bonheur. Elle savait qu’à cet instant précis j’évoquais, je désirais la merveilleuse poitrine de Ludivine, la mère dont elle était si fière.
8 avril & 2 mai 2008
17:24 Publié dans Virginia | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note

