06.07.2008

Lobster

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Lobster Pot by debs


Nous retrouvâmes les autres au début de la jetée, la MacMillan Wharf.

Jenny, les cheveux au vent, était électrisée. Ses yeux brillaient et elle se redressait orgueilleusement, prête à user ses griffes contre toutes les femelles de la terre.

Avant même d’esquisser un sourire, elle saisit mon avant bras. Elle se serra contre moi et sa voix chaude se fit rauque pour me souffler :

« Je n’aime pas quand tu n’es pas là. Je me sens mal, c’est comme ça !

- Excuse-moi Jenny, je…

- Chut Alex. »

Elle mit un doigt sur mes lèvres, remua la tête en signe de dénégation. Je sentais son corps se détendre.

D’une impulsion subite elle se dressa sur la pointe des pieds et m’embrassa goulument, comme une naufragée qui peut enfin se désaltérer.

C’était bon, de la sentir vibrer contre moi. C’était la première fois qu’elle manifestait publiquement sa flamme devant mes amis, les agents de sécurité et certains passants qui la dévisageaient et d’autres qui la reconnaissaient.

Je me dis en moi-même : Tiens, il ne manque plus que les journalistes !

Un peu plus loin Hayatt me regardait tout en discutant avec sa cousine et Jack. Elle me regardait avec un sourire grave.

Je me demandais si elle était jalouse, peut être ? Pourtant ce n’était pas un sentiment commun chez la plupart des Indiens qui ignoraient toute idée de possession…

Mais bon, une Indienne qui prépare un Doctorat à l’Ecole de droit de Harvard, est-ce une Indienne comme les autres ?

Arrivés au bout de la promenade, nous constatâmes sans réelle surprise, il était plus de dix neuf heures, que le Whydah Museum, le musée maritime de P-town avait fermé ses portes.

Le long de la jetée, d’innombrables pancartes, panneaux et cartes présentaient les services de pêcheurs ou d’artisanales compagnies maritimes, prêtes à vous emmener discuter avec toutes les baleines de la Nouvelle Angleterre.

Mon attention fut attirée par l’affiche de la BHC. La Boston Harbor Cruise annonçait une traversée pour Boston en quatre vingt dix minutes, à bord d’un luxueux catamaran bleu et blanc.

Le Salacia qui apparemment était le fleuron de la flotte de hi-speed catamaran, pouvait emporter six cent passagers à la vitesse de quarante nœuds.

Jenny vint me rejoindre devant la photo du grand catamaran :

« Alors Alex, c’est ça que tu veux faire ?

- Oui Jenny, ça doit être trop bien d’aller à Boston en Bateau !

- Bon, je vais organiser cela. Je vais demander qu’on prépare un bateau pour après demain, ça ira ?

- Yes Jenny, tu es un ange. Alors, on passera la journée en mer ?

- Oui si tu veux Alex. On cherchera les baleines, ensuite si tu le souhaites on fera un tour par les îles, cela te conviendrait ?

- Yes Madam’ j’aimerais voir Martha’s Vineyard, mais c’est surtout l’île de Nantucket qui m’intéresse, et puis il y a le Whaling Muséum…

- Et puis il y a encore des Indiens… C’est peut être ça qui t’intéresse ? »

Jennifer faisait une drôle de grimace. Peut être que ça l’agaçait de ne pas m’avoir tout à elle !

Elle était déjà partie, toujours en mouvement, elle avait réservé le bateau, le restaurant, tout… Elle comptait ses brebis, il en manquait deux :

« Où sont passées Léna et Awitelin ? Angelo mon Chou, sais-tu où sont-elles parties ?

- Oui Madame, elles sont allées faire les boutiques, elles voulaient regarder des chaussures, je crois bien !

- Ok ne t’inquiète pas, tout va bien. Nous allons descendre Commercial Street, nous prendrons un verre au Rooftop Café et ensuite nous dinerons au Governor Bradford, à moins que mon cher ami français ne préfère le Lobster Pot !!! »


Jeudi 26 juin 2008

Phantom of the sea

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Devant la grande maison en pierre, les filles rigolaient, les garçons blaguaient.

Awitelin assise sur un muret serrait la bride de ses sandales. Elle était superbe dans sa robe blanche légère.

Une large ceinture noire mettait en valeur sa silhouette aérienne et ses formes si féminines.

Hayatt s’approcha de moi, un large sourire illuminant son beau visage :

« Alors Français, elle te plait tant que ça ma cousine… Tu es accro aux femmes Navajo, hein Alex, c’est ton point faible ?

- Hayatt, tu es trop mignonne… Alors comme ça, tu es jalouse !»

La jeune femme piqua un fard et fit mine de me flanquer un grand coup de pied.

« Eh attend, Hayatt je t’en prie, tu vas finir par te faire mal ! »

Ses grands yeux noirs me fixaient, interrogateurs…

« Tu exagères quand même Alex, tu profites de la situation pour, pour… »

J’ai bien cru qu’elle allait me pleurer dans les bras.

« Mais Hayatt, voyons, je regardais juste les pieds de ta cousine…

- Tu regardais simplement ?

- Oui, enfin non, tu sais comment c’est… Bon OK, j’admirais ses pieds si fins, si gracieux, si…

- OK, ça va, on a compris, tu es complètement gaga avec ton fétichisme parisien !

- Ah !

- Oui, ça ne s’arrange pas !

- Oh Hayatt, tu es injuste, tu sais bien que si Jennifer n’était pas venu me chercher, je ou plutôt nous, enfin tu sais bien… »

Elle poussa un profond soupir.

« Oui, je sais. Tu m’aimes mais simplement je ne suis que la cinquante troisième sur la liste, what a pity ! »

Je lui pris la main et la portai à mes lèvres. C’est vrai qu’il y avait en elle quelque chose d’émouvant.

Même si sa silhouette était moins aérienne que celle de sa cousine qui avait des allures de danseuse Indienne ou de princesse du Sri Lanka, Hayatt était bien faite, mais en plus il y avait dans son regard mouillé, troublé, curieux, comme une flamme vacillante mais jamais éteinte.

Ses yeux noirs avaient un pouvoir étrange…

Elle posa sa main sur mon bras, en s’appuyant sur moi :

« Tu sais Alex…Le problème… ce sont les femmes… Non ?

- Hayatt, mon Cœur, je t’adore ! Tu viens, j’ai envie de voir le phare.

- Mais les autres sont tous descendus vers la ville…

- Et alors Indienne du 21ème siècle, qu’est-ce qu’il peut y avoir d’intéressant dans une localité qui se résume à un boulevard en bord de mer, avec des restaurants et des boutiques à touristes ?

- Je ne sais pas Alex, les gens peut-être ?

- Ah oui, on va regarder passer les couples gays comme s’il s’agissait d’un défilé de cachalots !

- Alex, tu exagères !

- Oui toujours, c’est la règle chez moi. Allez viens, je suis venu pour respirer l’Océan les yeux dans les vagues pour…

- C’est bon, c’est bon j’arrive ! »

Cette fille là, avec ses grands cheveux noirs, elle avait un sourire à lézarder la muraille de Chine !

Au bout du chemin, le phare, comme une bougie sur l’Atlantique…Grandiose.

Le phare en briques blanches était d’accès libre, planté dans la lande. Une pancarte indiquait une première construction en 1826, puis la Tour actuelle, haute de trente huit pieds qui fut achevée en 1875.

Le phare a été automatisé en 1952 et l’entrée dans la tour est en principe interdite au public.

En fait dès qu’on était avec Jennifer, de près ou de loin, il semble que les règles habituelles ne s’appliquent plus. Aussi je ne fus pas vraiment surpris de voir un homme jeune, athlétique et bronzé sortir du phare pour venir nous saluer en nous proposant de visiter le Lighthouse.

Bien sûr il était habillé en noir et portait des Ray Ban.

Hayatt m’expliqua que c’étaient les gros durs de notre équipe de sécurité qui étaient logés là, car Jennifer ne voulait pas les voir au « Château »…

« Et bien dis donc, on mène une vie drôlement risquée, tu te rends compte Hayatt, une dizaine d’adultes abandonnés tous seuls dans une grande maison, comme ça !

- Heu…

- Ah, je me suis réjoui trop vite… Bien sûr, la normalité ce n’est pas pour nous…

C’est comme ce colonel là, cet Amiral où je ne sais quoi, c’est marrant il semblait parfaitement connaitre…

- Tout le personnel !

- Ah !

- Et oui. Enfin si ça peut te rassurer ils ont une solide qualification de personnel de maison, mais en même temps, ils appartiennent tous à l’Agence…

- Nom d’un… Loup ! »

Tout d’un coup, j’étais songeur. Et si finalement je rentrais dans ma petite bicoque de la modeste banlieue parisienne…

Un petit jardin, une maison sympa au toit pointu et caché derrière : un immense jardin, comme un début de forêt avec une centaine d’arbres, des oiseaux partout, à tous les étages, qui me parlent qui s’engueulent, qui houspillent la chatte obligée dignement de déguerpir…

Just un coup de blues, comme ça en passant.

« Et toi Hayatt et les autres, vous aussi vous faites partie…

- Non Alex, rassure-toi, je suis seulement ton amie et j’en suis assez fière… Non, je sais que ma vie a été épluchée, j’ai été interrogé, ainsi que ma famille. Je suis même passée au détecteur de mensonges…

- Dingue ! Comme dans les films !

- Non Alex, c’est pire.

- Mais pourquoi ils font tout ça, ce n’est pas exagéré ?

- Oui et non. Il faut voir qu’avec les élections à l’élection, ça chauffe pas mal en ce moment.

- Oui j’ai vu ça dans le Boston Globe. Il y a du tirage chez les Démocrates, hein ? je crois que la famille Kennedy soutient Obama contre les Clinton…

- Et bien oui, justement l’équipe de campagne de Barack Obama aurait bien vu Jennifer en colistière...

- Et oui, pourquoi pas ?

- Et bien elle a refusé tout net. Elle ne partage pas l’analyse de la famille et pense que seule Hilary pouvait gagner…

- Donc ?

- Donc elle a proposé que ce soit sa cousine Caroline qui s’engage dans ce combat là.

- Quelle famille ! Bon Hayatt, Sirène Cape Codienne, raconte moi une histoire horrible de marins disparus, de bateaux fantômes, de baleines volantes…

- Et bien c’est vrai. Tu as raison Alex, l'histoire du bord de la mer inclut également des naufrages et le sauvetage.

- Allez raconte !

- Et bien je me rappelle d’une histoire vraie, enfin qui a du arriver, que racontait mon grand père à Martha’s Vineyard.
Cela s’appelait :

Le marin sans rivage.


Mercredi 18 juin 2008

All along the watchtower

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En arrivant à la Tour de guet, j’éprouvais un choc. La maison était immense et ressemblait d’avantage à une forteresse qu’à un bungalow de vacances.

C’était une construction ancienne visiblement remise à neuf, bicolore, gris clair et gris anthracite, constituée de briques et d’ardoises.

La Watchtower comprenait trois parties : une tour, sévère comme un donjon, à laquelle était adossée l’habitation principale dotée d’un étage à laquelle était collée une immense dépendance en rez de chaussée.

Rassemblés dans la cour, nous réunissions nos bagages, pendant que Jennifer répartissait les appartements.

Jack et Helen se virent proposer un appartement de cent mètres carrés dans la dépendance où un appartement plus grand d’une cinquantaine de mètres carrés accueillerait Hayatt, Awitelin et Kasey si elle avait envie.

Le personnel de service était logé à l’étage de la maison principale dont Jenny me fit visiter le rez de chaussée.

C’était incroyablement spacieux et luxueux mais sans ostentation.

« Tu vois, il y a deux salons, le premier est une pièce de réception alors que l’autre est plus cosy. Il y a également deux salles à manger…

- Une pour les sandwiches et l’autre pour les vrais repas !

- Eh, comment tu as deviné Alex ? »

Jennifer me prit le bras, ses yeux brillaient. Je la sentais heureuse, dans son élément. Elle m’entraina de son pas élastique :

« Bon, il y aussi une petite bibliothèque, une salle de musique et une salle de jeux…

- Mamma mia, Jenny, c’est pire que le Titanic !

- Mais non Frenchie, tu verras, ce n’est pas si grand que cela… Et puis là, à côté de la bibliothèque, j’ai même prévu un bureau spécialement pour toi.

- Jenny, mais …

- Qu’est ce qu’il y a Alex ? Dis-moi si quelque chose ne te plait pas !

- Mais Jenny, c’est trop, c’est…

- Pas de bêtises. J’ai loué la maison pour toi parce que je pense que tu le mérites, c’est tout.

- Ah bon ! »

Mon ordinateur et mes livres préférés étaient déjà installés dans le bureau, c’était dingue. Je me sentais étourdi.

J’étais imprégné de la beauté capiteuse des grandes pièces sobrement décorées et chaudement arrangées.

Une odeur suave de cire à l’ancienne me parfumait l’esprit.

De tous cotés, mon regard était attiré par le décor sauvage qui vivait de l’autre côté des grandes fenêtres à petits carreaux ceinturant la maison.

Jennifer me prit par la main :

« Allez viens, je vais te montrer ton appartement. »

Le couloir qui traversait tout le rez de chaussée débouchait, après le salon de musique, sur une porte massive qui permettait d’accéder à la tour.

Un escalier en colimaçon pavé de briquettes vernies desservait trois étages. Le premier était vide, je compris qu’il était réservé pour Kasey, le deuxième était pour Jenny qui m’accompagna tout en haut, dans mon nid.

Plus on montait, plus l’air était baigné d’une clarté marine et plus je me sentais léger.

Chaque appartement était constitué d’une chambre spacieuse, avec salle de bain et dressing attenants et d’un confortable salon équipé d’une kitchenette.

« Jenny, c’est le paradis ! »

Jennifer assise sur le canapé du salon, regardait ses pieds, les mains entre les jambes. Je la sentais violemment émue.

J’avais peur de parler, alors je m’assis sur la moquette ivoire, à ses pieds, je posais ma tête sur ses cuisses et j’enserrais sa taille fine et nerveuse dans mes bras.

D’une voix enrouée j’arrivais péniblement à prononcer :

« Jenny, Jenny ! »

La femme qui occupait tout l’espace de cet instant là, posa sa belle main princière sur mes cheveux.

C’était comme une récompense. Je sentais son parfum de lilas. Ses doigts fins massaient doucement ma nuque, comme une initiation, une introduction au désir…

- Oui, Alex, je suis là…Pour toi. »

Dimanche 25 mai 2008

05.07.2008

Soirée

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Rooftop cafe by Siennaf1

La soirée était gaie et animée. La nourriture servie au Rooftop Café était correcte et abondante.

Le patron nous proposa des chicken fingers accompagnés de fries, des shrimp scampi avec des spaghetti ou des steaks garnis de vegetable et potatoes, servis avec du garlic bread.

Comme j’avais envie de frites, je choisi les beignets de poulet alors que les filles prirent des écrevisses avec des garnitures variées, Jenny opta pour un assortiment de légumes, les deux garçons prirent des steaks et seule Kasey se décida pour le poulet accompagné de maïs frit.

Le tout arrosé d’eau glacée, d’un vin blanc du Maine qui se boit légèrement vert et d’un magnifique rouge de Californie qui me fit penser à un Gigondas au gout subtilement fruité.

Je n’avais jamais vu Jennifer aussi détendue, peut être l’effet du vin, les étoiles dans le ciel ou la pleine lune qui s’annonçait… Peut être ?

Je la regardais et j’admirais sa beauté si féminine. Je ne pouvais m’empêcher de lui sourire.

Maintenant qu’elle m’avait dit… qu’elle m’avait confié ses sentiments, c’est comme si enfin elle pouvait se relâcher, se libérer de toute cette tension qui l’accompagnait.

J’avais du mal à détacher mon regard de son corps bronzé mis en valeur par l’imprimé délicatement coloré de sa robe d’été courte et sans manche.

Elle portait des sandales à talon d’un vert pale qui me donnait encore plus envie de la douceur nacrée de ses pieds.

Elle était assise en bout de table, je me tenais à sa gauche, Kasey à sa droite et Hayatt était juste à côté de moi.

La discussion s’anima lorsqu’il fut question de comparer les mérites de la Californie, la Silicon Valley et l’Université Stanford, où enseignait Jennifer,

avec ceux de la région de Boston et ses joyaux que sont Harvard, le MIT ou encore le Boston Consulting Group.

Finalement, c’est Olena que le vin blanc rendait encore plus Slave qui mit tout le monde d’accord en exprimant son inclinaison pour Yale qui forma les deux derniers Présidents des Etats Unis.

Quand ils me demandèrent mon avis sur la primauté des pôles technologiques, je répondis par une devinette :

« Pour moi, le centre intellectuel du pays réunit un dieu des chiffres et une déesse des lettres !

- Ah !!!

- Bon pour vous mettre sur la voie, je peux vous dire que les meilleurs spécialistes des marchés financiers de New York et de Chicago sont issus de cet endroit…

- Trop facile ! » Cria Jenny.

« C’est Princeton » ajouta Kasey,

« où enseigna Einstein » précisa Angelo.

« Et aujourd’hui c’est là que Joyce Carol Oates règne sur la littérature anglaise »

dit fermement Hayatt en me regardant de ses grands yeux noirs brulants.

Je vis sa main avancer et se poser sur mon avant bras, mais je n’eu pas le temps d’être content, interrogatif ou excité car aussitôt la voix mélodieuse et décidée de Jennifer retentit,

pour me réclamer une larme de ce délicieux vin rouge qu’elle avait finalement envie de gouter, "peut être ! »
prit-elle le soin d’ajouter dans un éclat de rire cristallin.

Avant le dessert, l’intérêt général se porta sur le Maine qui me semblait un peu mystérieux, comme un trait d’union sauvagement froid entre le Canada et les USA.

Helen en bonne historienne nous rappela que le Maine avait fait partie intégrante du Massachusetts, avant d'obtenir le statut d’État en 1820.

L’octroi de cette faveur était destiné, à l’époque, à contrebalancer l’entrée dans l'Union de nouveaux États esclavagistes.

Pendant tout ce temps, Jennifer ne me quittait pas des yeux, elle avait légèrement décalé son siège en osier blanc, en arrière de la grande table,

puis avait négligemment décroché ses adorables sandales pour poser ses pieds sur le bord de ma chaise, puis sur mes cuisses, puis sous mon polo contre mon ventre…

Pendant ce temps, elle participait à la conversation générale où il était question de la nationalité de Marguerite Yourcenar, elle réglait l’ordonnancement des desserts avec le directeur et elle donnait les consignes pour le retour au responsable de la Sécurité…

Awitelin semblait se passionner pour l’auteur de L’œuvre au noir :

« Et toi Alex, tu la considères comme une écrivaine française ?

- Je ne sais pas trop, pour moi c’est une femme de la modernité, une habitante du monde qui était Belge de par sa mère et sa naissance en Belgique, elle était française de par son père et son enfance en France et elle était aussi américaine car elle a fini sa vie à coté d’ici, dans le Maine sur l'île des Monts-Déserts.

- Et elle a pris la nationalité américaine, ajouta Awitelin,

- Oui c’est vrai, je crois que c’était en 1947… »

Helen me regarda bizarrement :

« C’est aussi un symbole de la place prise par les femmes dans la littérature…

- Oui surement Helen, tu…

- D’ailleurs Marguerite Yourcenar a été la première femme élue dans votre panthéon des hommes de lettres…

- Oui assurément, cela a été un évènement considérable, même si personnellement, la lecture de ses œuvres ne m’a jamais emballé…

- Ca y est, le mauvais Français est revenu ! »

Je me tournais vers Jack qui ne pouvait plus s’empêcher de rigoler…

« Ok, Jack, j’avoue que je me suis réintéressé à Madame Yourcenar depuis que je suis fou de la Woolfette et que je baigne dans la civilisation anglo-saxonne.

C’est pour cela que 1937 fut vraiment une année charnière pour la « mère » d’Hadrien qui rencontra à Londres, Virginia Woolf, dont elle devait traduire The Waves.

Juste après, elle fit la connaissance de l’américaine Grace Frick avec qui elle s’installera en 1950 dans le Maine. »

A un moment, pour compter les desserts, Jenny s’était levé, notre tablée était bruyante et excitée, après avoir réussi à faire la synthèse des commandes de tartes et de desserts,

elle vint s’appuyer contre moi en posant un genou sur mes cuisses. Elle soupira :

« Viens, gentil Frenchie, viens me secourir…

- Jenny, Jenny, je t’adore et je veux te remercier pour cette délicieuse soirée, avec tous mes amis d’ici, c’était vraiment sympa, tu ne trouves pas ?

- Si c’est vrai Alex, tes amis sont vraiment agréables.

- Et puis tu as vu comme les filles étaient mignonnes ce soir, avec leurs robes de femme et toute la panoplie ?

- Ah oui, ta bande de grognasses !

- Mais comment ça Jenny, tu ne les aimes pas ?

- Si un peu ca va, mais enfin ce sont des filles, tu sais Alex ! Tu crois à l’innocence des filles toi ?

- Je ne sais pas Jenny, mais même Hayatt, tu ne trouves pas que… Elle, enfin…

- Ah non ! ne me parle surtout pas d’elle !

- Mais Jenny, pourquoi ?

- Elle est bien trop belle ! »

Vendredi 4 juillet 2008

Rêve de mère

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« Allez Hayatt, raconte le marin sans rivage !

- Et bien mon grand père nous racontait comme ça que ce marin, un fier baleinier, encore jeune patron pêcheur…

- Il a été mangé par une baleine !

- Non Alex, c’est bien pire que ça ! Ecoute-moi bien : C’est la mer. La tempête l’a pris pendant qu’il dormait. En fait il ne s’est jamais réveillé.

- Comment est-ce possible ?

- D’après les témoins qui ont vu la scène, le bateau essayait de rentrer au port, il luttait à mort contre la folie de l’Océan jusqu’à ce qu’une grande vague le rattrape, le ramène en arrière, le retourne complètement et l’engloutisse d’un seul coup dans la fosse marine qui est à deux trois miles de la cote.

C’était un 23 aout. Tous les ans, on dit qu’il revient…

- Ah oui ! Il avait oublié quelque chose ?

- Oui on dit qu’il n’avait pas trouvé sa promise, avant de partir, là où il la retrouvait à la sortie de l’église… C’est triste, tu sais…

- Bon, alors on a perdu la fiancée aussi… Ah je comprends, elle est partie voir ailleurs la…

- Et bien la dernière fois qu’on l’a aperçue, elle était en costume traditionnel et elle se rendait derrière le cimetière, et après plus rien, elle a disparu pour toujours. C’est affreux, non, tu ne trouves pas ? »

Hayatt était si mignonne, là debout dans le vent, elle essuya ses grands yeux noirs, en essayant un sourire…

« Excuse-moi Alex, ce n’est pas ma faute !

- Oui mon Cœur, je sais, le vent, les embruns, cette beauté sauvage me donne le vertige.
Viens, Indienne, on va rejoindre les autres…"

Nous primes le sentier esquissé au milieu de la lande, qui nous amena à l’autre phare, le Wood End Light qui lui est relié à la terre ferme par un breakwater, une promenade de presque deux kilomètres de long.

Le paysage était exceptionnel, c’était comme si on était en haute mer. Quand on était là dominant l’immensité bleuté des flots, on comprenait mieux pourquoi les habitants appelaient Wood End l’Extrémité de la Terre !

A travers le parfum salin je voyais briller les yeux d’Hayatt, je suivais la démarche souple et ondulante de son corps bronzé, je me sentais bien, en vacances, de nouveau.

Je repensais à sa voix chaude qui me racontait l’histoire du Marin sans rivage. J’avais envie de la réentendre, de comprendre…En même temps, progressivement un rêve de la nuit précédente me revenait :

J’étais là avec ma chemisette mauve à rayures, blanches, vertes et violettes. Il faisait beau.

Il faisait chaud, 28° à l’ombre, il faisait bon. La mer était comme un lac, en plus clair, une sorte de bleu émeraude.

Je mis l’embarcation à l’eau, il me semble que c’était un voilier léger, type dériveur. La mer était si calme que je me voyais, je me sentais partir au bout du monde.

J’ai du m’assoupir ou penser fort à quelqu’un d’un autre monde.

Quand je suis revenu sur l’eau, j’étais assis sur le tableau arrière d’un canot en plastique.

sur le banc de nage, au milieu de l’esquif une jeune femme blonde à taches rousses grelottait de froid.

Elle se mit à farfouiller dans le coffre moulé en creux dans la coque arrière, à la recherche de chaussures.

Sa combinaison de plongée était bien trop grande pour elle, notamment le bas où ses pieds flottaient.

Attend, je vais regarder avec toi.

Je me levais et allai m’asseoir sur le banc à côté d’elle Ses cheveux longs et blonds étaient mouillés, défaits, elle était trempée.

Le coffre était pratiquement vide, il ne contenait rien pour la réchauffer. Son visage me bouleversait, je la pris dans mes bras et je la serrai très fort contre moi pour l’enlever au froid.

Au bout d’un moment elle leva vers moi son visage mince et ses grands yeux bleus apeurés.

Je l’embrassais éperdument, je léchais les gouttes salées sur ses lèvres, sa bouche était chaude, contre moi je sentais son corps se réchauffer.

Quand je revins à moi, j’étais dans une petite chambre aux murs transparents, à l’ambiance grise, légère, vaguement triste.

La femme que j’embrassais avait le nez pointu et le regard perçant, ce n’était plus la même, je ne l’avais jamais vu alors que j’étais sûr de connaître ma blonde inconnue. Et alors…

- Oui, et alors ?

- Et bien Jennifer était penchée sur moi. Machinalement, maladivement je tendis les lèvres pour attraper le bout d’un sein tendrement offert et je tétais goulument.

- Et alors ?

- Et bien elle me tint serré contre sa poitrine en ébouriffant mes cheveux et d’une voix basse elle me demanda :

Alors Alex, c’est bon, ils te plaisent mes seins ?

- Oui Jenny, c’est trop bon, tu sais, ils sont salés…

- Alors, c’était ça ! »

Et Hayatt éclata de rire en s’accrochant à mon bras.

Mardi 24 juin 2008

04.07.2008

Ensemble

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Il faisait bon, il faisait doux. Nous étions installés sur la terrasse du premier étage au Rooftop Café.

Le ciel prenait des teintes roses et grises que j’imaginais exotiques.

Maintenant tout était redevenu normal, animé et bruyant comme dans une station balnéaire amusante et recherchée.

Par contre, à notre entrée dans le café j’avais ressenti une intense impression de silence, comme une sorte de gêne confortable.

Et puis, dans l’escalier, nous avons croisé deux gaillards grands et blonds, habillés de polos noirs et de Ray ban et j’avais compris la raison d’un tel blackout dans un endroit qui, cinq minutes auparavant avec le regard de la rue, semblait si joyeusement animé, festif.

On s’habitue à tout et c’est vrai que je commençais à ne plus accorder trop d’attention à ces particularités entourant l’existence de Jenny.

C’est vrai qu’ici, plus qu’à New York ou ailleurs, je m’apercevais que Jenny était une célébrité, une des femmes les plus recherchées des Etats Unis.

Le Directeur de l’établissement se fit un plaisir de nous mener à notre table sur la terrasse qui était bien sûr réservée.

Mes amis semblaient contents d’être là et cela me faisait du bien de les écouter discuter joyeusement pendant qu’on nous servait des mets apéritifs à la présentation originale et soignée.

Je dégustais une cuvée spéciale de Jack Daniel’s, avec la robe ambrée et l’arome inimitable du Tennessee Whiskey.

J’avais faim et je fis honneur aux innombrables appetizer, aux salades variées et je me régalais de délicieux nachos.

Jennifer m’accompagnait avec un étonnant Cabernet Sauvignon du Cape Cod, il me semblait voir des étoiles dans ses yeux.

« Ca va Jenny, tu n’es pas trop fatiguée ?

- Tu rigoles mon Chou, c’est ma première journée de vacances depuis trois ans et tu es là, alors !

- Excuses-moi Jenny, mais tu te donnes toujours tant de mal pour que tout soit parfait ! Nerveusement, ce doit être usant, non ?

- Oh, tu sais… J’ai l’habitude et puis tout ce que je fais pour toi, je le fais pour mon propre plaisir, tu comprends Frenchie ?

- Yes American Woman, yes. Mais des fois je me dis que si tu étais moins riche, moins intelligente, moins belle, moins…parfaite !

- Et alors si j’étais pauvre moche et conne, ça changerait quoi ? Tu me ferais le coup de la grenouille ou du prince charmant ! »

Maintenant, elle se moquait de moi :

« Hey Alex, tu caches bien ton jeu, tu dois être un genre d’intello social démocrate qui s’extasie devant les pauvres ouvrières en haillons, non ?

- Tu as raison, je ne suis qu’un pauvre con !

- Et alors, la suite c’est… »

La voix de Jennifer était tendue, aigue, l’expression de son visage était dure et affolée en même temps.

Je levais les yeux vers elle. Je tournais le large verre vide entre mes mains.

J’avais envie de le poser sur la table basse devant mon fauteuil mais en même temps j’en aurais bien pris un autre.

A vrai dire, je ne savais pas trop. Je sentais les larmes venir dans mes yeux et ma gorge se serrer.

Jennifer s’avança au bout de son siège pour me prendre la main :

« Qu’est-ce que tu veux faire, Alex ? »

Les mots s’entrechoquaient dans ma bouche, les larmes brouillaient ma vision…

"Alex, tu veux partir ? »

Je m’agenouillais près d’elle et je hochais la tête :

« Je veux rentrer à la maison…

- Oh, mon chéri, pardonne-moi, je suis si maladroite, viens-là…»

Je m’empressais de poser ma tête sur ses cuisses bronzées, sa peau était douce et chaude.

Sa main dans mes cheveux était légère, je pensais à ma mère.

Quelle délivrance de tout oublier comme ça de plonger dans le rien, absorbé par la tendresse millénaire d’une femme qui donnait la vie qui redonnait la force, l’envie.

Je me redressais au bout de quelques minutes :

« Merci Jenny, merci »

Elle me serra dans ses bras, elle sentait si bon et j’étais si bien le visage enfoui dans la tiédeur de son cou de satin.

Ensuite, à ma grande surprise, elle redressa ma tête et ses lèvres se jetèrent sur les miennes avec la folie de l’amour.

C’était sucré, c’était nacré, c’était divin, c’était…

J’étais bouche bée…

« Mais Jenny… C’est la première fois que tu m’embrasses comme ça, et en public, et c’était… incroyable ! Tu m’as embrassé comme si tu m’…

- Oui Alex, je sais. Je crois que je t’aime !

- Jenny, Jenny, dis moi-moi ce que tu veux que je fasse, Jenny !

- Et bien, si ça ne te dérange pas, on va diner ici, ça ira plus vite, et puis après…

- Après, Femme trop belle ?

- Après, nous rentrons nous coucher !

- Yes Jenny, nous rentrerons ensemble !

- Oui Alex, nous dormirons ensemble."

Mardi 1er juillet 2008

03.07.2008

Vent d’est

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En atterrissant le pilote nous annonça qu’il était 17h 01, que la température au sol était de vingt quatre degrés Celsius et que le Provincetown Municipal Airport était battu par un vent d’est instable.

Nous étions à l’extrémité du Cape Cod, souvent représenté comme un bras replié, donc nous étions sur la face Est du poing, à l’opposé de la ville de P-town, comme disent les gens d’ici.

Le pilote nous salua réglementairement à la porte principale de l’appareil dont il maintenait les turbines sous pression pour pouvoir repartir sans trop attendre.

L’Aide de camps qui nous était attaché fit un signe de la main à un jeune officier féminin qui semblait diriger les opérations derrière la baie vitrée panoramique du poste de contrôle.

Il nous conduisit au Parking où nous attendaient deux grosses Range Rover Sport HSE, l’une argentée et l’autre couleur sable.

Le jeune garçon semblait pétrifié d’admiration devant Jennifer. Je ne pu réprimer une exclamation :

« Mince, il est amoureux de Jenny, ce militaire là ».

Jenny lui caressa la joue distraitement puis le congédia d’un sourire très comme il faut. Le jeune aviateur devint rouge comme ses cheveux et se retint de courir pour rejoindre son aéronef.

Jenny me regarda à travers les rayons rasants du soleil déclinant.
Je l’observais intrigué, me demandant si j’allais lui faire la gueule ou oublier…

Et puis Helen et Jack s’approchèrent de Jennifer et ils commencèrent à parler des baleines, de la meilleur période pour les observer et…

Ils montèrent dans la voiture couleur argent, où Lena et Angelo étaient déjà installés, je suivis les cousines et Kasey dans la Range beige qui démarra aussitôt.

Au moins avec Jenny, il n’y avait pas de souci, les voitures étaient toujours équipées d’un conducteur. Avec son aide, Kasey fit pivoter le siège avant de 180 degrés, pour me faire face.

« Mamma mia, Kasey, c’est un vrai salon ici !

- Alors, qu’est-ce que tu en penses Alex, j’avais dit à Jenny qu’elle te plairait !

- Et bien, il ne faut pas être trop difficile, je crois que vous avez choisi ce qui existe de mieux!

- Bon je suis contente. Tu sais on ne voulait pas de ces grosses berlines noires, on a préféré un style plus discret… »

Hayatt approuva :

« c’est sûr que par ici les voitures tous terrains ou tous chemins sont plutôt banales même si la plupart sont moins raffinées que celles-ci. »

Awitelin qui était assise entre nous ajouta à voix basse :

« Même les chauffeurs ne ressemblent pas aux brutes épaisses des services officiels, le pantalon blanc et le blazer camel ça change des gars tristes en noir, et puis… »

Elle baissa encore la voix :

« ils sont carrément bronzés et je trouve… »

Kasey lui faisait signe de se taire et en même temps ne pouvait s’empêcher de rire.
Dans le rétroviseur nous vîmes notre chauffeur nous adresser un grand sourire.

« Bonjour Mesdames et Monsieur, je m’appelle Jim, je suis officier dans le corps des Marines, pour vous servir !

- Hello Jim, Hello ! Heu vous savez où nous allons ? C’est encore loin ?

- Et bien comme vous le voyez nous tournons le dos à la plage de Race Point, nous traversons la lande typique du National Seashore dans cette extrémité du Cape Cod et nous allons nous arrêter tout de suite là sur la droite au Province Lands Visitor Center qui est en quelque sorte le Quartier Général touristique de cette région.

- OK, merci Jim, à tout de suite. »

Nous descendîmes prestement de la grosse voiture, les deux cousines cherchèrent les toilettes tandis qu’avec Kasey nous regardions les différentes cartes du Cape. J’étais surtout intéressé par les phares…

« Je crois qu’il y en a sept en tout, hein Kasey, toi qui sais tout, Petit Ange !

- Non, mon Frenchie préféré, il y en a huit en tout, dont trois par ici !

- Merci Madame l’Aviatrice ! »

Jenny éclata de rire, Kasey se retenait…

« Mais Alex, tu es… tu es jaloux, c’est ça ? »

Je haussais les épaules :

« Et bien, je ne vois pas ce qu’il y a de si drôle ! »

J’essayais de me concentrer sur les cartes, mais Jenny était contre moi, suspendue à mon épaule. Je sentais la respiration de son corps, le parfum de ses cheveux d’or, je…

« Oh, Jennifer »

Je sentais mon sexe durcir jusqu’à devenir douloureux, je regardais Jenny dans les yeux.

« Tu sais Alex, moi je trouve ça bien que tu sois jaloux, comme ça… »

Elle baissa les yeux, constata mon érection et me gratifia d’un sourire étincelant. De l’ongle de son index tendu, elle suivit la forme qui imprimait une telle tension à mon bas ventre.

« Alex, je crois que ton pantalon est trop serré ! »

J’esquissais un sourire entre mes dents :

« Je crois aussi, Jenny, mais c’est un peu tard pour me changer !»

Elle se hissa sur la pointe des pieds, je sentais sa bouche contre mon oreille, elle murmura :

« Ca te fait mal ?

- Oui Jenny, ça fait mal, mais ça va passer…

- Mon pauvre chéri ! »

Elle planta ses griffes dans mon bras gauche et quand je me tournais vers elle pour lui dire que tout allait bien, elle déposa un baiser tendre, tiède et mouillé sur mes lèvres étonnées.

« Mais Jenny ! »

C’était si rapide et si bon. j’aurais voulu, je ne sais pas, la retenir… mais déjà elle s’éloignait radieuse, ajustant sa chevelure roussoyante.

Elle m’envoya un baiser et s’adressa à ma petite voisine :

« Kasey, tu le surveilles bien, je n’ai pas envie de le perdre… »

Elle marqua un temps d’arrêt en levant la main devant les yeux…

« Cet homme là ! »


Mardi 13 mai 2008

19.06.2008

Noir et blanc

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Des éclairs noirs dans le ciel.

Mon désir pour Jenny était si fort, que je me sentais tout tremblant, à l’intérieur de moi.

Elle était là, si près de moi, j’étais capturé par son parfum plus sûrement que par une clef au bras ou une technique d’immobilisation.

Sa chevelure rousso-flamboyante me frôlait le visage et m’électrisait, pourtant, juste à ce moment fatidique, je n’avais qu’une seul envie : écrire.

Je voyais des zébrures dorées dans le ciel noir, des goélands géants impressionnaient mes rétines, ils allaient et venaient, en relief.

La mer était d’un bleu soutenu, une couleur intense qui évoquait l’absolu de l’encre de Chine.

Les déferlantes tapaient sur les murailles de notre château ou était-ce un phare ? Le quatorzième phare ? Le phare perdu du Cape Cod.

Ma bien-aimée se serrait contre moi, dans une sorte d’extase terrorisée… Son regard pleurait, ses beaux yeux mouillés me suppliaient, ses griffes me labouraient le bras…

« Aie, tu me fais mal !

- Oh excuse-moi Alex ! Mon Dieu, regarde ton bras, tu saignes ! Mon pauvre chou, ne t’inquiète pas, je vais m’occuper de toi…

- Tu es trop mignonne Jenny, ce n’est rien, ça brûle un peu mais dans cinq minutes on n’en parlera plus…

Bon je vais inaugurer la belle salle de bains à l’ambiance Zen, j’adore la laque rouge avec le noir et le poli du bois satiné…

Tu sais Jenny, c’est tellement beau que j’aimerais dormir dans la salle de bains…

- Oui, c’est une idée mais cela risque de ne pas être très pratique…enfin, je veux dire…si nous, enfin si tu veux, si tu as envie… »

Je m’essuyais les mains et je déposais un baiser sur son front.

« Ma chère Jennifer, je n’ai pas envie, j’ai besoin d’écrire !"

Elle esquissa un sourire :

« Mais oui, bien sûr, où avais-je la tête ! Bon je vais aller me changer ! On se rejoint en bas, d’accord ? »

Elle parlait bizarrement, la voix légèrement cassée…Au moment où elle allait partir, je ne pu me retenir et je la pris dans mes bras.

« Oh Jenny !

- Oui Alex, je suis là…

- Jenny, j’ai envie que tu dormes avec moi ! …Jenny ?

- Oui, Alex. »


Samedi 7 juin 2008

16.06.2008

Béatitude

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J’étais si bien comme ça, la tête posée sur les cuisses de Jenny, une sorte de béatitude.

Je me suis dit qu’être un élu, c’était quand même drôlement bien…

Je sentais la chaleur et la douceur de sa peau poivrée et ambrée. Quelle belle femme !

Je l’imaginais nue, j’essayais sagement de la deviner en train de marcher de son pas souple et tonique, de danseuse pressée.

J’avais envie d’elle, mais pas encore trop, cela restait supportable… Patiente, Jennifer respectait ma paresse bienheureuse.

Sa main légère caressait mes cheveux, son index courait le long de ma nuque puis machinalement elle jouait avec mes oreilles.

J’étais captivé par son odeur, la fragrance de sa peau dorée rehaussée par son parfum aux senteurs de lilas et peut être bien de muguet aussi…

J’étais dans un tel état de bien-être que j’ai dû m’endormir quelques minutes. A travers une brume bleutée, je finis par distinguer les traces d’un message, c’étaient comme des notes :

« Alex, mon Chéri… Tu dors ? Alex ! »

Sa main droite caressait distraitement mon visage. De l’autre main elle agitait son téléphone et donnait des instructions pour la cuisine :

« Oui, c’est cela Teresa, vous faites un menu traditionnel avec les lobsters, de préférence bleu, oui je sais Teresa c’est toujours du homard mais c’est plus joli !

En entrée vous nous faites votre délicieux Clam chowder, et pas la version allégée qu’on sert aux étrangers de New York, vous nous préparez le complet avec le bacon, les clams, la crème fraiche et les pommes de terre.

Bien sûr Teresa que c’est bon aussi avec les palourdes, mais vous croyez que ça s’appelle un Clam chowder, juste pour meubler les discussions !

Mais oui Teresa, je sais que vous faites au mieux et que ça sera parfait comme toujours !

- Jennifer !

- Oui Alex, tout va bien, ne t’inquiète pas.

- C’était qui, la cuisinière ?

- Oui, c’est Teresa une des cuisinières de la famille. Elle est excellente mais par principe, elle discute toujours un peu…

- Ah Jennifer, je t’admire, tu es une vraie Chef !

- Ah oui, tu trouves ? »

- Je me redressai pour la regarder :

« Oui, je trouve que tu es une patronne parfaite. Tu sais exprimer ta volonté en respectant l’autre, c’est vraiment bien… »

Jennifer souriait, ses yeux pétillaient d’une joie mystérieuse.

« Tu es mignon Alex, mais tu sais quand on aime les gens c’est beaucoup plus facile de se faire comprendre…

- de les faire travailler ! Tu veux dire ? »

Je me mis debout et je l’aidais à se lever :

Finalement Jenny, si tu ne m’aimes pas, c’est peut être aussi bien, non ? »

Elle éclata de rire et s’agrippa à mon bras pour remettre ses sandales. Puis elle se serra contre moi…

« Alex, je t’en prie, ne dis plus rien…J’ai une folle envie de toi ! »

Mardi 3 juin 2008

15.06.2008

The Voyage Out

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Jennifer descendit se préparer, je me dépêchais de chercher mes affaires pour me changer.

J’étais pressé, un sentiment d’urgence. Plein de choses à faire, une foule de questions à lui poser…

Mes affaires avaient déjà été rangées dans un petit dressing attenant à la salle de bains.

Je pris une douche expresse, un coup de serviette, déodorant, eau de toilette, peigne. Les cheveux courts c’est pratique.

Tiens j’ai une sale tête, des cernes sous les yeux…Je me reculais, de loin, avec le bronzage je faisais illusion.

J’enfilais un pantalon blanc en coton et un polo marron. J’allais m’asseoir sur le lit pour chausser mes Docksides.

Le lit était large et chaleureux avec un joli couvre lit en soie et des motifs Indiens orange et vert. Sur la table de nuit, un livre comme oublié, avec une couverture à l’ancienne.

Mon cœur se mit à accélérer quand je reconnu sur la jaquette un des dessins typiques exécutés par Vanessa Bell pour la Hogarth Press et notamment pour illustrer les livres de sa sœur, Virginia Woolf…

Je m’approchais discrètement de la table de nuit. C’était effectivement une édition des années trente du premier grand roman écrit par Madame Woolf : The Voyage Out

J’ouvris l’ouvrage avec précaution. J’étais ému et je tournais machinalement les pages, je lisais sans lire…

Chapter II : ... The table was cheerful with apples and bread and eggs. Helen handed Willoughby the butter, and as she did so cast her eye on him and reflected, “And she married you, and she was happy, I suppose.”

Dingue, c’était de la vraie magie, comme si Virginia me parlait, m’appelait… C’était si beau et si fort dans mon cerveau…

Je m’allongeais sur le lit et je répétais la phrase et j’essayais de monter ma voix pour dire et redire :

“And she married you, and she was happy, I suppose.”

Le bonheur absolu, voilà j’étais en train de vivre un « Moment of Being » comme disait Virginia, un instant de plénitude.

Merci mon dieu, merci Jenny !

Je me levais d’un bond, j’embrassais le livre et je sortis de l’appartement en courant et en criant comme un fou :

"Jenny, devine ce que j’ai trouvé, Jenny !"

Nous nous retrouvâmes tous en bas dans le grand salon, Kasey était en discussion avec un homme blond, grand et mince, portant cheveux courts et fines lunettes à monture métallique.

Elle me le présenta comme le Responsable du bureau de Boston de l’Agence Fédérale chargé de notre sécurité…

Tim Sailers semblait être un fonctionnaire discret et zélé, connu et apprécié par tout le personnel de la maison.

Tout le monde, sauf... La Maîtresse des lieux qui fit irruption comme une tornade.

Elle se planta à côté de moi et tendit le bras en direction de la porte d’entrée massive et pourtant accueillante…

Je ne l’avais jamais vu aussi glacialement violente. Ses yeux verts magnifiques lançaient des flammes.

D’une voix métallique, elle jeta :

« Out Mr Sailers, you are chucked out ! »

J’ai cru que le pauvre homme allait tomber, balayé par la rafale verbale. Il se tassa légèrement, rentra les épaules et baissa la tête.

Comme s’il se dissolvait, il se glissa vers la sortie sans prononcer un mot.

Tout le monde s’était rassemblé autour de Jenny mais à distance raisonnable, ce n’était pas le moment de la chatouiller ….

Kasey me sourit, cela me redonna courage :

« Mais Jenny, tu ne crois pas, ce pauvre petit fonctionnaire fédéral…

- Ne t’inquiètes pas, il n’est pas à plaindre. C’est le Patron de l’Agence pour toute la Nouvelle Angleterre, et d’ailleurs c’est un très bon officier, on lui trouvera un bon job ailleurs…

- Mais alors ?

- Alors ? Je lui avais interdit de venir ici, c’était simple comme consigne, non ! »

Elle tapa du pied et fouilla dans son sac. Je sentais la pression remonter…

« Bon Jenny, qu’est-ce que tu fais ? Moi, je m’en vais, j’ai envie de sortir, d’aller me promener, tout le monde vient ? Où est Kasey mon Ange Indienne ?

- Je suis là Alex ! »

Effectivement en me tournant de trois quart j’aperçu la petite Indienne qui tenait la main de Jennifer et lui parlait doucement, je crois même qu’elle s’exprimait en Navajo, ce devait être une formule magique comme le Synthol qui apaise toutes les douleurs…

Kasey était toujours égale à elle-même, l’image sereine de la bonté. Parfois je me demandais si elle n’était pas notre mère à tous.

Elle me dit en souriant :

« Allez-y, on vous rejoint dans cinq minutes !"

Elle dit quelques mots à Awitelin en Navajo puis se tourna vers moi, tout sourire.

"Bon tout va bien, tu vas suivre Hayatt, elle connaît le coin comme sa poche !

- Mais Kasey, je ne suis plus un bébé quand même ! »

Jennifer à coté était tordue de rire. Kasey reprit, plus sérieusement :

« Ecoute Alex, on t’a déjà perdu une fois, ça suffit largement ! Tu dois comprendre, j’ai une mère, moi ! »

Je soupirais. Tout d’un coup, j’avais les jambes coupées. Je serais bien monté me coucher.

Bien sûr, Elle. Bien sûr, Elle était là, toujours là. Je fermais les yeux. Ludivine me regardait.

Son image remplissait le ciel. Elle était le ciel.

L’intensité de son regard me bouleversa comme une lame de fond qui m’envoyait au sommet de l’Amour.

Awitelin et Hayatt m’attendaient, elles étaient si gaies et si gracieuses, j’avais envie de m’envoler avec elles, planer au dessus des falaises et m’enfoncer dans le ciel.


Dimanche 8 juin 2008

10.06.2008

Sandcastle

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Cape Cod Watchtower

Kasey se pencha en avant, en appuyant ses mains sur mes genoux.

« C’est vrai Alex, tu penses juste. Le Cap Cod est une formation géologique récente car il date environ de dix huit mille ans et il est habité par les Indiens depuis plus de neuf mille ans…

- Effectivement ça fait un bail ! Et les Européens ont débarqué il y a près de quatre cent ans, c’est ça, hein ?

- Oui, ça a commencé en 1620, avec les Pèlerins du Mayflower qui ont débarqué à Provincetown et qui au bout d’un mois sont partis s’installer à Plymouth.

Depuis le déboisement presque total effectué par les colons Européens entre 1650 et 1900, la lande est prédominante.

- Malgré tout, le paysage est plutôt sauvage. »

Hayatt me sourit :

« En fait le Cape Cod est surtout habité dans sa partie basse, de Sandwich à Chatham, avec le centre économique qui est à Hyannis.

Le Cape Cod National Seashore qui s'étend, depuis Chatham jusqu’à Provincetown est bordé de plages, de hautes dunes de falaise et de marais de sel.

A l’intérieur il y a des étangs, des marais, des forêts de chêne et de pin et la lande à perte de vue.

- Et il y a des bêtes sauvages ?

- Non, pas énormément, les vingt-cinq espèces protégées dans le parc sont principalement des oiseaux comme le pluvier siffleur. »

Nous étions maintenant sur la Province Lands Road qui longeait la côte. La mer en bas scintillait des derniers feux de l’après midi, le spectacle s’annonçait grandiose depuis la falaise.

Jim avait considérablement ralenti l’allure. Nous arrivâmes à un embranchement et nous traversâmes la route nationale Six qui était la voie principale qui traversait tout le Cape Cod.

Au lieu de prendre à gauche vers la ville de Provincetown, nous primes la route côtière en direction de Wood End. En fait, c’était un gros chemin, qui longeait la mer.

Les yeux de Kasey brillaient de plaisir :

« Regarde Alex, ton premier phare du Cape Cod, c’est le Wood End Light !

- Mamma mia, les filles, quelle merveille ! »

Je revoyais les images du très beau volume consacré aux phares du Cape Code et du Maine que j’avais souvent feuilleté chez la tante d’Hayatt, à Sandwich.

Je demandais à Hayatt :

« Celui-là il n’a pas été déplacé, au moins ?

- Non Alex, ce sont Highland Light et Nauset Light qui ont été déplacés, à cause de l’érosion des falaises.

Par ici, il reste deux phares en plus de Wood End. Il y a le Race Point Beach qui était du côté de l’aéroport et le plus impressionnant, à l’extrême pointe du Cape, le Long Point Light !

- Ah ! Kasey, tu crois qu’on va le voir ce Long là ?

- Je ne sais pas Alex, on va demander : Excusez-moi Jim, vous pouvez nous dire où nous allons, précisément ?

- Bien sûr, Mademoiselle Kasey, nous allons au milieu de nulle part !

- Ah ! Et encore ?

- Et bien, nous nous rendons à la Cape Cod Watchtower !

- Ah oui ! La Tour de guet, je croyais qu’elle était inhabitée depuis fort longtemps ?

- Vous avez raison. Elle était, elle était… »

Je m’inquiétais à mon tour de notre destination :

« Et elle est loin de la mer, cette Watchtower-là ?

C’est Hayatt qui me répondit ;

« Tu rigoles Alex, elle est juste à côté du phare de Long Point ! »


Dimanche 18 mai 2008

08.06.2008

Vinland

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Rockport Center

Finalement le voyage se passa mieux que je ne l’appréhendais.

Nous étions installés à l’arrière de l’appareil dans une sorte de coin salon dont l’aménagement spartiate me faisait penser à l’intérieur d’un bateau de croisière.

Une fois le choc passé de la terrible puissance des turbines en action, on finissait par s’accoutumer au ronron lancinant de l’énorme coléoptère mécanique.

L’excitation et un sentiment d’angoisse plus ou moins accentué avaient resserrés les liens entre nous et Helen jouait un rôle vraiment positif.

Discrètement, j’entrepris de me confier à Jenny :

« Et bien voilà, Jack m’a parlé un peu d’Helen et de ses activités. Au départ elle se destinait à une carrière de musicienne.

C’était une pianiste brillante, sur le point de devenir une concertiste de premier plan quand elle décida de tout laisser tomber…

- Curieuse fille ! m’interrompit Jennifer.

- Oui, en fait elle ne supportait plus d’avoir le trac, cela finissait par lui gâcher tout son plaisir.

- Alors elle est retournée à la fac…

- Exactly Jenny. Elle avait déjà fait un doctorat en Histoire, alors elle choisit de doubler la mise et de préparer une thèse en histoire de l’Art, sur la symbolique du phare dans la peinture américaine contemporaine.

- Ah, donc elle doit bien connaître la région ?

- Yes, avant de devenir gérante d’une importante galerie de Montréal elle venait effectivement très souvent dans le coin, pour repérer tous les phares depuis la pointe du Cape Cod où nous allons jusqu’à l’extrême nord de l’Etat du Maine. »

Jennifer était silencieuse et concentrée. Ses beaux yeux verts pailletés d’or me fixaient intensément…

« Alex !

- Oui Jenny ?

- Alex, je suis heureuse !

- Ah oui ! Ca te prend comme ça ! Et hop, tout d’un coup, tu es heureuse. Tu me donneras la recette, pour que…

- OK, je te la donne, French guy, tu l’auras voulu ! Bon, et bien voilà, je suis heureuse d’être là avec toi, c’est une recette toute simple, tu vois ! »

Elle se détourna de moi, baissa les yeux et se figea en attendant que ma réponse lui tombe sur la tête…

« Jenny, Jenny tu es trop mignonne, tu sais. J’adore quand tu as ta tête de petite fille capricieuse ou romantique ou les deux, pourquoi pas ? »

Jennifer prit ma main gauche et la porta contre sa poitrine entre les seins, ensuite avec ses deux mains elle appuya fort sur mon bras.

« Jenny, qu’est-ce que tu fais ? C’est une nouvelle manière de relever les d’empreintes ?

- Idiot ! C’est juste pour prendre un peu de toi ! »

Je lui souris. Je ne l’avais jamais vue aussi gaie et cela me rendait heureux.

« Allez, viens Alex, on va écouter ce qu’Helen va raconter sur le Maine. »

Effectivement, la spécialiste des phares était en train de raconter l’origine d’un Etat plutôt récent :

« Au XIème siècle, ce que nous appelons aujourd’hui le Maine était occupé par des Vikings et leur Chef Leif Ericson désigna la contrée sous le nom de Vinland, c’est-à-dire terre du vin, en raison de son abondance en airelles.

Les envahisseurs nordiques furent ensuite décimés par des épidémies, même si les survivants finirent malgré tout par s'intégrer aux nations autochtones qui étaient … »

Hayatt répondit la première :

« de la famille des Iroquois ! »

« Et principalement des Mohawk ! »

ajouta Kasey en faisant signe à Helen de continuer.

« Et bien ensuite la colonisation prit un tout plus traditionnel avec l’arrivée des Basques, des Français puis des Anglais. »

Je regardais intensément Helen qui me sourit interrogativement. Je lui demandais :

« Et le nom ? Est-ce qu’on sait d’où vient le nom ?

- Plus ou moins, répondit Helen. En fait, il y a deux thèses : Selon la première, l'origine du nom de l’État proviendrait de la province française homonyme.

Selon la seconde, les marins nommaient cette partie du continent « the Main » pour la distinguer des nombreuses îles en bord de côte…

- Ok, j’ai compris, it’s the Main Land !»


Samedi 10 mai 2008

03.06.2008

Two women

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« Oh lui, il n’aime que deux femmes, c’est tout ! »

Dans la pièce à côté, Jennifer laissa Jack et le Commandant Smith commenter l’incidence du réchauffement climatique sur la croissance des baleineaux, et se rapprocha du groupe des filles, manifestement Kasey parlait d’un homme qu’elle connaissait bien.

Awitelin tout sourire affirma :

« Deux femmes, ça ne peut être que tes deux mères ?

- Non, ce n’est pas à elles que je pensais !

- Deux Indiennes plus jeunes ! »

dit alors Helen avec une grimace en imaginant les deux cousines papillonnant autour d’Alex…

« Non Helen, je ne pensais pas à Hayatt et Awitelin… Bon pour vous aider, je peux avouer qu’une seule est encore vivante !

- Ah ! firent en chœur les trois femmes qui entouraient la petite Indienne.

Jennifer, se sentait un peu perturbée mais gaiement elle lança :

« Je propose Ludivine et Maryline ! »

Jennifer attendait sans attendre, la phrase de Kasey lui revenait dans la tête :

« Oh Alex, il n’aime que deux femmes, c’est tout ! »

Elle estimait que la première place revenait de droit à Ludivine, mais ensuite, ensuite…

« Moi je connais la réponse ! »

Une voix d’homme, une voix gourmande. Jack s’approchait suivi du commandant.

« Ah ! Dis-nous alors ! »

Jack regarda Kasey qui lui fit un signe d’approbation.

« Et bien je peux affirmer qu’Alex est complètement fou de Virginia Woolf et de Joyce Carol Oates »

Les filles se regardèrent désappointées puis prirent le parti d’en rire, avec le Commandant qui riait aussi, de bon cœur, sans savoir pourquoi…

Kasey se précipita vers Jennifer et l’emmena avec elle près d’une fenêtre.

« Excuse-moi Jenny, ce n’était pas très malin, mais… »

Jenny baissait la tête et regardait ses mains. Kasey voyait bien que l’illustre héritière était perturbée, presque triste, elle ajouta :

« Ne t’en fais pas, je sais qu’à sa façon il t’aime et tu ne dois pas l’oublier. Tu me pardonnes, Jenny ?

- Oui mon Ange, bien sûr ! Kasey, oh Kasey, qu’est ce que je ferais sans toi ? »

Jennifer souleva la petite fille et la serra fort dans ses bras. La vie était redevenue belle, elle avait envie de partir, d’aller lui montrer la mer, dans la maison qu’elle avait choisie pour lui.

Après des remerciements chaleureux nous quittâmes les Smith, franchement épatés par la qualité de leur accueil.

J’étais plutôt impressionné par notre moyen de transport car ma claustrophobie s’accommodait généralement mal de l’avion, petit ou gros, alors un hélico…

Le pilote nous expliqua qu’il s’agissait d’un Chinook CH-47, un hélicoptère de transport lourd, muni de deux rotors en tandem pouvant transporter 44 personnes.

La bête pesait plus de dix tonnes et les 3750 chevaux développés par chacune des deux turbines permettant à l’engin ver de gris, de foncer à 295 km/h.

C’était une vraie Ferrari ce truc là. Le bruit au décollage était un peu assourdissant, mais par contre je dois admettre que les deux rotors avant et arrière procuraient une stabilité parfaite.

"Here we go !"

Jennifer donna ses dernières recommandations à l’Aide de camp, mis à notre disposition et elle revint s’asseoir à côté de moi.

Elle posa sa main sur mon bras. Je la sentais inquiète comme une mère et excitée comme une petite fille.

« Ca ira Alex, tu vas tenir le coup ? Je sais que tu n’aimes pas trop ces engins là mais tu vas voir, on sera bientôt arrivés et…

- Déjà ? Mais on vient de partir !

- Dans vingt minutes, nous serons enfin arrivés, j’espère que tu ne seras pas déçu…

- Mais Jenny ! Comment tu peux dire une chose pareille ? Je sais que c’est impossible !

- Ah, tu crois ?

- J’en suis sûr.

- Mais tu sais, tout a été si vite, et puis tu avais disparu et j’étais si inquiète, c’était horrible ! »

Et Jennifer commençait à bafouiller, des sanglots plein la voix, des hoquets dans son corps.
Je la saisis par les épaules :

« Jennifer, regarde-moi, c’est fini maintenant.

- Ah oui ?

Oui, tu es là et je suis là. C’est tout ce qui compte.

- Oui Alex, tu as raison. »

Elle réussi à ébaucher un sourire. Je pris ses deux mains et je les embrassais avec passion.
Je me sentais si proche d’elle, comme jamais auparavant, cela me faisait presque peur.


Mercredi 7 mai 2008

22.05.2008

Cape Cod National Seashore

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Chintara Sukapatana

Après avoir fait le plein d’informations, de cartes routières et maritimes, au Province Lands Visitor Center,

nous quittâmes la Plateforme d’observation pour nous diriger vers l’Ouest, direction la ville de Provincetown.

Kasey ne me quittait pas d’une semelle ni d’un grain de peau car dès qu’elle s’installait en voiture, elle ôtait ses sandales et posait ses jolis pieds bronzés sur mes jambes.

Au bout de quelques minutes de route, nous arrivâmes à une bifurcation, la Race Point Road se séparait en deux tronçons :

le premier sur la gauche rejoignait directement la ville de P-town et ses deux rues principales longeant le bord de mer, la bourgeoise Bradford Street et l’espiègle, pour ne pas dire la folle, Commercial Street.

Jim engagea résolument la grosse Range Rover sur la voie de droite, celle qui fuyait la civilisation en direction de Wood end.

« Tu as vu Kasey, nous allons au bout du monde ! »

Les cousines à côté de moi, se trémoussaient, elles étaient hyper excitées et déroutées de voir que nous nous dirigions là où il n’y avait rien…

Hayatt qui était du Cape Cod semblait songeuse, assise sagement au milieu de la banquette arrière, elle regardait alternativement Awitelin sur sa gauche et Kasey sur sa droite.

Elle cherchait dans ses souvenirs, quand petite fille elle venait se promener avec ses parents à la pointe du Cape.

Elle était impressionnée par la hauteur des phares et par le sifflement du vent, aussi elle serrait très fort la main rassurante de son père…

Nous traversions une alternance de lande touffue et de forêts de chênes. Parfois on apercevait un étang bordé de pins.

« Kasey, c’est toujours le Cape Cod National Seashore, ici ?

- Oui Alex, tu sais c’est immense ce truc là et..."

Hayatt précisa :

« En tout, la réserve naturelle comprend quarante quatre mille acres de dunes, d'étangs, de bois et presque quarante miles de rivage atlantique !

- Waouh, Hayatt, tu as appris ta leçon par cœur !

- C’est ça Alex, moque toi de moi, mais c’est le grand Manitou en personne qui, en 1961, a créé le Cape Cod National Seashore !

- Ah ! Un Indien ? »

Awitelin pouffa de rire.

« Monsieur le Frenchie est perturbé… Monsieur Alex a la tête ailleurs… »

Je regardais Kasey qui s’amusait comme une collégienne, aussitôt la réponse s’imposa à moi…

« Mais oui, que je suis bête, c’est le Président John Fitzgerald Kennedy, un indigène de Cap Cod. »

Maintenant de tous côtés on ne voyait plus que la lande.

« C’est un peu monotone comme décor, non les filles vous ne trouvez pas ?

- A qui la faute, monsieur l’Européen ? »

Et je réalisais subitement que j’étais entouré d’Indiennes, que j’étais chez elles…


Samedi 17 mai 2008

19.05.2008

Cochon fatal

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Sans hésiter une seule fois, James nous amena directement chez Léna, dans le centre de Sandwich.

Nous la trouvâmes devant la pension de famille où elle logeait, une maison en bois bleu, toute en hauteur, avec des volets blancs, son allure fraiche et curieuse évoquait une architecture scandinave.

James s’arrêta, descendit et ouvrit le coffre pour ranger les bagages. Léna monta à l’arrière avec nous, elle était radieuse, encore plus blonde que d’ordinaire.

Elle portait une magnifique robe indienne aux tons rose, mauve et violet. Elle était accompagnée d’un jeune homme souriant, Italien je crois, aussi brun qu’elle était blonde.

Les cheveux légèrement bouclés, il montrait un visage de garçon timide, derrière ses lunettes rondes. Angelo ne quittait pas Léna des yeux, il avait l’air fou amoureux.

Bien sûr, elle ne le regardait pas. La belle Ukrainienne était langoureusement excitée à l’idée d’être invitée par Jennifer, chez Jennifer.

Elle me confia très sérieusement :

« Il parait que le bateau des Watt-Myers est arrivé à Hyannis, cette nuit…

- Cette nuit, tu es sûre ? Comment…

- Ce que je peux te dire, c’est que quelqu’un l’a vu. C’est difficile de se tromper tu sais. Un grand yacht de croisière, tout noir, de près de cent mètre de long, il est facile à reconnaître !

- Mais… »

A quoi bon lui parler du bateau des Agnelli, et des autres. Léna était déjà partie, elle voguait dans une autre vie…

C’est à cet instant que je réalisais qu’elle était encore très jeune, elle avait à peine vingt deux ans et tous les jours elle avait envie de se projeter dans une nouvelle existence, pour oublier l’ancienne, sans trop de souvenirs, à part ceux d’une vie difficile.

Après un détour par le bord de mer nous fîmes halte à Sandy Neck Beach où le Montréalais Jack Dubois et son amie Mi’kmaq Helen Shafer nous attendaient sur le minuscule parking.

Le couple s’installa à l’arrière entre Kasey et moi, tandis que Lena et Angelo avaient pris la place de Wikita à l’avant.

Le loup blanc assis aux pieds de sa jeune maîtresse semblait indifférent à ces va et vient, il observait un couple de grands goélands qui se chamaillaient gaiement.

Helen, assise à ma droite était très en beauté, elle portait une robe blanche en soie naturelle qui mettait en valeur l’éclat satiné de sa peau.

Jack était en grande forme et il faisait rire tout le monde en imitant l’accent guindé de Boston.

Il était fasciné par la grande bête blanche, mais peut être à un degré moindre d’Helen qui malgré son aisance apparente était impressionnée par le loup et encore plus par Kasey en qui elle discernait une entité supérieure qui lui donnait des frissons…

Pendant le court trajet jusqu’à la base aérienne, je me laissais charmer par la voix claire et posée de Kasey qui expliquait à Jack pourquoi les populations Indiennes avaient décliné si vite après l’apparition des Européens :

« En fait, les Indiens présentaient une vulnérabilité exceptionnelle aux maladies européennes…

- Et, quelles sortes de maladie ?

- Et bien les maladies infectieuses comme la small pox, par exemple.

- Heu Kasey, tu peux expliquer… »

La petite Indienne prit la main forte et bronzée du Canadien et lui expliqua de sa voix douce et fraiche :

« Bon Jack, la small pox ou variole est une maladie infectieuse, éruptive qui est contagieuse et fréquemment mortelle.

- OK et alors pourquoi une telle vulnérabilité ?

- Et bien nous, enfin ils possédaient un système immunitaire plus restreint que celui des Européens ;

- C’est étonnant ça, c’est dû à quoi ?

- A leurs caractéristiques biochimiques qui étaient exceptionnellement homogènes à cause de la petite taille de la population initiale. »

Léna ne pu s’empêcher d’intervenir :

« Si je peux me permettre, Kasey, en d’autres termes c’est le réservoir génétique limité qui est la cause de cette immunité restreinte, c’est ça ?

- Oui, tout à fait Léna. Ainsi, par exemple la quasi-totalité des Indiens d’Amérique du Sud sont de groupe sanguin O alors que les Européens se répartissent équitablement entre le O et le A.

- Ca c’est vraiment dingue ! »

s’exclama Jack.

"Tu te rends compte Alex ?

- Yes, c’est vraiment étonnant, et je crois aussi qu’il y avait quelque chose avec les cochons, non Kasey ?

- Oui Alex. En fait, à part le chien, la dinde, le lama, le canard de barbarie, l’alpaga et le cochon d’Inde, les Indiens côtoyaient peu d’animaux domestiques.

- Pas de cochon, pas de vache ni de cheval !

- Oui Jack, il n’y avait rien de tout ça…Et cela explique pourquoi très peu des nôtres possèdent le gène permettant aux adultes de digérer le lactose présent dans le lait. »

Je ne pu retenir une exclamation :

« Incroyable ! Alors les hommes ne… Enfin… »

Kasey me regarda en souriant de bonheur. Elle savait qu’à cet instant précis j’évoquais, je désirais la merveilleuse poitrine de Ludivine, la mère dont elle était si fière.


8 avril & 2 mai 2008

18.05.2008

Amarante

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« Et bien dis donc, tu lui as sacrément remonté le moral, au Rambo Spécial ! Qu’est-ce-que tu lui as dit ?

- Heu pas grand-chose… Qu’il était courageux… De m’excuser auprès de ses hommes, et je lui ai promis que nous ne dirions rien à Jennifer.

C’était sa plus grande crainte, de mécontenter la fille de Denis Watt-Myers.

- Ah !

- Oui Alex, tu sais ce que c’est hein ! La carrière, l’avancement et tout ça ! »

Elle partit dans un fou rire, elle se moquait de moi. C’était si bon, mais des fois je m’interrogeais :

Etait-ce bien elle ou n’était-ce pas plutôt sa mère qui à travers elle…

Nous franchîmes le porche et nous trouvâmes James qui attendait devant une resplendissante Lexus habillée de différentes tonalités de gris argenté.

Wikita qui semblait bien connaître le chauffeur s’installa à la place du passager avant. James se montra très cérémonieux avec Kasey qu’il traita en fait, comme la Princesse qu’elle était.

Nous démarrâmes dans un silence impressionnant. Le chauffeur était aussi efficace que stylé.

Comme il semblait connaitre parfaitement la région et savoir exactement où trouver mes amis, je me désintéressais de la route pour mieux me concentrer sur le cours d’agronomie que me donnait Kasey…

« Bon alors, Grande Fille, en dehors du maïs, explique-moi ce que mangeaient tes ancêtres !

- Et bien, d’abord, il faut savoir que c’est dans le complexe agricole de l’Est, correspondant en gros au Sud Est des Etats Unis, que l’on trouvait la plus riche gamme de cultures.

- Ah oui ! Comme le tabac en Virginie ?

- Oui tout à fait, sauf qu’à l’époque il était beaucoup plus fort que celui d’aujourd’hui, ce qui produisait de véritables effets psychotropes…

- De la vraie drogue, c’est dingue !

- Oui, c’était un peu fort, mais il n’y avait pas que ça comme culture. On trouvait en abondance la Cucurbita pepo…

- C'est-à-dire ?

- Heu, c’est de la courge, en fait.

- Et est-ce qu’il y avait du Tournesol, pour l’huile ?

- Oui on connaissait le tournesol, mais on utilisait également Iva Annua, le sureau des marais qui possède, comme le tournesol, une graine comestible riche en huile.

- Et pour faire les galettes ?

- Et bien, en dehors du maïs, on se servait du Phalaris roseau qui est une herbacée haute d’une cinquantaine de centimètres dont les grains étaient séchés puis transformés en farine.

- Alors, c’étaient les pizzas de l’époque ?

- Oui, si tu veux ! On pouvait même les garnir avec de l’amarante commune qui a un bon gout d’épinard…

- Why not ? Il suffit d’aimer les épinards !

- Et puis pour les grosses faims, pour les gros gourmands comme toi on faisait une sorte de bouillie avec de la renouée dressée, une plante de petite taille dont les graines comestibles contiennent de l’amidon…

- Et c’était bon ?

- Hum… C’était nourrissant ! »

La leçon de choses était terminée. Kasey se redressa et prit ma main.

Elle était si mignonne dans sa petite robe noire. J’aurais aimé lui dire quelque chose en Navajo, mais c’était trop dur…

Je fermais les yeux pour me concentrer. Nos deux mains avaient maintenant la même température, la même texture, il n’y avait plus de limite.

Au bout de quelques minutes j’entendis distinctement les paroles prononcées en Athabascan, par une Kasey comme Kasey, mais ailleurs :

« Bila'ashda'ii t'áá ałtsoh yiník'ehgo bidizhchįh dóó aheełt'eego ílįįgo bee baahóchį'. Eíí hání' dóó hánítshakees hwiihdaasya' eíí binahjí˛' ahidinínłnáhgo álíleek'ehgo k'é bee ahił niidlí˛. »

J’avais compris que c’était un message de paix, de sérénité.

J’admirais les cheveux longs, noirs et soyeux de la Petite Princesse, exactement comme sa mère, Celle qui voit toutes choses.

J’embrassais sa chevelure d’un noir si intense qu’elle étincelait :

« Merci Kasey ».


Mardi 8 avril 2008

14.05.2008

Evidence

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Encore stupéfié parce que j’avais vu ou deviné… je m’approchais de Kasey.

Elle se tenait debout, à côté du loup. Elle ne disait rien mais j’étais certain qu’elle conversait avec lui depuis un moment déjà.

Quand elle me vit tout près, la bête blanche aux yeux d’or regarda la petite fille puis se leva lentement.

D’une impulsion, il se tint debout sur ses pattes arrière, il s’appuya contre la base de mon cou et me dit bonjour à sa manière, en me léchant les oreilles.

« Wikita, arrête, tu me chatouilles ! »

A chaque fois, c’était la même cérémonie, je sentais son cœur battre de bonheur.

« Kasey, tout va bien ? Tu crois que tu les as… éliminés ?... Kasey, tu étais obligée de faire ça ? »

La petite fille me regardait avec une infinie douceur. La tension qui l’habitait s’était enfuie, évanouie.

« Ils devraient savoir que Wikita est un Intouchable, tout le monde devrait le savoir… »

Je regardais autour de nous, devant la maison toute la végétation était aplatie, les arbres pliés dans un rayon de cinquante mètres. Aucune trace des hommes en noir, volatilisés…

« Mais Kasey, qu’est-ce que tu en as fait ? »

Elle me regarda, mi-surprise, mi-amusée :

« Moi, mais je n’ai rien fait, heureusement pour eux ! C’est La Toute Puissante qui les a enlevés de là, pour les protéger…

Qu’est-ce que tu croyais Alex, que Wikita serait là, tout seul, sans que la présence de Ludivine ne se fasse sentir ?

- Ah, je comprends ! J’aurais du me douter évidemment, les vacances, comme ça dans un coin perdu, évidemment… »

Je levais les yeux vers le ciel gris, un soleil voilé, une légère brise, des arbres immenses au loin, comme des cèdres rouges de Californie. Je plissais les yeux, je me disais :

« Elle est là, elle regarde, elle écoute, elle nous respire, elle…Elle. »

Kasey me prit la main :

« Ne t’en fais pas Alex, tout va bien. C’est quand même un peu les vacances, et puis…

- Oui, Kasey ?

- et bien, Jennifer est tellement, tellement heureuse de t’avoir retrouvé, en bonne santé et tout. Tu sais, elle était morte d’inquiétude, elle avait si envie de te voir, que tu la vois aussi…

- Ah oui ! Tu crois ?

- Bien sûr. Tu penses que c’est pour qui qu’elle s’est changée avant de venir nous rejoindre en bas, hein ? Tu crois que c’est pour épater tes copines ?

- Non, non bien sûr, tu as raison, Jennifer est trop… sûre d’elle… Kasey, tu crois sérieusement qu’elle… ? »

Nous partîmes vers l’entrée du parc, à la recherche de la voiture.

Au bout de l’allée donnant sur un porche en bois blanc sympathiquement vermoulu, nous reconnûmes le Commandant qui était blême, genre livide, tendance décomposé…

Le pauvre homme essayait de se redresser mais visiblement il était terrorisé par la présence de Kasey.

Il tenta de réprimer un tremblement convulsif lorsque la petite Indienne s’avança vers lui. Il devint si rouge, les veines du visage toutes gonflées que j’eus peur qu’il explose soudainement.

Kasey lui prit la main et la posa sur la tête du loup. Je savais qu’elle lui faisait passer plein de choses, dans le cerveau, partout.

L’officier supérieur finit par se détendre. Il remercia Kasey avant de se mettre au garde-à-vous et de nous saluer réglementairement.

Lundi 7 avril 2008

10.05.2008

Dorothy Smith

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Une femme qui lit - Jean-Jacques Henner

Bientôt, nous retrouvâmes tout le monde à l’entrée de l’Otis Air Force Base où Le Commandant Roger Smith et Dorothy, sa charmante épouse, tout de rose vêtue, rendaient les honneurs à Mademoiselle Watt-Myers.

Comme toujours, Jennifer était élégante et souriante, et comme toujours elle inspirait la déférence d’une façon incroyablement naturelle, très américaine me dis-je en moi-même.

Madame la Commandante était visiblement ravie d’avoir de la visite.

Elle semblait superviser l’ensemble des opérations et comme elle trouvait notre aéronef un brin poussiéreux, elle redemanda un nettoyage poussé et en attendant elle nous proposa de prendre le tea dans son salon de réception.

C’était une belle pièce meublée avec gout dans un style fin 19ème plutôt intéressant et je fus aussitôt attiré par les toiles de marine accrochées aux murs.

Comme je le prévoyais, le premier contact entre les deux cousines, Hayatt et Awitelin et la canadienne Helen fut extrêmement froid et bref.

Il faut dire que les deux cousines habillées par Jenny étaient resplendissantes tellement leur féminité déjà mure triomphait dans les jolies robes en mousseline, noire pour Awitelin et blanche pour Hayatt, et je ne pu m’empêcher de leur avouer :

« Les filles, vous êtes belles à croquer !

- Merci Alex, tu es trop gentil !»

Et leur sourire rayonnait sur toute la pièce. Jack aussi semblait subjugué, mais Helen entreprit de lui remettre les idées en place :

« Tu as vu, les deux spécimens qui se sont échappées de leur réserve !

- Ah, tu crois Helen ? Pourtant je trouve… que…heu

- Oui, c’est ça, elles ont des avantages à faire valoir ! On dirait deux laitières allaitantes, c’est dégoutant !

- Oui surement ma chérie, bien sûr. »

répondit Jack qui, résigné, baissait les yeux sur les petits seins frémissants d’indignation de sa compagne…

Au regard que Kasey me lança de l’autre bout de la grande pièce je réalisais qu’elle n’avait pas besoin d’être là pour tout entendre…

Même si Helen était souvent caustique, j’étais presque inquiet pour elle car je commençais à réaliser que Kasey ne connaissait aucune limite et qu’elle ne supporterait aucune injustice.

Les deux cousines étaient fascinées par Wikita. Elles avaient déjà entendu des histoires sur le Loup Blanc qui faisait l