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15.06.2008
The Voyage Out

Jennifer descendit se préparer, je me dépêchais de chercher mes affaires pour me changer.
J’étais pressé, un sentiment d’urgence. Plein de choses à faire, une foule de questions à lui poser…
Mes affaires avaient déjà été rangées dans un petit dressing attenant à la salle de bains.
Je pris une douche expresse, un coup de serviette, déodorant, eau de toilette, peigne. Les cheveux courts c’est pratique.
Tiens j’ai une sale tête, des cernes sous les yeux…Je me reculais, de loin, avec le bronzage je faisais illusion.
J’enfilais un pantalon blanc en coton et un polo marron. J’allais m’asseoir sur le lit pour chausser mes Docksides.
Le lit était large et chaleureux avec un joli couvre lit en soie et des motifs Indiens orange et vert. Sur la table de nuit, un livre comme oublié, avec une couverture à l’ancienne.
Mon cœur se mit à accélérer quand je reconnu sur la jaquette un des dessins typiques exécutés par Vanessa Bell pour la Hogarth Press et notamment pour illustrer les livres de sa sœur, Virginia Woolf…
Je m’approchais discrètement de la table de nuit. C’était effectivement une édition des années trente du premier grand roman écrit par Madame Woolf : The Voyage Out
J’ouvris l’ouvrage avec précaution. J’étais ému et je tournais machinalement les pages, je lisais sans lire…
Chapter II : ... The table was cheerful with apples and bread and eggs. Helen handed Willoughby the butter, and as she did so cast her eye on him and reflected, “And she married you, and she was happy, I suppose.”
Dingue, c’était de la vraie magie, comme si Virginia me parlait, m’appelait… C’était si beau et si fort dans mon cerveau…
Je m’allongeais sur le lit et je répétais la phrase et j’essayais de monter ma voix pour dire et redire :
“And she married you, and she was happy, I suppose.”
Le bonheur absolu, voilà j’étais en train de vivre un « Moment of Being » comme disait Virginia, un instant de plénitude.
Merci mon dieu, merci Jenny !
Je me levais d’un bond, j’embrassais le livre et je sortis de l’appartement en courant et en criant comme un fou :
"Jenny, devine ce que j’ai trouvé, Jenny !"
Nous nous retrouvâmes tous en bas dans le grand salon, Kasey était en discussion avec un homme blond, grand et mince, portant cheveux courts et fines lunettes à monture métallique.
Elle me le présenta comme le Responsable du bureau de Boston de l’Agence Fédérale chargé de notre sécurité…
Tim Sailers semblait être un fonctionnaire discret et zélé, connu et apprécié par tout le personnel de la maison.
Tout le monde, sauf... La Maîtresse des lieux qui fit irruption comme une tornade.
Elle se planta à côté de moi et tendit le bras en direction de la porte d’entrée massive et pourtant accueillante…
Je ne l’avais jamais vu aussi glacialement violente. Ses yeux verts magnifiques lançaient des flammes.
D’une voix métallique, elle jeta :
« Out Mr Sailers, you are chucked out ! »
J’ai cru que le pauvre homme allait tomber, balayé par la rafale verbale. Il se tassa légèrement, rentra les épaules et baissa la tête.
Comme s’il se dissolvait, il se glissa vers la sortie sans prononcer un mot.
Tout le monde s’était rassemblé autour de Jenny mais à distance raisonnable, ce n’était pas le moment de la chatouiller ….
Kasey me sourit, cela me redonna courage :
« Mais Jenny, tu ne crois pas, ce pauvre petit fonctionnaire fédéral…
- Ne t’inquiètes pas, il n’est pas à plaindre. C’est le Patron de l’Agence pour toute la Nouvelle Angleterre, et d’ailleurs c’est un très bon officier, on lui trouvera un bon job ailleurs…
- Mais alors ?
- Alors ? Je lui avais interdit de venir ici, c’était simple comme consigne, non ! »
Elle tapa du pied et fouilla dans son sac. Je sentais la pression remonter…
« Bon Jenny, qu’est-ce que tu fais ? Moi, je m’en vais, j’ai envie de sortir, d’aller me promener, tout le monde vient ? Où est Kasey mon Ange Indienne ?
- Je suis là Alex ! »
Effectivement en me tournant de trois quart j’aperçu la petite Indienne qui tenait la main de Jennifer et lui parlait doucement, je crois même qu’elle s’exprimait en Navajo, ce devait être une formule magique comme le Synthol qui apaise toutes les douleurs…
Kasey était toujours égale à elle-même, l’image sereine de la bonté. Parfois je me demandais si elle n’était pas notre mère à tous.
Elle me dit en souriant :
« Allez-y, on vous rejoint dans cinq minutes !"
Elle dit quelques mots à Awitelin en Navajo puis se tourna vers moi, tout sourire.
"Bon tout va bien, tu vas suivre Hayatt, elle connaît le coin comme sa poche !
- Mais Kasey, je ne suis plus un bébé quand même ! »
Jennifer à coté était tordue de rire. Kasey reprit, plus sérieusement :
« Ecoute Alex, on t’a déjà perdu une fois, ça suffit largement ! Tu dois comprendre, j’ai une mère, moi ! »
Je soupirais. Tout d’un coup, j’avais les jambes coupées. Je serais bien monté me coucher.
Bien sûr, Elle. Bien sûr, Elle était là, toujours là. Je fermais les yeux. Ludivine me regardait.
Son image remplissait le ciel. Elle était le ciel.
L’intensité de son regard me bouleversa comme une lame de fond qui m’envoyait au sommet de l’Amour.
Awitelin et Hayatt m’attendaient, elles étaient si gaies et si gracieuses, j’avais envie de m’envoler avec elles, planer au dessus des falaises et m’enfoncer dans le ciel.
Dimanche 8 juin 2008
15:04 Publié dans Virginia | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note


Commentaires
Bonjour Alex :))
J'ai une question !!! STP.
Est-ce que "The voyage out" est traduit en français?
MERCI d'AVANCE Na Ka Thee-Rak...
Ecrit par : Expresso... | 15.06.2008
Yes Princesse des Neuf mondes.
The Voyage Out est le premier roman publié de Virginia.
C'était en 1915, par la Hogarth Press (la maison d'édition créée avec son mari). Virginia avait alors 33 ans.
La version française s'appelle "La traversée des apparences". C'est une traduction de Ludmila Savitsky, parue en 1985 chez Flammarion. C'est l'édition de référence que l'on trouve toujours aujourd'hui en édition de poche chez GF Flammarion, avec une préface de Viviane Forrester.
Je trouve que c'est une merveille, peut être moins "écrite" que les suivants mais il y la force et la pureté de Virginia qui annoncent déjà la suite... J'adore !
Pensées Woolfesques pour ma Sweet Louve
Ecrit par : Your Ananda | 15.06.2008
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