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26.07.2008

All along the watchtower

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En arrivant à la Tour de guet, j’éprouvais un choc. La maison était immense et ressemblait d’avantage à une forteresse qu’à un bungalow de vacances.

C’était une construction ancienne visiblement remise à neuf, bicolore, gris clair et gris anthracite, constituée de briques et d’ardoises.

La Watchtower comprenait trois parties : une tour, sévère comme un donjon, à laquelle était adossée l’habitation principale dotée d’un étage à laquelle était collée une immense dépendance en rez de chaussée.

Rassemblés dans la cour, nous réunissions nos bagages, pendant que Jennifer répartissait les appartements.

Jack et Helen se virent proposer un appartement de cent mètres carrés dans la dépendance où un appartement plus grand d’une cinquantaine de mètres carrés accueillerait Hayatt, Awitelin et Kasey si elle avait envie.

Le personnel de service était logé à l’étage de la maison principale dont Jenny me fit visiter le rez de chaussée.

C’était incroyablement spacieux et luxueux mais sans ostentation.

« Tu vois, il y a deux salons, le premier est une pièce de réception alors que l’autre est plus cosy. Il y a également deux salles à manger…

- Une pour les sandwiches et l’autre pour les vrais repas !

- Eh, comment tu as deviné Alex ? »

Jennifer me prit le bras, ses yeux brillaient. Je la sentais heureuse, dans son élément. Elle m’entraina de son pas élastique :

« Bon, il y aussi une petite bibliothèque, une salle de musique et une salle de jeux…

- Mamma mia, Jenny, c’est pire que le Titanic !

- Mais non Frenchie, tu verras, ce n’est pas si grand que cela… Et puis là, à côté de la bibliothèque, j’ai même prévu un bureau spécialement pour toi.

- Jenny, mais …

- Qu’est ce qu’il y a Alex ? Dis-moi si quelque chose ne te plait pas !

- Mais Jenny, c’est trop, c’est…

- Pas de bêtises. J’ai loué la maison pour toi parce que je pense que tu le mérites, c’est tout.

- Ah bon ! »

Mon ordinateur et mes livres préférés étaient déjà installés dans le bureau, c’était dingue. Je me sentais étourdi.

J’étais imprégné de la beauté capiteuse des grandes pièces sobrement décorées et chaudement arrangées.

Une odeur suave de cire à l’ancienne me parfumait l’esprit.

De tous cotés, mon regard était attiré par le décor sauvage qui vivait de l’autre côté des grandes fenêtres à petits carreaux ceinturant la maison.

Jennifer me prit par la main :

« Allez viens, je vais te montrer ton appartement. »

Le couloir qui traversait tout le rez de chaussée débouchait, après le salon de musique, sur une porte massive qui permettait d’accéder à la tour.

Un escalier en colimaçon pavé de briquettes vernies desservait trois étages. Le premier était vide, je compris qu’il était réservé pour Kasey, le deuxième était pour Jenny qui m’accompagna tout en haut, dans mon nid.

Plus on montait, plus l’air était baigné d’une clarté marine et plus je me sentais léger.

Chaque appartement était constitué d’une chambre spacieuse, avec salle de bain et dressing attenants et d’un confortable salon équipé d’une kitchenette.

« Jenny, c’est le paradis ! »

Jennifer assise sur le canapé du salon, regardait ses pieds, les mains entre les jambes. Je la sentais violemment émue.

J’avais peur de parler, alors je m’assis sur la moquette ivoire, à ses pieds, je posais ma tête sur ses cuisses et j’enserrais sa taille fine et nerveuse dans mes bras.

D’une voix enrouée j’arrivais péniblement à prononcer :

« Jenny, Jenny ! »

La femme qui occupait tout l’espace de cet instant là, posa sa belle main princière sur mes cheveux.

C’était comme une récompense. Je sentais son parfum de lilas. Ses doigts fins massaient doucement ma nuque, comme une initiation, une introduction au désir…

- Oui, Alex, je suis là…Pour toi. »

Dimanche 25 mai 2008

06.07.2008

Phantom of the sea

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Devant la grande maison en pierre, les filles rigolaient, les garçons blaguaient.

Awitelin assise sur un muret serrait la bride de ses sandales. Elle était superbe dans sa robe blanche légère.

Une large ceinture noire mettait en valeur sa silhouette aérienne et ses formes si féminines.

Hayatt s’approcha de moi, un large sourire illuminant son beau visage :

« Alors Français, elle te plait tant que ça ma cousine… Tu es accro aux femmes Navajo, hein Alex, c’est ton point faible ?

- Hayatt, tu es trop mignonne… Alors comme ça, tu es jalouse !»

La jeune femme piqua un fard et fit mine de me flanquer un grand coup de pied.

« Eh attend, Hayatt je t’en prie, tu vas finir par te faire mal ! »

Ses grands yeux noirs me fixaient, interrogateurs…

« Tu exagères quand même Alex, tu profites de la situation pour, pour… »

J’ai bien cru qu’elle allait me pleurer dans les bras.

« Mais Hayatt, voyons, je regardais juste les pieds de ta cousine…

- Tu regardais simplement ?

- Oui, enfin non, tu sais comment c’est… Bon OK, j’admirais ses pieds si fins, si gracieux, si…

- OK, ça va, on a compris, tu es complètement gaga avec ton fétichisme parisien !

- Ah !

- Oui, ça ne s’arrange pas !

- Oh Hayatt, tu es injuste, tu sais bien que si Jennifer n’était pas venu me chercher, je ou plutôt nous, enfin tu sais bien… »

Elle poussa un profond soupir.

« Oui, je sais. Tu m’aimes mais simplement je ne suis que la cinquante troisième sur la liste, what a pity ! »

Je lui pris la main et la portai à mes lèvres. C’est vrai qu’il y avait en elle quelque chose d’émouvant.

Même si sa silhouette était moins aérienne que celle de sa cousine qui avait des allures de danseuse Indienne ou de princesse du Sri Lanka, Hayatt était bien faite, mais en plus il y avait dans son regard mouillé, troublé, curieux, comme une flamme vacillante mais jamais éteinte.

Ses yeux noirs avaient un pouvoir étrange…

Elle posa sa main sur mon bras, en s’appuyant sur moi :

« Tu sais Alex…Le problème… ce sont les femmes… Non ?

- Hayatt, mon Cœur, je t’adore ! Tu viens, j’ai envie de voir le phare.

- Mais les autres sont tous descendus vers la ville…

- Et alors Indienne du 21ème siècle, qu’est-ce qu’il peut y avoir d’intéressant dans une localité qui se résume à un boulevard en bord de mer, avec des restaurants et des boutiques à touristes ?

- Je ne sais pas Alex, les gens peut-être ?

- Ah oui, on va regarder passer les couples gays comme s’il s’agissait d’un défilé de cachalots !

- Alex, tu exagères !

- Oui toujours, c’est la règle chez moi. Allez viens, je suis venu pour respirer l’Océan les yeux dans les vagues pour…

- C’est bon, c’est bon j’arrive ! »

Cette fille là, avec ses grands cheveux noirs, elle avait un sourire à lézarder la muraille de Chine !

Au bout du chemin, le phare, comme une bougie sur l’Atlantique…Grandiose.

Le phare en briques blanches était d’accès libre, planté dans la lande. Une pancarte indiquait une première construction en 1826, puis la Tour actuelle, haute de trente huit pieds qui fut achevée en 1875.

Le phare a été automatisé en 1952 et l’entrée dans la tour est en principe interdite au public.

En fait dès qu’on était avec Jennifer, de près ou de loin, il semble que les règles habituelles ne s’appliquent plus. Aussi je ne fus pas vraiment surpris de voir un homme jeune, athlétique et bronzé sortir du phare pour venir nous saluer en nous proposant de visiter le Lighthouse.

Bien sûr il était habillé en noir et portait des Ray Ban.

Hayatt m’expliqua que c’étaient les gros durs de notre équipe de sécurité qui étaient logés là, car Jennifer ne voulait pas les voir au « Château »…

« Et bien dis donc, on mène une vie drôlement risquée, tu te rends compte Hayatt, une dizaine d’adultes abandonnés tous seuls dans une grande maison, comme ça !

- Heu…

- Ah, je me suis réjoui trop vite… Bien sûr, la normalité ce n’est pas pour nous…

C’est comme ce colonel là, cet Amiral où je ne sais quoi, c’est marrant il semblait parfaitement connaitre…

- Tout le personnel !

- Ah !

- Et oui. Enfin si ça peut te rassurer ils ont une solide qualification de personnel de maison, mais en même temps, ils appartiennent tous à l’Agence…

- Nom d’un… Loup ! »

Tout d’un coup, j’étais songeur. Et si finalement je rentrais dans ma petite bicoque de la modeste banlieue parisienne…

Un petit jardin, une maison sympa au toit pointu et caché derrière : un immense jardin, comme un début de forêt avec une centaine d’arbres, des oiseaux partout, à tous les étages, qui me parlent qui s’engueulent, qui houspillent la chatte obligée dignement de déguerpir…

Just un coup de blues, comme ça en passant.

« Et toi Hayatt et les autres, vous aussi vous faites partie…

- Non Alex, rassure-toi, je suis seulement ton amie et j’en suis assez fière… Non, je sais que ma vie a été épluchée, j’ai été interrogé, ainsi que ma famille. Je suis même passée au détecteur de mensonges…

- Dingue ! Comme dans les films !

- Non Alex, c’est pire.

- Mais pourquoi ils font tout ça, ce n’est pas exagéré ?

- Oui et non. Il faut voir qu’avec les élections à l’élection, ça chauffe pas mal en ce moment.

- Oui j’ai vu ça dans le Boston Globe. Il y a du tirage chez les Démocrates, hein ? je crois que la famille Kennedy soutient Obama contre les Clinton…

- Et bien oui, justement l’équipe de campagne de Barack Obama aurait bien vu Jennifer en colistière...

- Et oui, pourquoi pas ?

- Et bien elle a refusé tout net. Elle ne partage pas l’analyse de la famille et pense que seule Hilary pouvait gagner…

- Donc ?

- Donc elle a proposé que ce soit sa cousine Caroline qui s’engage dans ce combat là.

- Quelle famille ! Bon Hayatt, Sirène Cape Codienne, raconte moi une histoire horrible de marins disparus, de bateaux fantômes, de baleines volantes…

- Et bien c’est vrai. Tu as raison Alex, l'histoire du bord de la mer inclut également des naufrages et le sauvetage.

- Allez raconte !

- Et bien je me rappelle d’une histoire vraie, enfin qui a du arriver, que racontait mon grand père à Martha’s Vineyard.
Cela s’appelait :

Le marin sans rivage.


Mercredi 18 juin 2008

05.07.2008

Rêve de mère

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« Allez Hayatt, raconte le marin sans rivage !

- Et bien mon grand père nous racontait comme ça que ce marin, un fier baleinier, encore jeune patron pêcheur…

- Il a été mangé par une baleine !

- Non Alex, c’est bien pire que ça ! Ecoute-moi bien : C’est la mer. La tempête l’a pris pendant qu’il dormait. En fait il ne s’est jamais réveillé.

- Comment est-ce possible ?

- D’après les témoins qui ont vu la scène, le bateau essayait de rentrer au port, il luttait à mort contre la folie de l’Océan jusqu’à ce qu’une grande vague le rattrape, le ramène en arrière, le retourne complètement et l’engloutisse d’un seul coup dans la fosse marine qui est à deux trois miles de la cote.

C’était un 23 aout. Tous les ans, on dit qu’il revient…

- Ah oui ! Il avait oublié quelque chose ?

- Oui on dit qu’il n’avait pas trouvé sa promise, avant de partir, là où il la retrouvait à la sortie de l’église… C’est triste, tu sais…

- Bon, alors on a perdu la fiancée aussi… Ah je comprends, elle est partie voir ailleurs la…

- Et bien la dernière fois qu’on l’a aperçue, elle était en costume traditionnel et elle se rendait derrière le cimetière, et après plus rien, elle a disparu pour toujours. C’est affreux, non, tu ne trouves pas ? »

Hayatt était si mignonne, là debout dans le vent, elle essuya ses grands yeux noirs, en essayant un sourire…

« Excuse-moi Alex, ce n’est pas ma faute !

- Oui mon Cœur, je sais, le vent, les embruns, cette beauté sauvage me donne le vertige.
Viens, Indienne, on va rejoindre les autres…"

Nous primes le sentier esquissé au milieu de la lande, qui nous amena à l’autre phare, le Wood End Light qui lui est relié à la terre ferme par un breakwater, une promenade de presque deux kilomètres de long.

Le paysage était exceptionnel, c’était comme si on était en haute mer. Quand on était là dominant l’immensité bleuté des flots, on comprenait mieux pourquoi les habitants appelaient Wood End l’Extrémité de la Terre !

A travers le parfum salin je voyais briller les yeux d’Hayatt, je suivais la démarche souple et ondulante de son corps bronzé, je me sentais bien, en vacances, de nouveau.

Je repensais à sa voix chaude qui me racontait l’histoire du Marin sans rivage. J’avais envie de la réentendre, de comprendre…En même temps, progressivement un rêve de la nuit précédente me revenait :

J’étais là avec ma chemisette mauve à rayures, blanches, vertes et violettes. Il faisait beau.

Il faisait chaud, 28° à l’ombre, il faisait bon. La mer était comme un lac, en plus clair, une sorte de bleu émeraude.

Je mis l’embarcation à l’eau, il me semble que c’était un voilier léger, type dériveur. La mer était si calme que je me voyais, je me sentais partir au bout du monde.

J’ai du m’assoupir ou penser fort à quelqu’un d’un autre monde.

Quand je suis revenu sur l’eau, j’étais assis sur le tableau arrière d’un canot en plastique.

sur le banc de nage, au milieu de l’esquif une jeune femme blonde à taches rousses grelottait de froid.

Elle se mit à farfouiller dans le coffre moulé en creux dans la coque arrière, à la recherche de chaussures.

Sa combinaison de plongée était bien trop grande pour elle, notamment le bas où ses pieds flottaient.

Attend, je vais regarder avec toi.

Je me levais et allai m’asseoir sur le banc à côté d’elle Ses cheveux longs et blonds étaient mouillés, défaits, elle était trempée.

Le coffre était pratiquement vide, il ne contenait rien pour la réchauffer. Son visage me bouleversait, je la pris dans mes bras et je la serrai très fort contre moi pour l’enlever au froid.

Au bout d’un moment elle leva vers moi son visage mince et ses grands yeux bleus apeurés.

Je l’embrassais éperdument, je léchais les gouttes salées sur ses lèvres, sa bouche était chaude, contre moi je sentais son corps se réchauffer.

Quand je revins à moi, j’étais dans une petite chambre aux murs transparents, à l’ambiance grise, légère, vaguement triste.

La femme que j’embrassais avait le nez pointu et le regard perçant, ce n’était plus la même, je ne l’avais jamais vu alors que j’étais sûr de connaître ma blonde inconnue. Et alors…

- Oui, et alors ?

- Et bien Jennifer était penchée sur moi. Machinalement, maladivement je tendis les lèvres pour attraper le bout d’un sein tendrement offert et je tétais goulument.

- Et alors ?

- Et bien elle me tint serré contre sa poitrine en ébouriffant mes cheveux et d’une voix basse elle me demanda :

Alors Alex, c’est bon, ils te plaisent mes seins ?

- Oui Jenny, c’est trop bon, tu sais, ils sont salés…

- Alors, c’était ça ! »

Et Hayatt éclata de rire en s’accrochant à mon bras.

Mardi 24 juin 2008

04.07.2008

Ensemble

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Il faisait bon, il faisait doux. Nous étions installés sur la terrasse du premier étage au Rooftop Café.

Le ciel prenait des teintes roses et grises que j’imaginais exotiques.

Maintenant tout était redevenu normal, animé et bruyant comme dans une station balnéaire amusante et recherchée.

Par contre, à notre entrée dans le café j’avais ressenti une intense impression de silence, comme une sorte de gêne confortable.

Et puis, dans l’escalier, nous avons croisé deux gaillards grands et blonds, habillés de polos noirs et de Ray ban et j’avais compris la raison d’un tel blackout dans un endroit qui, cinq minutes auparavant avec le regard de la rue, semblait si joyeusement animé, festif.

On s’habitue à tout et c’est vrai que je commençais à ne plus accorder trop d’attention à ces particularités entourant l’existence de Jenny.

C’est vrai qu’ici, plus qu’à New York ou ailleurs, je m’apercevais que Jenny était une célébrité, une des femmes les plus recherchées des Etats Unis.

Le Directeur de l’établissement se fit un plaisir de nous mener à notre table sur la terrasse qui était bien sûr réservée.

Mes amis semblaient contents d’être là et cela me faisait du bien de les écouter discuter joyeusement pendant qu’on nous servait des mets apéritifs à la présentation originale et soignée.

Je dégustais une cuvée spéciale de Jack Daniel’s, avec la robe ambrée et l’arome inimitable du Tennessee Whiskey.

J’avais faim et je fis honneur aux innombrables appetizer, aux salades variées et je me régalais de délicieux nachos.

Jennifer m’accompagnait avec un étonnant Cabernet Sauvignon du Cape Cod, il me semblait voir des étoiles dans ses yeux.

« Ca va Jenny, tu n’es pas trop fatiguée ?

- Tu rigoles mon Chou, c’est ma première journée de vacances depuis trois ans et tu es là, alors !

- Excuses-moi Jenny, mais tu te donnes toujours tant de mal pour que tout soit parfait ! Nerveusement, ce doit être usant, non ?

- Oh, tu sais… J’ai l’habitude et puis tout ce que je fais pour toi, je le fais pour mon propre plaisir, tu comprends Frenchie ?

- Yes American Woman, yes. Mais des fois je me dis que si tu étais moins riche, moins intelligente, moins belle, moins…parfaite !

- Et alors si j’étais pauvre moche et conne, ça changerait quoi ? Tu me ferais le coup de la grenouille ou du prince charmant ! »

Maintenant, elle se moquait de moi :

« Hey Alex, tu caches bien ton jeu, tu dois être un genre d’intello social démocrate qui s’extasie devant les pauvres ouvrières en haillons, non ?

- Tu as raison, je ne suis qu’un pauvre con !

- Et alors, la suite c’est… »

La voix de Jennifer était tendue, aigue, l’expression de son visage était dure et affolée en même temps.

Je levais les yeux vers elle. Je tournais le large verre vide entre mes mains.

J’avais envie de le poser sur la table basse devant mon fauteuil mais en même temps j’en aurais bien pris un autre.

A vrai dire, je ne savais pas trop. Je sentais les larmes venir dans mes yeux et ma gorge se serrer.

Jennifer s’avança au bout de son siège pour me prendre la main :

« Qu’est-ce que tu veux faire, Alex ? »

Les mots s’entrechoquaient dans ma bouche, les larmes brouillaient ma vision…

"Alex, tu veux partir ? »

Je m’agenouillais près d’elle et je hochais la tête :

« Je veux rentrer à la maison…

- Oh, mon chéri, pardonne-moi, je suis si maladroite, viens-là…»

Je m’empressais de poser ma tête sur ses cuisses bronzées, sa peau était douce et chaude.

Sa main dans mes cheveux était légère, je pensais à ma mère.

Quelle délivrance de tout oublier comme ça de plonger dans le rien, absorbé par la tendresse millénaire d’une femme qui donnait la vie qui redonnait la force, l’envie.

Je me redressais au bout de quelques minutes :

« Merci Jenny, merci »

Elle me serra dans ses bras, elle sentait si bon et j’étais si bien le visage enfoui dans la tiédeur de son cou de satin.

Ensuite, à ma grande surprise, elle redressa ma tête et ses lèvres se jetèrent sur les miennes avec la folie de l’amour.

C’était sucré, c’était nacré, c’était divin, c’était…

J’étais bouche bée…

« Mais Jenny… C’est la première fois que tu m’embrasses comme ça, et en public, et c’était… incroyable ! Tu m’as embrassé comme si tu m’…

- Oui Alex, je sais. Je crois que je t’aime !

- Jenny, Jenny, dis moi-moi ce que tu veux que je fasse, Jenny !

- Et bien, si ça ne te dérange pas, on va diner ici, ça ira plus vite, et puis après…

- Après, Femme trop belle ?

- Après, nous rentrons nous coucher !

- Yes Jenny, nous rentrerons ensemble !

- Oui Alex, nous dormirons ensemble."

Mardi 1er juillet 2008

03.07.2008

Vent d’est

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En atterrissant le pilote nous annonça qu’il était 17h 01, que la température au sol était de vingt quatre degrés Celsius et que le Provincetown Municipal Airport était battu par un vent d’est instable.

Nous étions à l’extrémité du Cape Cod, souvent représenté comme un bras replié, donc nous étions sur la face Est du poing, à l’opposé de la ville de P-town, comme disent les gens d’ici.

Le pilote nous salua réglementairement à la porte principale de l’appareil dont il maintenait les turbines sous pression pour pouvoir repartir sans trop attendre.

L’Aide de camps qui nous était attaché fit un signe de la main à un jeune officier féminin qui semblait diriger les opérations derrière la baie vitrée panoramique du poste de contrôle.

Il nous conduisit au Parking où nous attendaient deux grosses Range Rover Sport HSE, l’une argentée et l’autre couleur sable.

Le jeune garçon semblait pétrifié d’admiration devant Jennifer. Je ne pu réprimer une exclamation :

« Mince, il est amoureux de Jenny, ce militaire là ».

Jenny lui caressa la joue distraitement puis le congédia d’un sourire très comme il faut. Le jeune aviateur devint rouge comme ses cheveux et se retint de courir pour rejoindre son aéronef.

Jenny me regarda à travers les rayons rasants du soleil déclinant.
Je l’observais intrigué, me demandant si j’allais lui faire la gueule ou oublier…

Et puis Helen et Jack s’approchèrent de Jennifer et ils commencèrent à parler des baleines, de la meilleur période pour les observer et…

Ils montèrent dans la voiture couleur argent, où Lena et Angelo étaient déjà installés, je suivis les cousines et Kasey dans la Range beige qui démarra aussitôt.

Au moins avec Jenny, il n’y avait pas de souci, les voitures étaient toujours équipées d’un conducteur. Avec son aide, Kasey fit pivoter le siège avant de 180 degrés, pour me faire face.

« Mamma mia, Kasey, c’est un vrai salon ici !

- Alors, qu’est-ce que tu en penses Alex, j’avais dit à Jenny qu’elle te plairait !

- Et bien, il ne faut pas être trop difficile, je crois que vous avez choisi ce qui existe de mieux!

- Bon je suis contente. Tu sais on ne voulait pas de ces grosses berlines noires, on a préféré un style plus discret… »

Hayatt approuva :

« c’est sûr que par ici les voitures tous terrains ou tous chemins sont plutôt banales même si la plupart sont moins raffinées que celles-ci. »

Awitelin qui était assise entre nous ajouta à voix basse :

« Même les chauffeurs ne ressemblent pas aux brutes épaisses des services officiels, le pantalon blanc et le blazer camel ça change des gars tristes en noir, et puis… »

Elle baissa encore la voix :

« ils sont carrément bronzés et je trouve… »

Kasey lui faisait signe de se taire et en même temps ne pouvait s’empêcher de rire.
Dans le rétroviseur nous vîmes notre chauffeur nous adresser un grand sourire.

« Bonjour Mesdames et Monsieur, je m’appelle Jim, je suis officier dans le corps des Marines, pour vous servir !

- Hello Jim, Hello ! Heu vous savez où nous allons ? C’est encore loin ?

- Et bien comme vous le voyez nous tournons le dos à la plage de Race Point, nous traversons la lande typique du National Seashore dans cette extrémité du Cape Cod et nous allons nous arrêter tout de suite là sur la droite au Province Lands Visitor Center qui est en quelque sorte le Quartier Général touristique de cette région.

- OK, merci Jim, à tout de suite. »

Nous descendîmes prestement de la grosse voiture, les deux cousines cherchèrent les toilettes tandis qu’avec Kasey nous regardions les différentes cartes du Cape. J’étais surtout intéressé par les phares…

« Je crois qu’il y en a sept en tout, hein Kasey, toi qui sais tout, Petit Ange !

- Non, mon Frenchie préféré, il y en a huit en tout, dont trois par ici !

- Merci Madame l’Aviatrice ! »

Jenny éclata de rire, Kasey se retenait…

« Mais Alex, tu es… tu es jaloux, c’est ça ? »

Je haussais les épaules :

« Et bien, je ne vois pas ce qu’il y a de si drôle ! »

J’essayais de me concentrer sur les cartes, mais Jenny était contre moi, suspendue à mon épaule. Je sentais la respiration de son corps, le parfum de ses cheveux d’or, je…

« Oh, Jennifer »

Je sentais mon sexe durcir jusqu’à devenir douloureux, je regardais Jenny dans les yeux.

« Tu sais Alex, moi je trouve ça bien que tu sois jaloux, comme ça… »

Elle baissa les yeux, constata mon érection et me gratifia d’un sourire étincelant. De l’ongle de son index tendu, elle suivit la forme qui imprimait une telle tension à mon bas ventre.

« Alex, je crois que ton pantalon est trop serré ! »

J’esquissais un sourire entre mes dents :

« Je crois aussi, Jenny, mais c’est un peu tard pour me changer !»

Elle se hissa sur la pointe des pieds, je sentais sa bouche contre mon oreille, elle murmura :

« Ca te fait mal ?

- Oui Jenny, ça fait mal, mais ça va passer…

- Mon pauvre chéri ! »

Elle planta ses griffes dans mon bras gauche et quand je me tournais vers elle pour lui dire que tout allait bien, elle déposa un baiser tendre, tiède et mouillé sur mes lèvres étonnées.

« Mais Jenny ! »

C’était si rapide et si bon. j’aurais voulu, je ne sais pas, la retenir… mais déjà elle s’éloignait radieuse, ajustant sa chevelure roussoyante.

Elle m’envoya un baiser et s’adressa à ma petite voisine :

« Kasey, tu le surveilles bien, je n’ai pas envie de le perdre… »

Elle marqua un temps d’arrêt en levant la main devant les yeux…

« Cet homme là ! »


Mardi 13 mai 2008

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