25.08.2008

Marianne

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Nous rentrâmes doucement, en tanguant dans le vent. Les nuits devenaient fraiches.

J’étais un peu gris, posément euphorique. Jennifer était franchement surexcitée.

Tous les vingt mètres elle s’arrêtait de danser et s’accrochait à mon cou pour remettre la bride d’une sandale.

« Oh, Alex !

- Oui femme, si femme, tu…

- Je peux ôter mes chaussures ?

- Non, Ange de la nuit, surement pas ! Et tes pieds alors ! Tu n’y penses pas ?

- Mes pieds, mes pieds… »

Et elle s’éloignait en riant de mon émoi. Elle remuait son magnifique derrière, et des étoiles me venaient dans les yeux…

Elle stoppait et posait mutine. Son regard brillait dans le vent de la nuit.

« Alors Gros Matou, alors que fais-tu ?

- Jenny, Jenny, quelle folie !

- Oui je sais, Mon Lapin, moi aussi ! »

Je la sentais si électriquement heureuse que j’étais presque effrayé de l’imaginer fragile.

Elle sentit mon trouble, se dressa sur la pointe des pieds et embrassa mes paupières fiévreuses.

« Viens Alex, tout va bien, viens avec moi. »

Quand nous arrivâmes dans le grand salon, la maison semblait déjà chaleureusement habitée.

Un bon feu brulait dans la grande cheminée et le Maitre d’hôtel qui veillait sur tous nos désirs avec la discrétion la plus attentive avait servi des alcools rares et des jus de fruits de provenances certifiées.

Malgré l’insistance de Jack, je repoussais héroïquement la charge du whisky de maïs arrivant directement du Kentucky :

« Tu as tort Alex de ne pas goutter cette merveille ambrée distillée dans le comté de Bourbon !

- Merci Jack mais j’ai déjà trop mangé et trop bu. Je vais demander à Sylvester de m’apporter un café et pour toi Jenny ?

- Et bien, pour respecter la tradition de la Nouvelle Angleterre, disons… Une bière de gingembre, s’il vous plait Sylvestre, merci !

- Mais bien sûr Madame Watt-Myers, tout de suite Monsieur. »

Dans un autre coin de l’immense salon, j’entendais de la musique qui finissait.

Hayatt, Awitelin, Kasey, Helen et Lena assises sur un somptueux tapis bordeaux et brun regardaient sur l’écran géant le final d’un concert à Montreux ou peut être Montréal.

Pendant que Jennifer attendait sa boisson traditionnelle de la Nouvelle Angleterre, je rejoignis les filles, Jack me suivait.

Je ne pouvais m’empêcher de chantonner, j’avais toujours dans la tête l’air du « Partisan » comme un océan de notes basses et vibrantes :

Oh, the wind, the wind is blowing,
Through the graves the wind is blowing,
Freedom soon will come ;
Then we'll come from the shadows.


Sur la chaine câblée, le show était terminé. Les filles se mirent à remuer et se retournèrent d’un coup quand Jack enchaina avec le refrain de « So Long, Marianne » :

So Long, Marianne, it’s time that we began
To laugh and cry and cry and laugh about it all again.


Les filles prises par l’émotion faisaient les chœurs.

Jennifer qui nous avait rejoints avec Angelo n’était pas la dernière à chanter.

J’adorais sa voix avec des accents de cristal et de métal, ce soir elle était légèrement cassée, humaine, simplement…

Ses yeux brillaient, ses cheveux resplendissaient, l’assemblée était sous le charme de son corps élégant et lascivement félin.

Je n’étais pas vraiment jaloux des regards intéressés, mais…

Angelo réclama un toast à Jennifer, les autres s’enthousiasmaient. Alors Jenny leva son bras gauche et d’un gracieux mouvement de la main demanda notre attention :

« Bon, ce n’était pas prévu, mais pour nous réjouir d’être là, tous ensemble, nous allons porter un toast à Léonard Cohen,

un poète avant d’être un chanteur.
Un homme un peu fou. »

Jennifer souriait à la ronde, nous étions sous le charme de sa voix ample et déliée.

« Suzanne, Nancy, Marianne
Un homme qui aime les femmes. »

La voix se brisa, Jennifer était trop émue, elle me regarda les yeux mouillés et murmura en se jetant dans mes bras :

« C’est un homme comme toi ! »


samedi 19 juillet 2008

Commentaires

il y a de l'amour partout dans ces lignes.
Tendresses Jean.

Ecrit par : pseud | 26.08.2008

Yes, yes, yes
l'amour for ever.
C'est marrant, car une lectrice fidèle vient de me dire que j'avais l'air très amoureux de Jennifer et que je la connaissais sûrement... J'aimerai bien !
L'amour, il n'y a que ça de vrai.
Je t'embrasse très fort

Ecrit par : LaPorteSansPorte | 26.08.2008

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