04.09.2008
Suzanne

En sortant sur le trottoir, il était difficile de ne pas voir l’attroupement autour de la Cadillac rose garée juste en face devant un grand bar de type saloon.
Tous les membres de notre équipée à l’exception de Kasey qui chantonnait et serrait fort ma main, commentaient l’incident de la soirée.
La star mondiale du rock était arrivée dans un flot de décibels.
Le grand coupé rose était conduit par une belle brune aux cheveux très noirs et de notre terrasse nous entendions les barrissements de la rock star portant bottes, chapeau de cowboy et inévitables lunettes noires.
L’arrivée triomphante du phénomène musical, qui semblait en tenir une bonne, fut gâchée par le service de sécurité qui lui interdit l’accès à l’étage où pourtant il avait ses habitudes.
Après une longue alternance de palabres sonores et de silences méditatifs, le héro de l’Amérique et du monde moderne fut autorisé à venir saluer Jennifer.
J’étais curieux de voir l’idole de ma fille ainée que je trouvais plus petit et râblé qu’à la télé.
Il faut dire qu’être encadré par deux gardes blonds d’un mètre quatre vingt dix de haut et cent kilos de large cela permet d’adopter un point de vue très relatif…
Jennifer se tourna vers l’arrivant qui se jeta à ses pieds. Tout le monde se tu pour mieux regarder.
« Tiens, tiens, ce cher Paul, quelle bonne surprise !
- Ah, Madame Watt-Myers, quel honneur…
- Voyons mon cher, finalement nous sommes entre Irlandais, non ? »
Elle avait défait ses sandales et au bout de ses jambes croisées, se balançaient ses magnifiques pieds si fins et si bronzés.
Le chanteur mondialement adulé se pencha pour saisir un des pieds qui le narguaient :
« Si vous permettez, Madame ? »
A ce moment là un frisson glacé me parcourut la colonne vertébrale, instinctivement, en plein désarroi, je remuais vigoureusement et négativement la tête.
Jennifer intercepta mon signal et se retourna aussitôt. L’entretien était terminé.
La star mondiale pris par son élan pur malt avait basculé le visage en avant pour embrasser le plancher.
Complètement abasourdi il se laissa entrainer par les deux colosses vêtus de noir. Il me semble avoir entendu des sanglots…
Sur le chemin du retour Jack se mit à chanter le refrain de « The Partisan » la chanson immortalisée par le poète chanteur de Montréal :
« Oh, the wind, the wind is blowing,
Through the graves the wind is blowing,
Freedom soon will come ;
Then we'll come from the shadows. »
Qu’est ce que c’était bon de marcher comme ça dans la nuit, sous les étoiles du Cape, entourés par l’Océan qui nous accompagnait joyeusement dans de grands éclats blancs.
L’air était humide et chargé de sel, je respirais.
Awitelin et Hayatt étaient venues m’enlever Kasey qu’elles avaient chargé de négocier la visite de nuit des phares avec le responsable de la sécurité qui se tenait à dix bons mètres en arrière.
J’avais retrouvé Jennifer qui marchait fièrement, qui avait les mains gaies et qui recommençait à rire.
Je la frôlais sur l’étroit chemin, je l’évitais, je la touchais et pour finir elle se frottait carrément contre moi.
J’avais déposé ma veste de lin sur ses épaules dénudées et elle se retournait sans cesse pour m’appeler de ses yeux de fée, avec ce regard incroyable des femmes quand elles sont nos mères, quand nous sommes tout pour elles.
Jeudi 17 juillet 2008
19:05 Publié dans Virginia | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note


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