27.09.2008

Il fait nuit.

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Etude pour Salomé dansant par Gustave Moreau



Il fait nuit.



Les arbres commencent à se parler.

Assis sur le banc, au fond du parc, je regarde les yeux de l'obscurité.

Je me sens entouré d'un frôlement virevoletant.



Gaspard, les oreilles dressées, lit le discours des chauves souris qui font leur marché.

Lui c'est un loup qui me sert de chien.

Depuis qu'il m'a entendu parler à l'If qui domine le centre de la propriété, il me regarde différemment.

Comme d'habitude il me laisse boire mon café tout seul, je crois qu'il se réserve pour le cognac.



La nuit est toute noire, entièrement noire, elle nous berce.

Nous attendons. Gaspard s'est assis sur le banc, sur moi, aussi.

Ses yeux noisettes sont cerclés d'or.

Il regarde droit devant.

Je me demande lequel de nous deux est le plus fou.

Nous attendons.



Je l'ai vue un soir, dans le train de nuit qui me ramenait de la lande celtique à ma petite banlieue.

J'écrivais un conte pour l'anniversaire d'une de mes petites sorcières et c'est son histoire qu'elle a écrit avec moi.

Elle est là, quelque part, en moi.



Après deux cognacs chacun, je sens que Gaspard me parle.

J'ai du mal à respirer ses paroles.

En plus il me donne de grands coups de sa grosse queue en panache.

Il se lève brusquement et commence à faire les cent pattes devant le banc.

J'inspire un bon coup et je me laisse aller contre le dossier galbé.

Les yeux fermés, j'entends chanter la nuit.



- Puis-je m'asseoir à côté de ton maître ?

Le loup baissa la tête, enfouis son grand museau dans l'herbe humide et poussa un soupir qui fit sursauter les hérissons invités et les loirs logés au château.




- Enfin, elle est arrivée, je vais pouvoir dormir, se dit Gaspard en jetant un dernier regard envieux sur son maître endormi.



La brise était tombée, les chauves souris couchées.

La Princesse Noire veillait.


Le 6 janvier 2002

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