28.09.2008

Oublions la nuit - Suite

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Femme couchée dite la Femme au divan noir par Jean-Jacques Henner



Je te rêve et j’envie ton sommeil.

J’aime te voir si sereine.

Toi qui est si activement douce,

si décidemment féminine.


Ce que je préfère en toi,

ce sont tes défauts.

Les légèretés de ta vie

que tu prends très au sérieux.


J’aime ta gaîté et ta façon de te moquer

de toi même et de moi aussi,

quand tu oublies

comme je suis susceptible.


J’aime penser à toi la nuit ;

t’imaginer endormie

partagée entre la force et l’envie.


J’ai envie de ton parfum

et des odeurs que j’ai inventées

pour les pièces de ta maison.

27.09.2008

Oublions la nuit

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Quelques lignes encore,

juste pour ne pas aller dormir.

Le merveilleux brouillard de la nuit

m’aspire et m’étire.


La lumière douce d’un abat jour rouge

ventile mes sensations.

La nuit je vis.

Je ne pense pas, je ne pense plus.


Pas le temps. Et puis la nuit

c’est pour les choses sérieuses,

les sentiments de la vie.

Même la chatte est couchée.


Pourquoi pas moi,

Je ne sais pas.

J’ai sûrement trop envie de me balader,

de visiter tes insomnies.

Il fait nuit.

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Etude pour Salomé dansant par Gustave Moreau



Il fait nuit.



Les arbres commencent à se parler.

Assis sur le banc, au fond du parc, je regarde les yeux de l'obscurité.

Je me sens entouré d'un frôlement virevoletant.



Gaspard, les oreilles dressées, lit le discours des chauves souris qui font leur marché.

Lui c'est un loup qui me sert de chien.

Depuis qu'il m'a entendu parler à l'If qui domine le centre de la propriété, il me regarde différemment.

Comme d'habitude il me laisse boire mon café tout seul, je crois qu'il se réserve pour le cognac.



La nuit est toute noire, entièrement noire, elle nous berce.

Nous attendons. Gaspard s'est assis sur le banc, sur moi, aussi.

Ses yeux noisettes sont cerclés d'or.

Il regarde droit devant.

Je me demande lequel de nous deux est le plus fou.

Nous attendons.



Je l'ai vue un soir, dans le train de nuit qui me ramenait de la lande celtique à ma petite banlieue.

J'écrivais un conte pour l'anniversaire d'une de mes petites sorcières et c'est son histoire qu'elle a écrit avec moi.

Elle est là, quelque part, en moi.



Après deux cognacs chacun, je sens que Gaspard me parle.

J'ai du mal à respirer ses paroles.

En plus il me donne de grands coups de sa grosse queue en panache.

Il se lève brusquement et commence à faire les cent pattes devant le banc.

J'inspire un bon coup et je me laisse aller contre le dossier galbé.

Les yeux fermés, j'entends chanter la nuit.



- Puis-je m'asseoir à côté de ton maître ?

Le loup baissa la tête, enfouis son grand museau dans l'herbe humide et poussa un soupir qui fit sursauter les hérissons invités et les loirs logés au château.




- Enfin, elle est arrivée, je vais pouvoir dormir, se dit Gaspard en jetant un dernier regard envieux sur son maître endormi.



La brise était tombée, les chauves souris couchées.

La Princesse Noire veillait.


Le 6 janvier 2002

La Princesse noire

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From the Dark Side, 10 décembre 2004



La princesse noire sort de la nuit.

Elle monte une fière jument, toute de noire vêtue.

La princesse noire descend des étoiles,

Elle dévore la vie et tout ce qui sourit.



La princesse noire est née d’un trou noir.

Elle dévore les enfants des galaxies, des naines brunes.

La princesse noire sort de la poussière de l’Univers.

Elle nous aime tous, pour nous emporter.



La princesse noire vient de se poser dans le cercle sacré.

Les petites fées celtiques lui sourient.

La sorcière noire regarde l’herbe puis les arbres.

Le vent se lève, la pie céleste vient de s’envoler.



Les petites filles s’endorment, les cheveux flottant dans leur rêve.

Sur la commode de leur chambre, sous le ciel des étoiles,

Une plume frissonne, verte et noire.

Demain, c’est la pleine lune, les fées et les sorcières

Feront la ronde des nuages.



Demain c’est le printemps. Nous habiterons chez les oiseaux :

Pies querelleuses, merles beaux siffleurs, pigeons ramiers dodus,

Etourneaux étourdis, rouge-gorges jardiniers.

Tout ce beau monde fera son marché, surveillé d’un œil

par la garde des corneilles.



Ca sera la fête des oiseaux, le carnaval des plumes,

Le circuit des ailes, le premier bal des papillons.

Tiens, la Princesse noire ronronne derrière les carreaux.

Maintenant, c’est une chatte ; c’est une autre histoire.

Nuits et Princesses

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Un thème un peu récurrent,

avec une dominante,

le noir, brillant et parfois tranchant.


J’ai retrouvé trois textes,

trois short cuts des années 2002 – 2003,

parfois un peu tragiques.


Cela me fait penser à un cri,

dans la nuit.

Je l’entends encore,

ici et là.


Eole, tu n’es pas là,

mais j’ai très envie

de te dire, ici,

au milieu de la nuit

immensément noire

que j’aperçois une porte rouge,

entrouverte…



Samedi 20 septembre 2008

24.09.2008

LA ROUTE BLEUE fin

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Béatrice se laissait bercer par le ronronnement des réacteurs.

C’était la première fois qu’elle prenait l’avion.

Après la poussée du décollage, elle s’était sentie plus calme.

La stabilisation horizontale de la carlingue l’avait rassurée
et c’est d’un œil blasé qu’elle découvrit la merveilleuse blancheur
de la chaîne alpine.

Quand l’hôtesse lui proposa du café, elle sentit l’émotion,
car le liquide noir dans le gobelet en plastique lui rappelait
avec force pourquoi elle était là, entre ciel et nuages.

Elle se rappelait cet homme qui buvait du café et qui écrivait.

Il la regardait et ses mains devenaient molles.



« te rappelleras-tu, petite fille, la voix de cet homme que tu écoutais te décrire un algorithme de séduction qu’il construisait devant toi, avec toi.

Béatrice tendait ses mains et sa vie vers lui.

Je ne voulais pas qu’il s’arrête de parler, j’avais pour moi le mécanisme de cette intelligence qui n’est qu’à lui et j’aimais le voir édifier sous mes yeux les murs du jeu de l’Amour et de la Vie et c’était pour moi.

Quand il me prenait dans ses yeux et que la folie du plaisir et de l’angoisse s’abattait sur moi, je comprenais que je devais m’éloigner et je cherchais la porte.

Mais j’étais avec lui et c’était ma place, près d’un homme. »




Béatrice desserra l’étreinte de ses mains nouées.

L’avion avait atterrit. Une angoisse sourde ralentit ses gestes,
elle sortit la dernière.



Arrivée en bas de la passerelle elle se mit à courir, elle n’avait plus le temps de se demander si elle était assez belle, si son ensemble gris lui plairait.

Elle traversa la douane et s’arrêta seulement après avoir franchi les portes vitrées du hall d’entrée.

Elle fut éblouie par le soleil.

Une Lancia gris métallisé attendait.

Charles était là.

Ses yeux criaient son nom avec cette force qui n’est qu’à lui.



Béatrice lui tendit sa valise.


- Tu m’attendais ?


C’était la première fois qu’elle le tutoyait.


Charles lui prit la main et, sans rien dire l’emmena.

LA ROUTE BLEUE suite n° 5

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Mon cœur se serra, mes mains décrochèrent le combiné.
Je savais que c’était elle.

Une mer de douceur et d’amertume me submergea et encore
une fois, je m’enfuis dans la cuisine, déposer mes larmes
sur Francesca qui les séchait en embrassant mes yeux.



- Francesca ! dis moi pourquoi, pourquoi ?

- Tu dois attendre Charles, tu dois attendre.
Maria n’était pas prête pour t’aimer.
Sa vie est dans son travail et son travail c’est la vie, c’est Maria !

Tu sais Charles, même avec sa serviette en crocodile et ses tailleurs Chanel, Maria est une diva.
Elle ne s’appartient pas.
Elle ne donne pas, elle irradie.
Elle est chez elle dans le cœur de tous les hommes.



Charles recommençait à pleurer en silence.



Francesca essayait de se concentrer sur l’omelette qui cuisait.
Charles avança lentement et se laissa glisser à genoux contre Francesca, debout devant la cuisinière.

Perdu dans ses larmes, il se raccrocha à elle, en agrippant ses jambes.
Francesca pivota lentement vers lui et lui caressa la tête, en la serrant contre son ventre.

Charles entoura sa taille de ses bras et se serra très fort
contre la chaleur et le parfum de la robe noire.
Avec la détermination timide d’un enfant, il ouvrit la robe
de Francesca et appuya sa joue mouillée contre le ventre
doux et brûlant.



Francesca sentait monter en elle un déferlement de tendresse pour cet homme qu’elle admirait tant et qui se donnait à elle avec autant de confiance.

Elle attendit quelques minutes, après avoir éteint le gaz, ses mains tremblaient quand elle prit la poêle pour les servir tous les deux.

Charles se laissa traîner vers la petite table.
Il ne s’assit pas en Face de Francesca, simplement il déposa sa tête sur ses genoux.



Elle essayait de le faire manger mais il n’avait pas encore faim, elle non plus d’ailleurs et elle repoussa son assiette.



Charles était calmé mais il avait envie d’être un enfant jusqu’au bout.
Il se redressa un peu et à la fois avec sa tête et ses mains il défit le haut de la robe de laine.

Elle le regardait émue et surprise.
Ses bras le long de la chaise étaient inertes.
Sa poitrine lui faisait presque mal.

Charles dénuda les épaules douces et blanches de la femme qui ne disait rien.
Il prit dans ses mains les seins lourds et écrasa sa tête contre le cou de Francesca.
Le cœur de Charles bouillonnait, il ne pouvait pas parler.

Il serra plus fortement les seins de Francesca, offerts et épanouis dans ses mains, il l’attira vers lui.
Francesca cria un gémissement, elle donna et elle prit les lèvres de Charles en empoignant ses cheveux.



Avant de s’endormir, Charles s’excusa de sa sauvagerie de la nuit.

Francesca lui sourit.

- Charles, la tendresse ne se mesure pas.
Tu auras toujours la mienne et je suis contente que tu ais besoin de moi.
Dors maintenant, mon garçon.



Charles abandonna son corps.

Dans son demi-sommeil, il crut entendre la sirène stridente
de l’hydroglisseur qui traversait le lac.

Il se demandait si la petite fille viendrait.



Elle seule avait lu tous ses manuscrits et c’est elle qui en avait fait des livres.

Cette fois-ci, c’était différent et ils le savaient tous les deux.

Il écrivait pour elle.

LA ROUTE BLEUE suite n° 4

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Le parfum de Lys de Francesca s’approcha du canapé sur lequel il avait assis son corps et couché sa tête.


Quand il entendait la voix de Francesca, si belle et si riche il en fermait les oreilles de plaisir.


De nouveau, dans le contre-jour des chandeliers éteints,
la musique de feu d’artifice flamboyait pour lui
dans les yeux noirs et toujours mouillés de Francesca.

Ils étaient près l’un de l’autre.

Dès le premier jour il avait écrit pour elle.

Elle était sua sorella.

Voyant Charles, désespéré et disloqué par son amour fou, Francesca lui avait simplement caressé la joue en lui parlant doucement, comme à un petit enfant qu’il était près d’elle.


Depuis six mois, ils partageaient la grande maison au dessus du Lac Majeur.

Il ne savait pas exactement ce que faisait Francesca.

Elle voyageait souvent, mais il l’avait toujours vue peindre.


Avec lui, elle parlait très peu.

Quand il l’avait connue, Charles, malgré ses connaissances grammaticales, ne comprenait pas l’italien, et il n’éprouvait pas
le besoin de parler, il était si bien entre Francesca et Maria,
il admirait leurs mots et leur ton, la vivacité et la fantaisie
de leur langue.

Elles parlaient avec leurs yeux et leurs mains, d’elles et des autres et j’étais captivé par le rythme et l’harmonie de l’italien.


Depuis ce printemps de soleil, Charles avait appris avec frénésie et il parlait italien presque couramment, mais Francesca semblait ne pas le savoir.


Parfois ses grands yeux traversaient Charles en l’oubliant, tout en caressant ses cheveux.


Alors, je lui prenais doucement les mains et je les embrassais tendrement.

Francesca s’abandonnait et puis se réveillait en s’éloignant de mes yeux endormis.



J’avais une reconnaissance infinie pour cette femme si belle dont je savais peu de choses, sauf qu’elle avait toujours été près de moi quand, transpercé par les silences et les absences de Maria, je criais au secours.


Le téléphone me dérangea.

Francesca était repartie, je l’entendais chanter tout en préparant notre dîner.

LA ROUTE BLEUE suite n° 3

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Demain était là.

Charles était dans le soir.

Debout sur la petite terrasse du salon,

il était dans le lac.



La musique électronique d’Oxygène lui fermait les yeux

avec une volupté électrique.


Il était comme toujours, ouvert à ses émotions,

impassible devant le monde.


Il portait les femmes qu’il aimait, qu’il avait aimées.

Elles étaient toutes là, ce soir,

avec lui baignées dans le brouillard bleu.


Il se sentait ému et angoissé.

Il n’avait plus peur pour lui maintenant.

Il devait avoir 36 ans, déjà ou bientôt.

Il ne cherchait plus à savoir.


Il était nerveux car il devait préparer son cours

pour ses étudiants qui l’attendraient le lendemain

à l’Université de Côme.


La musique devenue syncopée le dérangeait

et il traversa le grand salon noir de musique

et tourna le bouton.


Il avait envie de crier, d’être et de sortir.

LA ROUTE BLEUE suite n° 2

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Réveil,


Après deux heures de cauchemard, j’ai mal aux os, j’ai chaud et j’étouffe.

Je vais ouvrir la fenêtre et groggy, vidé par ce combat perdu, je cours chercher ma boîte de biscuits Lazzaroni.


Dehors le lac est calme, le vent agite un peu les rideaux de la chambre et j’aperçois une lueur sur les îles Borromées en face de la maison.


Les images reviennent dans la tête de Charles, c’est chez ses parents, près de Paris.
Il y a beaucoup de monde dans la salle à manger, autour de la table.

Toute ma famille, même mes frères et mes sœurs que je vois si rarement.


Maria est là avec tous ses amis italiens, avec son mari.
Son amant aussi est près d’elle.
C’est une fête et je ne sais pas exactement pour quoi.


Je regarde autour de la table, Maria n’est plus là.
Je me lève comme un fou pour aller la chercher.
Mon frère me dit que je me suis endormi et qu’elle est descendue dans le jardin pour continuer la fête.

Je cherche à les rejoindre, dévalant l’escalier et rebondissant contre les murs. Je me sens hagard et je me cogne à plusieurs personnes.
Je m’en prends violemment à mon père qui est toujours derrière moi, j’ai dû frapper quelqu’un, j’espère que ce n’est pas lui.
Plusieurs fois je réussis à la retrouver et de toutes mes forces je la tire vers moi, contre moi, en lui criant que je suis là.


Je reconnais à peine son visage, éclairé d’alcool et arrondi par la flamme des bougies qui dansent.
Elle a bu et me reconnaît à peine, je remarque stupéfait, qu’elle porte une couronne sur la tête.

Je ne vois pas son amant romain mais son mari n’est pas loin d’elle, sérieux et préoccupé, mais satisfait.
Je lui crie encore une fois que si elle ne vient pas avec moi je ne la reverrais plus.
Elle ne comprend pas.


- Mais Charles, je suis la reine ce soir, c’est mon anniversaire !
Toi tu dois être sage et moi je veux m’amuser.


Sa robe me surprend. Tout le haut est transparent et laisse voir ses seins mouillés, collés contre l’étoffe.


A chaque fois que je l’atteints, ses amis la reprennent.
La dernière image que je garde d’elle est celle d’une reine couchée aux pieds des lilas blancs, les mains jointes sur sa poitrine et riant de tout l’éclat de ses yeux de nuit.


Le champagne et ses amis dansaient autour d’elle.
Je remontais dans la salle à manger, presque vide, ma mère me proposa les quelques gâteaux qui restaient et j’en pris deux ou trois dans ma main.


Je me suis réveillé gémissant, l’épaule gauche pleine de douleur, abruti de souffrance. La haine venait.

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