08.10.2008

Sommeil

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Déshabillé, j’attendais sur le lit. Je m’exerçais à rentrer le ventre. Je pensais à plein de choses, je me sentais entre deux eaux.

Envie de lire, d’écrire, de me rewoolfer et puis Jenny qui était là, pas loin, sûrement dans la salle de bains.


C’était délicieux de penser à elle, juste avec le cerveau du parfum, le mélange olfactif jenniférien, tellement subtil.

Je me levais pour aller chercher un livre de Virginia, Melymbrosia que je venais juste d’acheter.

C’était agréable de se promener nu dans la grande pièce haute de plafond, pour mieux respirer, sûrement.

J’empilais deux-trois oreillers et je m’allongeais avec Virginia. Il faisait à peine chaud mais je me sentais tous les courages.

Je n’entendais plus aucun bruit, j’attaquais l’Introduction by Louise DeSalvo :

« In June 1910, Virginia Stephen entered a nursing-home at Twickenham for a rest cure. She had not been well since March, when she was finishing the draft of her first novel, Melymbrosia, presented in this volume. »

Je sentais déjà la magie opérer, les mots de Virginia arrivaient,
je sentais la trépidation de mon être comme si ma colonne vertébrale était montée sur ressorts.

Peut être la fatigue aussi…
J’avais entendu une porte quelque part, j’étais en partance pour le ciel et j’avais des visions d’enfer.

J’imaginais Jenny demi-nue devant le lavabo en pierre dans la grande cuisine, elle regarde la nuit à travers la fenêtre à petits carreaux, elle déguste un verre d’eau, habillée d’un simple débardeur et d’une paire de sandales.

Elle a chaud, elle est troublée de sentir la moiteur entre ses cuisses. Elle ferme les yeux et imagine un homme nu dans la cuisine, Jack venu se rafraichir.

Elle entend sa respiration, il parle d’un air dégagé ou complice, déjà ?

Elle pourrait se retourner, elle aurait envie de regarder, toucher, peut être ?
Mais c’est déjà trop tard, elle a accumulé trop d’envie, ça sera bientôt fini, elle ne criera pas trop fort…


Pensif, je caressais la couverture en papier glacé ornée du visage d’une jeune fille des années Vingt.

Au début je croyais qu’il s’agissait d’une simple nouvelle mais j’avais fini par comprendre que Melymbrosia était la première version du « Voyage Out » le premier roman de Virginia publié
en 1915.

J’étais songeur. Je fermais les yeux au moment où la porte s’ouvrit et se referma. Jennifer s’approcha à petits pas, elle s’assit sur le lit et prit ma main.

Je la sentais trembler. Elle commença :

« je, je vais bien t’expliquer, hein, tu veux bien ? et puis après on verra, hein… Enfin, tu me diras ! »

Ses yeux brillaient d’excitation et d’émotion.

Ma voix était plus grave que d’habitude :

« Je sais tout Jenny, je sais. Alors…

- Alors, alors… Tu veux dire que c’est trop tard, trop, enfin… »

Sa voix était débordée de sanglots réfrénés et de larmes irréductibles, de spasmes indisciplinés. Elle était prise de hoquets de douleur.

Elle s’agenouilla par terre au pied du lit, elle était blanche, les yeux cernés, son beau collier de nacre à moitié dégrafé.

« Alex, tu me pardonnes, Alex tu sais combien…

- Oui, Jenny, je sais, je croyais savoir… je croyais.

- Bon, bon, je vois… Euh, tu préfères rester seul ?

Oui, tout à fait. Bonne nuit Jenny. »

La femme si belle qui était presque dans mon lit, se leva, les chaussures à la main.

Elle passa machinalement l’avant-bras sur le bout de son nez.
Elle reniflait dignement et s’éloigna comme une ombre.

« Bonne nuit mon chéri ! A demain !

- Merci Jenny, dors bien. »

Je m’allongeais, en fermant les yeux.

« De toutes façons, ce n’est pas une femme pour moi. Trop belle, trop riche, elle est bien trop bien pour un type comme moi. Je l’ai toujours su. Toujours."

Au bout de quelques minutes je rejetai la couette et je me levai en rageant.

« Nom d’un chien, je n’ai plus envie de dormir ! »


Mercredi 24 septembre 2008

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