24.10.2008
UN HOMME MARCHE 19ème épisode

Paris, 31 mai,
Le petit Gianni était si heureux en s’approchant de la source claire
qu’il ne fit pas attention au gros chat noir
qui se lissait le pelage.
D’ailleurs, l’animal s’était déplacé pour mieux profiter du soleil.
Gianni avait l’habitude de côtoyer les chats et les chiens
à moitié sauvages et errants qui peuplaient les montagnes.
Il était arrivé le dernier,
il pensa que c’était à lui de se présenter et de parler le premier.
« Je m’appelle Gianni et je suis le meilleur marcheur de l’école de San Pietro.
Et toi, Gatino, comment t’appelles-tu ? »
L’enfant se rapprochait de la flaque de soleil,
pour sécher ses cheveux ébouriffés.
Arrivé à trois mètres de la terre chauffée, il s’arrêta,
ses jambes refusaient de continuer.
Gianni avait vu le regard d’un bleu flamboyant qui l’attendait.
Gianni était incapable seulement de prier.
Il sentit la terre vaciller et frémir sous ses petits pieds bouillants
et il s’affaissa sur les genoux puis, lentement,
son corps bascula sur le côté où il resta enroulé,
comme pour le défendre.
Rosy ne bougea pas.
Elle dressa simplement les oreilles, prête.
Elle se lécha les babines et tira sur ses moustaches.
Ma,
elle en avait vu d’autres,
sur la piste du chapiteau de l’Impérial Circus.
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UN HOMME MARCHE 18ème épisode

Paris, 31 mai,
Ce matin là, jour du Saint patron de San Pietro,
petit village niché au flanc des Abruzzes,
Giovanni Alberto, 11 ans, était parti vers la colline.
Son père et sa mère discutaient dans la suite,
Clara, la grande sœur, repassait son chemisier
et le chien, Diego, digérait ses spaghetti matinaux.
« Tu ne t’éloignes pas trop, Gianni ! »
lui cria sa sœur.
« Non, non, Claretta, je reviens dans cinq minutes ».
Le chemin était libre.
Il faisait bon.
Les oliviers parfumaient la campagne.
C’était le 12 mai.
D’après les journaux locaux, c’est à 9h30
que se fit sentir la première secousse,
suivie d’une vague d’ondulations et de plissements.
Gianni ne s’était pas trop inquiété.
Sur la petite colline du Mont Cassino qu’il gravissait,
l’onde de choc s’était heurtée à la base.
Il avait senti comme une grande ondée de vent chaud et de poussière
qui faisait plier les arbres en contrebas du sentier.
Mais, tout à son effort de robuste marcheur,
il ne se laissa pas distraire.
Après tout, il était petit fils de montagnard,
il ne pouvait donc qu’avancer.
L’air était de plus en plus sec
et c’est avec une grande joie qu’il atteignit le but de son escapade.
La petite terrasse ombragée où coule la source de la Madone,
dernière étape avant le sommet.
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17.10.2008
UN HOMME MARCHE 17ème épisode

Paris, 30 mai,
Après avoir parlé, il vous regardait d’un air terrorisé,
prêt à dire aussitôt le contraire
de ce qui venait de glisser de sa bouche.
L’encadrement avec un grand C était plutôt masculin,
des apparences d’hommes, ternes, gris et froids.
Du genre : « Ne vous dérangez pas monsieur le Président,
j’ai encore du cirage dans ma voiture et …
- j’ai toujours ma brosse à reluire sur moi »
ajoutait un autre précipitamment.
Douceur de la vie et tendresse de la pierre.
Les oiseaux chantaient quelque part,
derrière la tête de Stéphane, assombrie de sommeil.
C’était un drôle de jour et pourtant,
c’était un lundi comme beaucoup de lundi,
avec une sorte de flou un peu amer,
de la première cigarette dans la voiture surchauffée
et du café avalé trop vite.
Retranché dans son bureau. Il veillait.
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UN HOMME MARCHE 16ème épisode

Paris, 30 mai,
Stéphane se transformait dès qu’il sortait de sa voiture
garée dans la petite cour de l’hôtel particulier.
Il rajustait machinalement son nœud papillon et se raidissait.
Il essayait de ne pas faire trop de bruit pour ne pas effrayer
toutes les bonnes dames de la maison.
Il n’y avait pratiquement que des femmes qui travaillaient là.
A côté des chefs de bureau qui étaient un peu guindées
ou rassises.
On trouvait tout ce qu’on voulait,
de la pin up
montée sur talons aiguilles,
à la brave mère de famille.
Elles étaient dévouées à la banque et elles faisaient
ce qu’elles pouvaient, comme disait toujours le Président.
Bien sûr, elles étaient souvent absentes,
mais avec les femmes, vous savez bien ce que c’est !
Quand elles n’ont pas mal au ventre,
elles tombent enceintes et quand elles reprennent le travail,
c’est la dépression qui les guette.
Je crois que c’est le métro surtout qui les fatigue,
disait toujours Merton, le sous chef du personnel,
en clignant les yeux et en ravalant sa salive.
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16.10.2008
UN HOMME MARCHE 15ème épisode
Le bureau du peintre Gustave Moreau
Paris, 29 mai,
Le porte-documents noir lui fit penser à la banque.
Très peu d’employés l’avaient rencontré,
mais tout le monde disait de lui
qu’il aimait les femmes, qu’il travaillait beaucoup
et qu’il buvait du café à longueur de journée.
Cybille déposa un merveilleux baiser dans les cheveux noirs
et se leva avec douceur et courut dans la cuisine.
Quand Stéphane se réveilla, il vit la tasse de café
qui fumait tranquillement, près de son lit.
D’un geste habituel, il porta la tasse à ses lèvres
et bu le liquide noir et acre.
Un peu fort, mais pas mauvais, se dit Stéphane.
Du bruit dans l’entrée, des pas et une belle voix
douce qu’il ne connaissait pas dit :
« Je m’en vais, je reviendrai ».
La porte claqua.
Stéphane eut l’intention de prendre une cigarette,
mais il se retourna sur le dos.
La photo de Priscilla semblait lui parler.
Il étendit le bras et la mit devant ses yeux.
Il fixait les yeux noirs qui le prenaient.
Après cet instant, la tête retomba en arrière sur l’oreiller,
il serra le cadre sur son ventre et s’endormit en gémissant :
« Où es-tu Priscilla ? Viens ».
Le lundi arriva, traînant la semaine derrière lui,
molle des jours à venir et blanche du printemps
qui se cachait derrière le vent,
dans les marronniers.
Stéphane était heureux, à sa place,
dans la vieille maison centenaire et lustrée.
Le cristal de Venise qui descendait du plafond
de la grande salle de réception
faisait toujours briller les yeux des visiteurs.
La petite banque se portait bien.
La gestion de grand père de famille,
chère aux administrateurs irritait parfois Stéphane,
mais à son poste de Secrétaire Général,
il ne s’occupait pas de l’absence de stratégie de la maison.
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UN HOMME MARCHE 14ème épisode

Paris, 29 mai,
La maison était silencieuse.
Aucune idée de l’heure.
Cybille se dirigea rapidement vers l’entrée,
qu’elle dépassa.
Elle aperçut le petit bureau, sans vie,
et remarqua que la chambre de Stéphane
était pleine de dessins de feu d’une beauté saisissante.
Elle s’attendait presque à trouver
quelqu’un d’autre dans la chambre,
cette femme si présente…
Cybille s’assit sur le bord du lit.
Son cœur battait très fort.
Le corps de l’homme, roulé en boule,
était abandonné, le visage caché dans l’oreiller.
Elle s’étendit près de lui
et osa prendre les cheveux bruns,
brillants et soyeux, dans sa main de petite fille triste.
Elle caressa doucement et longtemps les cheveux
et finalement elle eut l’impression
que le corps de l’homme se détendait.
Elle avait envie de s’occuper de lui, mais comment ?
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UN HOMME MARCHE 13ème épisode

Paris, 29 mai,
Debout devant la petite table,
elle aimait le vrai désordre
de cette très grande pièce,
pleine de lumière et de douceur.
Elle vit, pour la première fois,
de petits livres posés aux pieds des photos.
Elle prit le dernier de la pile.
Il était gris, écrit par Stéphane bien sûr.
« La femme panthère » disait le titre
et les yeux noirs de la photo montraient qui était la panthère.
Cybille sentait les griffes de la femme qui s’approchaient.
Mais c’étaient aussi les roses et le chat
qui la repoussaient hors du fauteuil.
Elle s’assit sur la moquette violette
et prit une cigarette sur la table.
Pourquoi est-ce qu’il ne fume pas des gauloises ?
Ca serait plus simple !
Elle retourna le paquet de MS
et vit qu’il venait d’Italie.
En le remettant sur la table,
elle aperçut une carte de visite, à ses pieds.
Elle se pencha et lu :
« Des épines au lieu des griffes, mais du même Amour ».
C’est peut être son anniversaire,
mais comment savoir ?
21:00 Publié dans Short Cuts | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
UN HOMME MARCHE 12ème épisode

Paris, 28 mai,
La cuisine était petite et donnait sur une pièce peinte en noire,
éclairée par une sorte de rampe lumineuse.
De sa place, elle retrouvait la même photo
de la même femme que dans le salon.
Cette femme qui regardait, lui faisait peur.
Pourtant, en même temps,
elle sentait une envie irrésistible
de la voir, de la connaître, de l’entendre.
Elle était sûre qu’elle la verrait bientôt
et qu’elle aurait peur
de cette femme qui la fascine.
Dans la cuisine, rien de plus,
sauf trois boites en fer, peintes,
représentant des chats noirs et blancs.
Cybille se sentait fatiguée.
C’était plutôt agréable cette sensation de fatigue.
Elle croyait l’avoir oubliée.
Elle retourna dans le salon,
sans oser s’aventurer dans la pièce noire et brillante.
2 Commentaires
( ?) (2.7.05 10:55)
Stéphane voit des chats partout.
Je suis un peu larguée malgré tout...
LPSP (3.7.05 00:36)
Tu as raison, moi aussi, sur ce coup là, la tête commençait à me tourner.
Je ne sais pas ce que j'avais quand j'ai écrit ça, un grand coup de pompe,
ou de whiskey, je ne me rappelle pas.
Le chat noir était bien là. C'est sûr, ce chat c'était un vrai mystère, tellement il était sauvage.
Une femme était partie, d'autres venaient, le chat regardait...Comme je te regarde now.
20:00 Publié dans Short Cuts | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
13.10.2008
UN HOMME MARCHE 11ème épisode

Paris, 28 mai,
Cybille savait maintenant pourquoi cet homme
qu’elle ne connaît pas
a toujours les yeux verts rouges.
Elle ne l’avait même pas regardé ce matin, à la Banque,
quand il lui a dit de venir le voir, à la Direction.
Elle ne se rappelle pas très bien le bureau,
juste les nombreux crochets sans cadre, sur les murs nus.
La voix douce et chaude lui avait dit :
« Je n’ai rien à vous dire,
je veux simplement vous montrer
que je sais que vous êtes là. »
Cybille n’avait rien dit,
elle attendait de pouvoir continuer à attendre, ailleurs.
Il n’avait pas paru surpris de son silence.
Il avait dit aussi :
« Je considère que je suis au service des salariés
de cette maison, autant qu’à celui du Conseil d’administration. »
Elle n’avait pas oublié cette phrase là.
Elle pensait en sortant du bureau,
un fou, un menteur ou un homme,
tout simplement un homme.
Cybille se leva.
Il aurait pu penser « comme une chatte »,
s’il n’était pas déjà si embarrassé avec les roses.
Elle s’élança du côté opposé à l’entrée
et elle se trouva dans la petite cuisine.
Frustrée de ne pas savoir,
elle s’assit, la tête entre les mains.
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UN HOMME MARCHE 10ème épisode

Paris, 28 mai,
Le chat aimait les couleurs et appréciait le jeu des contrastes.
C’est pourquoi, il était un peu triste,
de ne plus jamais voir Myrtille, la seule femme
qui ait réussi à le faire loucher.
Elle avait un œil vert et l’autre noisette.
Elle était douce avec lui,
mais quand elle le prenait dans ses yeux,
il s’affolait et avait très soif, d’un coup.
C’était le bon temps quand même,
maintenant tout était changé chez Stéphane,
le chat ne voyait plus que des femmes qui lui ressemblaient,
avec les yeux noirs, les cheveux noirs,
elles avaient même sa démarche.
Au début, il s’était réjouit de voir des félines
dans la grande maison vide,
mais elles ne venaient pas souvent
et la maison restait longtemps vide.
Quand Stéphane rentrait le soir,
il se couchait tout de suite,
ou alors il restait des heures,
plongé dans le silence d’un fauteuil.
Il ne pouvait plus aller dans son bureau
pour jouer avec le papier et les stylos,
l’homme n’écrivait plus.
Pourquoi ses yeux sont-ils rouges,
tout le temps, maintenant ?
18:30 Publié dans Short Cuts | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note

