22.11.2008
JULIE 6ème épisode

Rêverie par Jean-Jacques Henner
Il lui sourit, pour la première fois,
- alors tu as une vocation de femme d’argent ?
- Oui, répondit Julie je veux être une sorcière.
Elle rejeta sa belle chevelure rousse en arrière
et le regarda droit dans les yeux, comme avec défi.
Les Yeux de l’homme qu’elle avait bien vus verts
étaient maintenant d’un gris de cendre.
Elle eu une sensation étrange comme de se sentir
enveloppé dans quelque chose qui l’isolait du monde.
Il semblait là et nulle part, dans son monde.
Julie se sentait bien, elle n’avait plus envie de partir,
mais il était tard, et elle n’avait rien à manger
et elle devait encore acheter le cadeau de sa tante, et…
Il se redressa et lui sourit légèrement :
- Grande Fille, je crois que tu es bien tombée.
- Mais ….
- Chut, Tu apprendras.
23.2.05 16:22 1 Commentaire
Julie (23.2.05 17:44)
Tout bonnement adorable ! Ta connaissance géographique,
passée au mixer littéraire, est plus que divertissante.
Pas tombé si loin pour mon père mais :
tu me vois vraiment en femme d'affaire, doux Alex Alexandre ?
(cela me fait un peu penser à l'Humbert Humbert de Nabokov).
La philologie romane n'a vraiment pas grand chose à voir avec les sous.
T'es trop mignon, viens sur mes genoux que je te donne des bonbons
Bises, Julie
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JULIE 5ème épisode

Paris by Saul Leiter
Il la regarda fixement, l’air intéressé :
- oui, non, je ne sais pas, tout va bien,
mais ça va très mal quant même.
Ben voyons, se dit Julie, ça m’apprendra à m’occuper
de mes bonbons (au miel).
Elle dit :
- Ah !
C’était mal parti, mais finalement il lui raconta toute l’histoire.
Son chien, qu’il avait trouvé du côté de chez Proust, Max,
le chien pas Marcel, s’appelait en vrai Ionak du Combray.
Voilà, comme sa fille aînée s’appelait Oriane
à cause de la Duchesse de Guermantes
et comme pendant plusieurs années
il avait eu une copine à Commercy,
qu’il ne connaissait pas mais
qu’il aimait quant même beaucoup.
Elle ne comprenait rien et elle faisait des efforts
pour ne pas rire trop fort.
En fait il était trop émotif,
le fils de champion du monde,
unique Reproducteur de catégorie A,
le plus beau se sa génération,
classique quoi.
C’était arrivé bêtement,
quand ses filles sont revenues de vacances,
il s’est tellement excité de partout,
qu’il est mort dans la nuit.
Boum, a dit la vétérinaire, attaque cérébrale.
Quand elle vit la photo de la bête réellement très belle,
elle fronça les sourcils et demanda :
- Et la race, c’est quoi comme race ?
- Un berger belge, un Tervueren.
- Ah mais ça change tout, c’est chez moi, là-bas…
Ils s’assirent à une table munis d’un deuxième café
et elle commença à lui expliquer que son père,
le patron d’une grande marque américaine de voitures,
ne parlait jamais d’automobiles mais toujours de financement,
de business plan et de choses comme cela,
et c’est ça qui l’avait décidé à faire Sciences Po,
où parait-il, on forme l’élite de la banque.
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JULIE 4ème épisode

Le contact avec la porcelaine chaude
de sa tasse de chocolat lui fit du bien,
dedans, dans tout son être. Elle ferma les yeux.
Elle était revenue chez elle.
Julie pensait à son paradis perdu,
à sa petite ville d’Aywaille
dans la banlieue de Liège.
C’était son pays à elle, au cœur des Ardennes belges,
au milieu du Pays où l’on n’arrive jamais,
décrit par André Dhôtel le magicien des Chroniques fabuleuses.
Tout à coup, derrière un coin du journal grand ouvert,
elle aperçut une corbeille non vide,
le nid qui abritait deux petits croissants tout recroquevillés.
Elle était comme hypnotisée.
Le prof de Finances replia Le Monde,
accueilli son regard et lui proposa les croissants.
Aussitôt en action, comme une louve téméraire
mais toujours prudente,
elle était devant la corbeille, polie, froide, souriante, distante.
Elle se sentait bien, à sa place et puis elle se rappela les nuages
qui assombrissaient le regard de l’homme.
Sortant de sa réserve loupesque, elle lui demanda
- comme elle avait vu faire à sa mère lors d’un dîner mondain -
genre « question triste avec le sourire qui tue »,
à moins que ça ne soit l’inverse.
- Vous n’avez pas l’air d’aller bien fort, je me trompe ?
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JULIE 3ème épisode

L'Automne par Gustave Moreau
Elle sortit et, pour organiser sa soirée,
décida de faire une halte au café
du début de la rue Saint Guillaume,
là où tous les matins elle n’avait qu’envie de s’arrêter,
dévorant des yeux les croissants et les pains au chocolat
offerts à la tentation de sa gourmandise,
car elle était presque en retard, tous les jours,
elle courait elle s’énervait elle râlait.
Et tous les jours elle arrivait essoufflée en cours,
et tous les jours elle se disait il faut que ça change,
je vais devenir un modèle d’organisation.
Rien à faire, de seulement s’imaginer en exécutive woman
rigoureuse et le reste, elle ne pouvait s’empêcher
d’éclater de rire si fort qu’elle en pleurait de bonheur.
Debout au comptoir elle fut prise d’un violent coup de blues,
le café lui sembla triste, presque désert,
même les croissants étaient partis.
La rue était grise, les immeubles étaient gris, les arbres …
partis depuis longtemps,
les pauvres on les comprend
Paris ce n’est quant même pas Rome ou Barcelone,
c’est du gris, de la pierre, du gris de la pierre,
du gris et des merdes de chien.
Voilà, Ca c’est Paris !
Julie soupira, elle se sentait comme une petite fille,
perdue, abandonnée.
Elle n’en finissait plus de se demander
ce qu’elle faisait là,
au milieu de tous ces étrangers pressés
qui ne la voyaient même pas.
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JULIE 2ème épisode

Le prof las et imperturbable continuait de parler de ses projets
impersonnels en avenir incertain,
hypocritement et imperceptiblement, il alignait les équations
qui devenaient inégales ;
ri > rs + ( rm - rs) ßim
VAN = Somme de t=0 jusqu'à n des Ft / [ (1+ rs + λ ß) t] > 0
Avant de conclure par cette conclusion hautement concluante :
« Cette formulation est théoriquement imparfaite car le bêta
et le prix du risque ne sont pas obligatoirement stables
sur une longue période ».
Ca valait bien la peine de se donner tout ce mal,
pour en arriver là, se dit Julie en s’étirant comme une chatte
urbaine (qui sait s’étirer sur un tout petit périmètre).
Elle rangea son cahier et sa trousse dans son élégant
sac à dos en cuir noir.
Fatiguée mais contente d’être libérée de ses obligations,
elle salua joyeusement le prof songeur,
fit un détour par la péniche, au cas où sa copine Véro
serait dans le coin…
Rapidement elle constata que personne de connue
ne vivait en ses lieux.
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JULIE 1er épisode

Souvenir de Bruges
Paris, 22 février,
Pour une fois, la rue était calme, devant l’entrée
de l’Institut d’Etudes Politiques.
Une feuille se promenait en zigzaguant et en tressautant,
juste comme ça, sans rien de vraiment troublant.
Pourtant, la jolie petite feuille semblait inquiète. Tremblante,
elle se recroquevilla contre la bordure du trottoir.
Une jeune femme apparut flamboyante dans les rayons
du soleil, léchures de flammes sur l’horizon.
Julie Dardenne était aussi rousse que sa mère était brune
profonde et que son père était blond flamand.
L’appariteur avait à peine finit de lui rendre son sourire
énergique qu’elle était en train de s’installer à sa place.
Elle ouvrit son cahier Notebook Clasmax System en même
temps que le professeur commençait à parler.
Le silence était pathétique.
Les étudiants commençaient à virer au gris voire beige.
Certains bouche ouverte et regard perdu semblaient
hors de toute respiration.
Julie serra les poings et respira profondément.
Pendant que les courbes se courbaient éperdument
sur le grand tableau blanc
et que les formules mathématiques lui percutaient les neurones…
La relation fondamentale du modèle d’équilibre des actifs
financiers (MEDAF) commençait à onduler sous ses yeux :
(rm - rs)/σm = (ri - rm) / [ (σim - σ2m) / σm ]
Qu’on l’écrive ri = rs + λσm
ou encore : ri = rs + ( rm - rs) ßim
Cela ne changeait pas grand-chose pour elle ni à sa relation
avec ou entre l’écart type d’un portefeuille et le nombre de titres
inclus dans ce portefeuille.
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Julie, Maya et les autres

On pourrait ajouter Vixen, Breizhie
et quelques autres qui ont traversé
ma vie, comme des éclairs de beauté,
de grâce et d’insouciance.
Ce sont des textes pour rendre hommage
à l’irrésistible séduction des femmes.
Une sorte de piège éternel
dans lequel je retombe
avec toujours autant de plaisir.
C’est comme un cœur qui bat
sont vous pourrez deviner
les soupirs et les murmures.
C’est de la passion en phrases
sans larmes, mais parfois
il reste des traces.
Comme le souvenir
de Breizhie
qui me brûle encore.
Dimanche 19 octobre 2008
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