21.07.2009

Mots de l’année 3 - Mots de mai

Yellow Scarf 1956.jpg

Yellow Scarf par Saul Leiter en 1956

 

 

Le 2 mai

 

Dans une période où le chômage devenait une constante,

 

le personnel de la société serrait les fesses.

 

Quand Arthur parla du Comité d’entreprise,

 

il ne reçut que des réponses très évasives à ses questions.

 

 

Et puis, il comprit que le règne de la terreur

 

avait fini par conduire ces bonnes brebis

 

à s’autocensurer et à renoncer

 

à toute élection de représentant du personnel.

 

 

Le pire moment de la journée devint rapidement

 

l’heure du repas qui était pris dans un réfectoire

 

où la Direction trônait sur une grande table

 

sans qu’il puisse y avoir d’échange avec le personnel.

 

 

Arthur avait compris tout de suite

 

qu’il eut été indécent

 

de prendre ses repas à l’extérieur

 

et il se sentait ainsi, réquisitionné, tous les jours.

 

 

 

Le 7 mai

 

Dans les débuts, Arthur travaillait beaucoup

 

et il pensait qu’il faisait du bon boulot.

 

 

Cependant, tous les rapports, toutes les études

 

qu’il présentait, n’étaient pas appréciées par son Directeur

 

qui avait la haute main sur tout le courrier

 

qui ne sortait jamais de l’entreprise

 

sans avoir été corrigé deux ou trois fois de sa main.

 

 

Le printemps passa ainsi,

 

avec des feuilles et du soleil sur les trottoirs.

 

Les terrasses des cafés étaient aussi pleines,

 

mais Arthur se posait sérieusement des questions.

 

 

Dans sa tête s’opposaient le oui et le non,

 

le pour et le contre,

 

la question primordiale était :

 

combien de temps ?

 

 

Tenir, durer, raccourcir la présence par autre chose, ailleurs.

 

Justement, le point faible c’est qu’il n’y avait plus d’ailleurs.

 

Arthur n’écrivait plus, il sortait

 

presque tous les soirs avec Agathe et des copains.

 

 

De la fatigue artificielle,

 

pour nourrir un corps sans dessein.

 

 

Cette année là,

 

Agathe prit ses vacances en Août.

 

 

Pedro avait une maison de campagne

 

qui était un bungalow au bord d’un lac,

 

à une vingtaine de kilomètres de Paris

 

et Agathe y passait le plus clair de son temps.

 

 

Parfois, en fin de semaine,

 

Arthur partait la rejoindre.

 

 

En fait, il changeait d’air,

 

accompagné de sa mélancolie

 

qui lui paressait bien douce

 

à côté de son univers de travail sordide.

 

 

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