26.04.2009
Poussière B (4)

Dans la chambre donnant sur le jardin magique,
Je m’étends sur le silence.
De l’autre côté de la vitre, des insectes et des oiseaux,
ils sont là, ils habitent et ils meurent là, près de moi.
C’est la vie éternelle, la vie rêvée.
Un instant, le temps se fige.
J’arrete de penser à toi.
Alors de l’autre côté de la vitre,
la mouche que je regarde, me regarde.
Je crois qu’elle a fait un signe.
Je réponds qu’il n’y a pas de message aujourd’hui.
Poussière de l’Inutile.
La porte se referme.
A quoi bon sonner.
Bien sûr, c’est la vie.
La sonnette est détraquée.
Le couvercle de la poubelle se referme.
La poussière d’espoir part au recycloir.
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Poussière B (3)

Gagné ! Elle est rentrée,
elle se rappelle à peine que j’essaye d’exister.
Je surnage, je pagaie et je rame.
Je mets un point d’honneur
ou d’autre chose à ne pas pleurer.
Elle verra comme je suis fort, elle verra…
Je ne sais pas si elle pourra voir grand chose,
quand elle aura balayé la poussière de ses pas.
En fait, c’est la première fois qu’on me dit :
Tiens, toi tu es mignon, tu es une poussière…
Mais il y a plus beau encore, si, si…
C’est que la vieille poussière
de quelques mots en lambeaux
va être remplacée par …
de la poussière neuve des vacances !
Tout d’un coup, là je me sens vachement important.
Je vais sortir marcher dans la bonne poussière
des trottoirs d’ici, je me sentirais moins seul,
on pourra se parler, s’embrasser entre particules grises,
on doit avoir des choses à se dire.
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Poussière B (2)

Sisters
Au moins pendant ce temps là,
je ne pense plus à toi, c’est déjà ça.
Notre grande maison de famille est toujours là.
Sans changement, sauf quelques fusains
qui sont une variété de troènes, remplacés ici et là.
Mon père, mon grand-père se tenaient là.
Quelles époques ! Ils ont été riches
et ont fini pauvres.
Ils sont morts quand mêmes,
mais pas plus que les autres !
C’est l’été.
Je suis rentré chez moi.
J’ai acheté un pain de campagne.
Les princesses ont aimé leur repas,
mes filles, mes amours…
Je le savais, c’est comme ça.
je l’ai même écrit :
« Elle va rentrer, elle m’aura oublié. »
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Poussière B (1)

Ce matin, comme tous les matins,
depuis un mois, un peu plus maintenant,
je me suis réveillé en pensant à toi.
Ce matin, le soleil était gris.
Je suis parti raccompagner ma mère, à Montrouge.
Les boulevards des Maréchaux encombrés
de la chaleur bruyante des travaux.
Ma mère a eu un grand coup de blues rétroactif
en voyant les rails du tramway.
Elle se rappelait quand elle allait en vélo,
voir une copine à Asnières.
Parfois, elle glissait sur les rails
qui étaient partout dans Paris.
C’était juste après la guerre et,
comme elle dit, troublée par ce progrès circulaire :
« j’ai l’impression que tout recommence,
comme avant, il y a soixante ans. »
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Partance B (6)

Denfert Rochereau.
Avant, c’est ici que je venais prendre le train
pour rejoindre Annie à Palaiseau.
Quand j’allais au Lycée Lavoisier,
c’est souvent là que je changeais de bus,
le 68 de Montrouge contre le 38 du Châtelet.
Un monde de souvenirs…
J’aurais dû rester en Calabre.
Sérieusement, j’y ai pensé.
Pour quoi faire ?
Vous allez tout de suite me demander !
Rien, justement.
C’est ça qui est beau.
J’envisageais de rester en Calabre,
pour ne rien faire.
Réfugié politique de la vie,
croisé de la connerie.
Enfant à tout faire, dormir, téter,
recevoir des caresses.
Ecouter les sourires et fermer les yeux.
Jeudi 25 août 2005 - 14h35
17:00 Publié dans Breizhie | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
Partance B (5)

Dada America
Je suis étale.
La mer de mes sentiments ne connaît plus
de haut et de bas, que de la marée haute,
plus de sac et de ressac,
que des gouttes d’amertume
distillées par le plaisir d’un vent léger
qui emporte les envies de tout, de rien.
Déjà Gentilly.
Une ville qui ne sert à rien,
sauf à héberger une église en sucre blanc
qui se fait remarquer du périphérique.
Ville inexistante dont la principale caractéristique
est de côtoyer Montrouge.
A Gentilly, il doit bien rester quelques résidus tordus
de militants communistes d’avant guerre,
comme à Malakoff et Bagneux,
les trois villes Staliniennes qui faisaient
le blocus politique de Montrouge,
la seule ville toujours et encore libérale
de ce coin perdu et si cher, trop près de Paris.
15:30 Publié dans Breizhie | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
Partance B (4)
Chez Gustave Moreau
Après quand on est enfin ou déjà adulte,
même semi fou comme moi,
on s’emmerde à devenir grand,
on est aspiré par le moule de la connerie ambiante
J’ai finalement réussi à ne jamais tomber dedans.
Alors depuis longtemps elle me dit
qu’elle ne m’a jamais compris,
avec un soupir de désespoir infini.
Pour moi, c’est comme une récompense,
de rester moi jusqu’au bout,
de ne jamais essayer de ressembler
aux normes des gens habités.
Trop inclassable, je ne pourrais même pas postuler
à une place dans une émission sur les dérangés,
les bizarres ou les rois des tocs,
car j’ai tous les défauts et je cultive l’indifférence.
14:00 Publié dans Breizhie | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note
Partance B (3)

William Turner - 1800 - The Fifth Plague of Egypt
Quel vide en face de moi,
sur les banquettes de moleskine bleue.
Arrêt mauve à Antony,
encore une ville pas trop jolie,
plutôt mal bâtie, mal lotie,
moche trop jeune et toujours vielle.
C’est là que j’ai achetée ma première voiture.
Quelle joie, mon père m’avait accompagné…
Trop de souvenirs par ici,
trop près de ma vraie vie,
celle qu’on a quand on se construit,
ado, on espère, on vit de projets
et d’ailleurs, de plus tard et d’après.
Quelle est belle, dure, amère et piquante,
cette vie là, la seule qui flambe.
12:30 Publié dans Breizhie | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
Partance B (2)

Quand j’étais petit,
ce train s’appelait La Ligne de Sceaux.
Je le prenais régulièrement.
Je dépassais Massy Palaiseau,
déjà aussi industriellement moche
et démesurée qu’aujourd’hui
et je m’arrêtais à la gare de Palaiseau Villebon.
C’était la banlieue à la campagne.
Je prenais la rue étroite qui monte
et j’arrivais au petit pavillon en meulière.
Je passais la journée avec Annie.
Toi que j’ai tant aimée,
tu n’aurais pas du partir si vite.
Tu étais un être de lumière,
le soleil habitait ton sourire
et ton regard brillait de vie.
Je n’ai connu personne qui ne t’adorait pas.
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Partance B (1)
Assis dans un wagon presque vide
du RER B à Massy Palaiseau,
dans un train en direction,
je l’espère, de Paris.
Un déjeuner très sympa
avec un ancien de ma Promotion.
C’est étonnant de se retrouver
après tout ce temps,
de se découvrir et de se rapprocher.
On doit se revoir bientôt,
en Septembre pour un dîner en ville,
avant la grande soirée d’octobre, au Sénat.
Train de banlieue, RER, même combat.
Ce matin, j’ai pleuré dans moi,
à l’intérieur de ma mémoire.
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