12.03.2008
Le mot after

Norma debout, Norma regardait le soleil gris.
Norma se laissait envelopper de paillettes de lumière, étoiles dispersées, contrejour.
Norma chantait dans sa tête, comme un blues alsacien, une chanson d’ailleurs pour penser entre hier et demain, être là, exister pour… Qui déjà ? Pour demain.
A midi trente, elle rejoint Balthazar au Terminus, une des grandes brasseries situées face à la gare du Nord.
Elle n’aimait pas trop les environs de la gare, glauques et incertains.
Des individus aux activités indécises rodaient aux alentours, quelques uns étaient ivres, d’autres se battaient, beaucoup étaient Polonais.
Elle trouva la Brasserie accueillante, l’atmosphère était chaude et pressée. Les maîtres d’hôtel étaient très parisiens, difficile de savoir s’ils plaisantaient ou se moquaient !
Pour une fois, Balthazar, un vieil ami de son frère ainé, avait un peu de mal à faire la conversation, il semblait préoccupé et tout à coup il faisait beaucoup plus que ses trente cinq ans.
Le garçon avait avoir pris leur commande d’une choucroute royale et leur avait servi un verre de Riesling bien frais. Norma bu une gorgée :
"Hum, c’est bon, tu devrais le gouter !
- Ah… »
Norma lui sourit. Ca allait être difficile, mais…
« Bon alors, qu’est-ce que tu écris en moment ?
- Moi ?
- Non, pas toi Balthazar, je parle au Roi des Celtes, bien sur !
- Ah alors, si ce n’est pas moi…
- Mais tu écris, non ? »
Balthazar baissa la tête et se recroquevilla encore plus sur la banquette. Norma se redressa et bu une gorgée :
« Alors, raconte ! »
L’ancien jeune homme avait les yeux brillants, il posa les mains sur la table :
« Ecrire quoi ? Ecrire comment ? Alors que la femme que j’aime s’est pomponnée, harnachée, déguisée, préparée à déjeuner avec son amant…
- Mais Bal…
- Quelle distance, quel discours reste-t-il ? Pas grand-chose, des miettes de savoir-vivre, une colère rentrée, dévastatrice, une envie d’absolue noirceur, le meurtre d’une idée. »
Norma avait faim, mais elle n’osait pas manger trop visiblement, elle se demandait ce qu’elle allait bien pouvoir dire pour, pour… Tout ça !
« Partir, s’éloigner, fuir une zone dangereuse, la vie est donc un champ de mines, une tuerie ? L’âme des femmes est donc si barbare… »
Norma se disait qu’il devait exagérer un peu, non ? Les hommes, ça exagère toujours.
En plus Balthazar avec son esprit d’artiste, forcément… Elle lui sourit. Quand même, cette Béatrice, quelle sale garce !
Et cet idiot qui l’aime tellement, je ne peux même pas essayer de le consoler… il ne parlerait que d’elle, comme est belle et sensuelle et intelligente et ses jambes et sa poitrine débordante et…
Ca serait positivement l’enfer, donc c’est dommage car la détresse des hommes c’est quand même bandant, mais je me réserve pour des cas sauvables, je ne suis pas une fée, je…
Enfin pas tous les jours, quand même, il ne faut rien exagérer…
Il avait rangé son mouchoir, elle referma la carte des desserts :
« Et si on essayait les profiteroles, non ? »
Mardi 4 mars – 8h06 On train
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10.03.2008
Jour de chance

Aujourd’hui, jour de chance. Elle a trouvé un recueil littéraire sur New York et un petit roman de Joyce Carol Oates.
A la caisse, face à la grande vitrine, elle attend sa monnaie. Lorsqu’elle lève les yeux, elle aperçoit un homme blond qui était là, qui partait et qui revenait.
Bizarre, j’ai l’impression de l’avoir déjà vu, celui-là, et aujourd’hui d’ailleurs.
Quand je suis sortie du Bistrot du Coin, m’apprêtant à traverser la rue de Paradis, pour rejoindre le Bureau, il me semble qu’il achetait des cigarettes et je m’étais fait la réflexion qu’il était trop tôt pour fumer, non ?
Le lendemain, Norma marchait, Norma pensait. Elle se disait que c’était une histoire plutôt longue, un premier émoi...
Machinalement, elle s’était arrêtée et était entrée dans la boutique du bouquiniste qui était toujours présent avec l’air absent.
Dans son panier, installé sur le comptoir, le chien Tout Petit, avec son pull écossais, qui observe Norma, attend, regarde, consent à une improbable caresse, tout de suite ou bien…
Norma songeuse, consultait les guides, pays exotiques, besoin de soleil, partir. Ses longs doigts fins effleuraient les couvertures cartonnées.
C’est vrai que mes mains sont assez jolies, il me faudrait des bagues pour les mettre en valeur, mais pas n’importe quoi !
En vieillissant, elle devenait exigeante, avait envie de « vraies » choses : fini le toc du plastoc et le tic du synthétic !
« Maintenant, moi, je, moi, moi, moi… »
Ca c’est une femme, se dit Norma, en rigolant, quelles garces ces filles !
Elle s’arrêta dans son élan vers le casier voisin, elle pensait à son Jules, à son ex, à cette nana sans scrupule qui passait par là et l’avait ramené, avec ou sans pantalon.
Elle ne pu s’empêcher de sourire : il avait été si mignon, puis un matin amer, le constat : il a bien changé, elle me l’a transformé cette, cette…
Soupir, partir, désir d’autre chose, ailleurs, partons, allons-y !
Tous les soirs, maintenant elle s’arrêtait chez le bouquiniste qui était plutôt un vendeur de livres neufs soldés, enfin un vendeur…
Il était si discret, mince et effacé qu’elle n’aurait su le reconnaitre ! Peut être était-il horriblement timide ? Dur, dur le commerce…
Norma était contente et puis réchauffée. Elle avait trouvé un guide original sur New York, à trois euros, une affaire, non ?
Et puis, à l’abri du vent, cela allait mieux. Elle jeta un coup d’œil à la grande glace adossée à une colonne près de la caisse, sa jupe longue et évasée, en laine vierge et pure d’Ecosse, était impeccable.
Avec ses bottes cavalières, gris perle, c’était plutôt bien. Par contre il fallait qu’elle s’achète des collants plus épais.
Elle avait l’impression plutôt cavalière, d’avoir le cul à l’air. C’est vrai, je suis tellement habitué à porter des pantalons les jours de travail, c’est tellement plus pratique, et puis finalement les jeans pour le week-end ce n’est pas mal non plus.
Finalement je suis une star comme Amy, je mets des jupettes uniquement pour me produire sur les scènes de ma vie…
Pendant que Norma enlevait ses gants en agneau, couleur daim « blond », doigt après doigt comme elle avait vu faire sa tante Hélène, le vendeur admirait et se disait :
« les femmes, quand même, c’est dingue ! »
Norma fourra les gants dans son sac et sourit machinalement. Elle pensait avec une émotion joyeuse à son Levi’s Blue qui l’attendait, la haut, bien au chaud, plus tard, là-bas.
Lundi 18 février – 8h30
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06.03.2008
Anniversaire de solitude

Jeudi 7
Jour d’anniversaire, de solitude.
Norma contemplait ses escarpins rouges, sa jupe grise en flanelle, son chemisier blanc à jabot et son manteau noir.
Ce matin-là, elle s’était sentie en forme, un déguisement de femme qui lui plaisait bien.
De temps en temps, elle marquait un temps d’arrêt, le long des trottoirs noirs et elle regardait vite, dans les vitrines translucides, l’image d’une femme, jeune, jolie, élégante…
Est-ce que c’est moi ? Se demandait Norma, c’est qui celle-là ?
Son patron ne lui avait rien dit. Il n’exprimait jamais rien de personnel. Monsieur Li était toujours strictement professionnel.
Courtois et prévenant, sans excès, monsieur Li était un jeune Chinois de bonne famille.
Il avait étudié le droit pénal à Eton et il avait été un des premiers à suivre le cursus universitaire de Détective à l’Université de Montpellier.
Il s’était laissé guider par une tenace curiosité du monde en noir et jaune de Chandler…
Depuis qu’il vivait en France, il avait découvert l’œuvre de Simenon et il se désolait de ne pas avoir connu l’ambiance des quais de gare, des fabriques à l’ancienne le long des fleuves où trainent des péniches tristes, avec toujours un Hollandais qui a trop bu et un bistrot perdu qui devient le quartier général anonyme d’une enquête qui ne commence jamais et qui se résout toujours dans un détail oublié, comme de la poussière qui flambe dans un rayon de soleil, au deuxième étage d’une maison cossue, trop bourgeoise pour être sans histoire.
Monsieur Li n’avait pas d’âge mais son élocution était parfaite, il était aussi à l’aise quand il parlait français, anglais ou chinois. Il avait peut être trente ans et c’était un homme, mais…
Elle devinait que sous le strict blazer, orange, jaune ou vert, selon les jours de la semaine, mais elle n’avait pas encore compris selon quel ordre ni quel calendrier, se cachait le feu et la glace, un homme qui avait vécu et un petit garçon qui avait encore besoin de tendresse, de la protection d’une mère.
Une image lui vint d’un Monsieur Li habillé en garçonnet qui tendait vers elle des mains suppliantes pour attraper les bouts de ses seins découverts…
« Tiens, je fais dans la mère, maintenant ! » se dit Norma,
« c’est nouveau ça ! Une nouvelle corde à mon arc ? »
Tous les jours maintenant, près du musée Gustave Moreau, elle voyait la même femme en détresse qui lui souriait, elle s’arrêtait pour lui parler et quand elle avait reçu sa première paye de Détective, elle s’était dépêchée d’aller lui glisser un billet de cinq euros, il faisait alors presque beau.
Un peu plus loin, elle dévorait des yeux le magasin d’épices qui lui paraissait immense et fabuleusement riche. Et puis après elle faisait toujours une halte devant la devanture du bouquiniste.
Elle aimait manipuler les volumes exposés dans des bacs, tous les jours, elle fouillait, elle découvrait des beaux livres plus ou moins beaux et elle finissait toujours par les livres en format de poche, neufs, soldés à moitié prix.
Les auteurs étaient surtout des poètes français oubliés ou jamais connus et rarement des écrivains étrangers…
22:46 Publié dans Norma | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
21.02.2008
Norma marchait

Norma marchait.
L’air de novembre, blanc de lumière grise
avait reculé devant le givre décembral.
La Saint Nicolas, c’était quand déjà ?
A un feu rouge, rue Lamartine,
elle s’arrêta : souris pointue, souris souriante.
Une souris qui sourit,
quel est le rapport ?
Norma voulait toujours comprendre.
Le sens, il devait bien y avoir
un sens à tout ça.
Dès qu’elle avait déniché une énigme à résoudre,
elle se pourléchait les babines (en rêve ma vieille, en rêve.
Car, avec le rouge, en plus c’est du Christian Dior, trop cher
pour mon budget alimentaire) :
« Bon alors, c’est pas le tout,
des souris et des hommes,
et c’est tout ?
Comment ça ... »
Un oiseau chanta, pas très loin, pas assez près.
Par moments, elle avait la nostalgie de la forêt,
des paysages vallonnés, aux douceurs surlignées
par les teintes chaudes de la Champagne cachée
au creux de son cœur.
Mais Norma n’était pas mélancolique,
un peu seule parfois, le Dimanche
au réveil, sans même un chat pour lui ronronner
dans les jambes et effrayer ses collants.
En fait, elle avait toujours de grands projets de lassitude,
trainer comme ceci et paresser comme cela, se gaver
de magazines et de clafoutis (une faiblesse),
regarder la télé et écouter la radio en séchant
sa chevelure de Carmen des temps à venir,
bohémienne de la poésie, amoureuse de la vie :
« c’est tout moi ? »
Et Norma éclata de rire, claqua la porte
de son deux pièces romantique
sous les toits.
Elle dévalait les escaliers, elle chantonnait.
Elle se dépêchait d’aller flâner
au Marché aux Oiseaux.
Norma dansait, Norma flirtait avec le temps,
nonchalant.
Mardi 12 février 2008
08:39 Publié dans Norma | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note
04.01.2008
Le vent d’Est

Norma aimait bien revenir sur ses pas,
aller chez elle, là-bas.
Retrouver la familiarité et la gaîté simple
des familles de travailleurs
qui ne se posent pas de question,
ils sont.
Voilà tout.
Elle n’avait que de bons souvenirs,
mais un jour,
elle avait eu envie de regarder à côté,
dans la grande ville.
Elle avait été.
Elle avait goûté le train, le tram, la fac de droit
et les années trébuchantes qui passent.
Et puis un jour on se retourne
et on n’a pas envie de finir
dans la peau grise d’un juriste d’entreprise
ou de porter les ailes noires de la justice.
Donc, elle s’est réveillée.
Elle voulait plonger dans la vraie vie,
elle voulait, elle...
lundi 17 décembre 2007
16:46 Publié dans Norma | Lien permanent | Commentaires (6) | Envoyer cette note
15.12.2007
Norma, une fée ordinaire

Norma marchait.
La jeune femme aimait sentir l'élasticité de son pas,
comme une souris qui danse, comme une...
Elle s'arrêta.
Elle se trouvait à l'intersection
de la rue Bleue et de la rue de Paradis.
Elle cherchait à se repérer,
cachée par un autobus,
gras et bruyant,
vert et empestant,
elle se protégea le nez
de sa main finement gantée.
Norma se retourna vers les vitrines.
Dans la devanture exposant
des comics d'un autre temps,
elle observa le reflet
d'une jeune femme mince,
vêtue d'un imper blanc,
la large ceinture soulignant sa taille et...
Elle se tourna, de profil : « ...mon gros cul !
Je vais me mettre au régime sérieusement. »
La chaussée était dégagée,
elle piqua droit dans la rue Papillon.
Elle aimait bien se promener,
dans les rues de Paris.
Le parfum des boutiques,
les créateurs d’envies,
les femmes élégantes
et les enfants rieurs.
Les hommes, trop sérieux
et les livreurs qui se partagent les trottoirs
avec les balayeurs, secondés par les facteurs.
Elle ne connaissait pas encore très bien Paris,
mais elle adorait sa nouvelle vie.
19:55 Publié dans Norma | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note

