08.10.2008
Sommeil

Déshabillé, j’attendais sur le lit. Je m’exerçais à rentrer le ventre. Je pensais à plein de choses, je me sentais entre deux eaux.
Envie de lire, d’écrire, de me rewoolfer et puis Jenny qui était là, pas loin, sûrement dans la salle de bains.
C’était délicieux de penser à elle, juste avec le cerveau du parfum, le mélange olfactif jenniférien, tellement subtil.
Je me levais pour aller chercher un livre de Virginia, Melymbrosia que je venais juste d’acheter.
C’était agréable de se promener nu dans la grande pièce haute de plafond, pour mieux respirer, sûrement.
J’empilais deux-trois oreillers et je m’allongeais avec Virginia. Il faisait à peine chaud mais je me sentais tous les courages.
Je n’entendais plus aucun bruit, j’attaquais l’Introduction by Louise DeSalvo :
« In June 1910, Virginia Stephen entered a nursing-home at Twickenham for a rest cure. She had not been well since March, when she was finishing the draft of her first novel, Melymbrosia, presented in this volume. »
Je sentais déjà la magie opérer, les mots de Virginia arrivaient,
je sentais la trépidation de mon être comme si ma colonne vertébrale était montée sur ressorts.
Peut être la fatigue aussi…
J’avais entendu une porte quelque part, j’étais en partance pour le ciel et j’avais des visions d’enfer.
J’imaginais Jenny demi-nue devant le lavabo en pierre dans la grande cuisine, elle regarde la nuit à travers la fenêtre à petits carreaux, elle déguste un verre d’eau, habillée d’un simple débardeur et d’une paire de sandales.
Elle a chaud, elle est troublée de sentir la moiteur entre ses cuisses. Elle ferme les yeux et imagine un homme nu dans la cuisine, Jack venu se rafraichir.
Elle entend sa respiration, il parle d’un air dégagé ou complice, déjà ?
Elle pourrait se retourner, elle aurait envie de regarder, toucher, peut être ?
Mais c’est déjà trop tard, elle a accumulé trop d’envie, ça sera bientôt fini, elle ne criera pas trop fort…
Pensif, je caressais la couverture en papier glacé ornée du visage d’une jeune fille des années Vingt.
Au début je croyais qu’il s’agissait d’une simple nouvelle mais j’avais fini par comprendre que Melymbrosia était la première version du « Voyage Out » le premier roman de Virginia publié
en 1915.
J’étais songeur. Je fermais les yeux au moment où la porte s’ouvrit et se referma. Jennifer s’approcha à petits pas, elle s’assit sur le lit et prit ma main.
Je la sentais trembler. Elle commença :
« je, je vais bien t’expliquer, hein, tu veux bien ? et puis après on verra, hein… Enfin, tu me diras ! »
Ses yeux brillaient d’excitation et d’émotion.
Ma voix était plus grave que d’habitude :
« Je sais tout Jenny, je sais. Alors…
- Alors, alors… Tu veux dire que c’est trop tard, trop, enfin… »
Sa voix était débordée de sanglots réfrénés et de larmes irréductibles, de spasmes indisciplinés. Elle était prise de hoquets de douleur.
Elle s’agenouilla par terre au pied du lit, elle était blanche, les yeux cernés, son beau collier de nacre à moitié dégrafé.
« Alex, tu me pardonnes, Alex tu sais combien…
- Oui, Jenny, je sais, je croyais savoir… je croyais.
- Bon, bon, je vois… Euh, tu préfères rester seul ?
Oui, tout à fait. Bonne nuit Jenny. »
La femme si belle qui était presque dans mon lit, se leva, les chaussures à la main.
Elle passa machinalement l’avant-bras sur le bout de son nez.
Elle reniflait dignement et s’éloigna comme une ombre.
« Bonne nuit mon chéri ! A demain !
- Merci Jenny, dors bien. »
Je m’allongeais, en fermant les yeux.
« De toutes façons, ce n’est pas une femme pour moi. Trop belle, trop riche, elle est bien trop bien pour un type comme moi. Je l’ai toujours su. Toujours."
Au bout de quelques minutes je rejetai la couette et je me levai en rageant.
« Nom d’un chien, je n’ai plus envie de dormir ! »
Mercredi 24 septembre 2008
09:00 Publié dans Virginia | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
04.09.2008
Suzanne

En sortant sur le trottoir, il était difficile de ne pas voir l’attroupement autour de la Cadillac rose garée juste en face devant un grand bar de type saloon.
Tous les membres de notre équipée à l’exception de Kasey qui chantonnait et serrait fort ma main, commentaient l’incident de la soirée.
La star mondiale du rock était arrivée dans un flot de décibels.
Le grand coupé rose était conduit par une belle brune aux cheveux très noirs et de notre terrasse nous entendions les barrissements de la rock star portant bottes, chapeau de cowboy et inévitables lunettes noires.
L’arrivée triomphante du phénomène musical, qui semblait en tenir une bonne, fut gâchée par le service de sécurité qui lui interdit l’accès à l’étage où pourtant il avait ses habitudes.
Après une longue alternance de palabres sonores et de silences méditatifs, le héro de l’Amérique et du monde moderne fut autorisé à venir saluer Jennifer.
J’étais curieux de voir l’idole de ma fille ainée que je trouvais plus petit et râblé qu’à la télé.
Il faut dire qu’être encadré par deux gardes blonds d’un mètre quatre vingt dix de haut et cent kilos de large cela permet d’adopter un point de vue très relatif…
Jennifer se tourna vers l’arrivant qui se jeta à ses pieds. Tout le monde se tu pour mieux regarder.
« Tiens, tiens, ce cher Paul, quelle bonne surprise !
- Ah, Madame Watt-Myers, quel honneur…
- Voyons mon cher, finalement nous sommes entre Irlandais, non ? »
Elle avait défait ses sandales et au bout de ses jambes croisées, se balançaient ses magnifiques pieds si fins et si bronzés.
Le chanteur mondialement adulé se pencha pour saisir un des pieds qui le narguaient :
« Si vous permettez, Madame ? »
A ce moment là un frisson glacé me parcourut la colonne vertébrale, instinctivement, en plein désarroi, je remuais vigoureusement et négativement la tête.
Jennifer intercepta mon signal et se retourna aussitôt. L’entretien était terminé.
La star mondiale pris par son élan pur malt avait basculé le visage en avant pour embrasser le plancher.
Complètement abasourdi il se laissa entrainer par les deux colosses vêtus de noir. Il me semble avoir entendu des sanglots…
Sur le chemin du retour Jack se mit à chanter le refrain de « The Partisan » la chanson immortalisée par le poète chanteur de Montréal :
« Oh, the wind, the wind is blowing,
Through the graves the wind is blowing,
Freedom soon will come ;
Then we'll come from the shadows. »
Qu’est ce que c’était bon de marcher comme ça dans la nuit, sous les étoiles du Cape, entourés par l’Océan qui nous accompagnait joyeusement dans de grands éclats blancs.
L’air était humide et chargé de sel, je respirais.
Awitelin et Hayatt étaient venues m’enlever Kasey qu’elles avaient chargé de négocier la visite de nuit des phares avec le responsable de la sécurité qui se tenait à dix bons mètres en arrière.
J’avais retrouvé Jennifer qui marchait fièrement, qui avait les mains gaies et qui recommençait à rire.
Je la frôlais sur l’étroit chemin, je l’évitais, je la touchais et pour finir elle se frottait carrément contre moi.
J’avais déposé ma veste de lin sur ses épaules dénudées et elle se retournait sans cesse pour m’appeler de ses yeux de fée, avec ce regard incroyable des femmes quand elles sont nos mères, quand nous sommes tout pour elles.
Jeudi 17 juillet 2008
19:05 Publié dans Virginia | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
Cranberry

L’arrivée des desserts fut marquée par des soupirs de joie. Je me contentais de grignoter quelques très bons biscuits au miel pour accompagner le champagne Mumm que Jennifer m’avait demandé de choisir.
Comme souvent quand j’étais heureux comme ça, j’avais envie d’écrire tout en sachant que je ne le ferai pas car je me sentais trop bien pour ça !
« C’est compliqué les hommes ! Tu ne manges pas de tarte Alex ? »
Kasey était debout à côté de moi, une part de tarte à la Canneberge à la main, elle louchait sur le plateau de biscuits, juste derrière mon assiette…
« Je suis désolé Kasey mais tu sais moi, les desserts !
- Ah oui, Frenchie, tu me donnes ta part alors ? »
La petite Indienne remuait son étonnante chevelure noire, elle souriait de toutes ses dents. Elle s’adressa à la très riche héritière :
« Tu permets Jenny ? »
Et hop, elle grimpa sur ma chaise et s’assit sur moi, face à la table. Je sentis aussitôt un fort courant de complicité s’établir entre elle et Hayatt qui était maintenant très réservée.
D’ailleurs, elle ne tarda pas à la solliciter :
« Bon Hayatt, toi qui es du coin, explique à nos gens des grandes villes pourquoi on nous sert des tartes aux Cranberries !
- Et bien c’est simple répondit Hayatt en rougissant, vous savez que la canneberge est un fruit au goût acide et astringent.
C’est l’un des trois fruits indigènes de la Nouvelle Angleterre avec les Concord Grapes et les blueberries. On en compte une centaine de variétés, y compris des baies blanches !
- Et oui dit Olena je me rappelle, il y a même une histoire avec les Pilgrims …
- Oui exact, continua Hayatt, les indiens Wampanoag leur firent découvrir ce qu’ils appelaient « sasemin ». L’offrande de sasemin était, pour eux, un symbole de paix. »
Je souriais à Hayatt :
« Et tes ancêtres ils les mangeaient comme désert les cranberries ?
- Non pas vraiment Alex, ils mangeaient le sasemin cru, réduit en poudre, ou mélangé avec de la farine de maïs et cuit sous forme de pain qu’ils appelaient le Pemmican,
une sorte de ration de survie qu’eux-mêmes et, plus tard, les colons emportaient pour les longs voyages.»
Awitelin qui dans la pénombre du soir ressemblait de plus en plus à une déesse Hindoue, interrompit sa cousine :
« C’était considéré comme un produit magique, non ?
- Et bien en fait on utilisait énormément le jus de sasemin : pour teindre les tapis et les couvertures, comme médicament pour calmer les nerfs et comme cicatrisant pour les plaies et blessures de flèches !
- Incroyable, c’est vraiment un produit miracle ! »
Je me tournais vers Jennifer :
« Tu te rends compte Jenny, tout ce qu’on pouvait faire avec des petites baies comme ça, c’est dingue !
- Oui mon chou, c’est étonnant, mais tu sais, on utilise toujours les propriétés antibiotiques du jus de cranberries, notamment pour combattre les infections urinaires. N’est-ce pas Hayatt, c’est bien à ça que cela sert ? »
Le ton de Jennifer n’était pas vraiment inamical, elle avait utilisé sa voix de velours mais son attitude était plus caustique qu’affectueuse…
Hayatt se retourna vers le haut dossier de sa chaise et se leva. Elle vint se planter tout contre moi, sa poitrine plantureuse à hauteur de ma bouche.
J’étais plus que troublé et je levais le visage pour tomber dans l’intensité de ses grands yeux noirs. Tout en me possédant du regard, Hayatt répondit à Jenny d’une voix retenue :
« Et puis c’est un produit parfait pour la ligne car c’est une baie, riche en vitamine C et en anti-oxydants qui est très peu calorique !
- Très bien Hayatt, je vous remercie de la démonstration, je m’en ferai des tartines au petit déjeuner !
Bon, tu viens Alex quand tu auras fini de gouter les produits laitiers, tu me rejoindras, je quitte l’étable ! »
J’étais scié, comme si j’y étais pour quelque chose, moi, quand même ! Hayatt, me sourit, complice :
« Tu vois, Alex, je crois qu’elle n’aime pas mes seins !
- Hayatt !
- Chut, Alex, vas la rejoindre. »
Je lui souris et n’eu pas le temps de lui dire merci qu’elle avait déposé un baiser humide sur mes lèvres et était partie en chantonnant pour se mêler à la gaité du groupe qui l’attendait.
Mercredi 9 juillet 2008
17:05 Publié dans Virginia | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
25.08.2008
Marianne

Nous rentrâmes doucement, en tanguant dans le vent. Les nuits devenaient fraiches.
J’étais un peu gris, posément euphorique. Jennifer était franchement surexcitée.
Tous les vingt mètres elle s’arrêtait de danser et s’accrochait à mon cou pour remettre la bride d’une sandale.
« Oh, Alex !
- Oui femme, si femme, tu…
- Je peux ôter mes chaussures ?
- Non, Ange de la nuit, surement pas ! Et tes pieds alors ! Tu n’y penses pas ?
- Mes pieds, mes pieds… »
Et elle s’éloignait en riant de mon émoi. Elle remuait son magnifique derrière, et des étoiles me venaient dans les yeux…
Elle stoppait et posait mutine. Son regard brillait dans le vent de la nuit.
« Alors Gros Matou, alors que fais-tu ?
- Jenny, Jenny, quelle folie !
- Oui je sais, Mon Lapin, moi aussi ! »
Je la sentais si électriquement heureuse que j’étais presque effrayé de l’imaginer fragile.
Elle sentit mon trouble, se dressa sur la pointe des pieds et embrassa mes paupières fiévreuses.
« Viens Alex, tout va bien, viens avec moi. »
Quand nous arrivâmes dans le grand salon, la maison semblait déjà chaleureusement habitée.
Un bon feu brulait dans la grande cheminée et le Maitre d’hôtel qui veillait sur tous nos désirs avec la discrétion la plus attentive avait servi des alcools rares et des jus de fruits de provenances certifiées.
Malgré l’insistance de Jack, je repoussais héroïquement la charge du whisky de maïs arrivant directement du Kentucky :
« Tu as tort Alex de ne pas goutter cette merveille ambrée distillée dans le comté de Bourbon !
- Merci Jack mais j’ai déjà trop mangé et trop bu. Je vais demander à Sylvester de m’apporter un café et pour toi Jenny ?
- Et bien, pour respecter la tradition de la Nouvelle Angleterre, disons… Une bière de gingembre, s’il vous plait Sylvestre, merci !
- Mais bien sûr Madame Watt-Myers, tout de suite Monsieur. »
Dans un autre coin de l’immense salon, j’entendais de la musique qui finissait.
Hayatt, Awitelin, Kasey, Helen et Lena assises sur un somptueux tapis bordeaux et brun regardaient sur l’écran géant le final d’un concert à Montreux ou peut être Montréal.
Pendant que Jennifer attendait sa boisson traditionnelle de la Nouvelle Angleterre, je rejoignis les filles, Jack me suivait.
Je ne pouvais m’empêcher de chantonner, j’avais toujours dans la tête l’air du « Partisan » comme un océan de notes basses et vibrantes :
Oh, the wind, the wind is blowing,
Through the graves the wind is blowing,
Freedom soon will come ;
Then we'll come from the shadows.
Sur la chaine câblée, le show était terminé. Les filles se mirent à remuer et se retournèrent d’un coup quand Jack enchaina avec le refrain de « So Long, Marianne » :
So Long, Marianne, it’s time that we began
To laugh and cry and cry and laugh about it all again.
Les filles prises par l’émotion faisaient les chœurs.
Jennifer qui nous avait rejoints avec Angelo n’était pas la dernière à chanter.
J’adorais sa voix avec des accents de cristal et de métal, ce soir elle était légèrement cassée, humaine, simplement…
Ses yeux brillaient, ses cheveux resplendissaient, l’assemblée était sous le charme de son corps élégant et lascivement félin.
Je n’étais pas vraiment jaloux des regards intéressés, mais…
Angelo réclama un toast à Jennifer, les autres s’enthousiasmaient. Alors Jenny leva son bras gauche et d’un gracieux mouvement de la main demanda notre attention :
« Bon, ce n’était pas prévu, mais pour nous réjouir d’être là, tous ensemble, nous allons porter un toast à Léonard Cohen,
un poète avant d’être un chanteur.
Un homme un peu fou. »
Jennifer souriait à la ronde, nous étions sous le charme de sa voix ample et déliée.
« Suzanne, Nancy, Marianne
Un homme qui aime les femmes. »
La voix se brisa, Jennifer était trop émue, elle me regarda les yeux mouillés et murmura en se jetant dans mes bras :
« C’est un homme comme toi ! »
samedi 19 juillet 2008
20:24 Publié dans Virginia | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note
12.08.2008
Night and other things

Ralph Lauren Collection Printemps Eté
Après avoir dégusté un dernier café et bye-byer l’assistance je rejoignis Jennifer qui m’attendait au pied de l’escalier, les yeux brillant de fatigue.
Je gravis les marches derrière elle. Elle s’arrêta sur le palier desservant sa chambre.
Je me sentis devenir tout triste mais je n’eu le courage de rien dire, je baissais juste la tête, attendant la sentence…
Je sentais son parfum, son odeur, son corps, ses cheveux, sa peau. Je frissonnais. C’était triste et beau.
Elle s’accrocha à mon bras, je fermais les yeux pour ne pas voir venir le baiser d’adieu, mais rien ne vint, sauf le bruit de son talon sur le carrelage, comme un sautillement.
J’ouvris les yeux. Elle me fixait avec l’expression d’une petite fille prise en faute, le visage penché, ses magnifiques cheveux défaits, une sandale dans chaque main, elle s’avança sur la pointe des pieds.
« Oh, Alex, excuse-moi, ce sont des chaussures neuves tu vois…
- Oui mon Ange, je vois que tu souffres et cela me fait mal…
- Non ?
- Si, Jenny. C’est insupportable, tes pieds sont si…
- Tu es fou.
- Oui ! »
Ses yeux étaient remplis de larmes, elle me tendit la main, je la sentais plus qu’émue, fragilisée, mise à nu.
Mon cœur bouillonnait de joie, je l’attirais contre moi et je la tins prisonnière, abandonnée dans mes bras.
« Ca ira Jenny, tu veux que je te porte ? »
Ses yeux riaient de moi, elle prit ma main, la retourna et embrassa la paume d’un tendre baiser.
« Ca ira, merci Alex, tiens, prend-les ! »
Elle me tendit ses sandales en crocodile vert d’eau et elle s’élança dans l’escalier en relevant gracieusement les bords de sa jupe de soie.
« Quelles jambes ! »
Je montais les marches deux par deux, elle était déjà devant la porte de ma chambre.
« Mon Trésor, je n’ai pas bien entendu ce que tu disais …
- Ah ! Et bien, je parlais … au ciel.
- Oui, c’est ça, c’est bien ce qui me semblait, tu… Allez viens !
La chambre était accueillante, grande et calme. Les murs blancs étaient ornés de tableaux du 19ème, des paysages italiens et des marines de facture anglaise.
Jennifer marchait comme une chatte sur les tapis persans, rouge et or, qui mettaient en relief la patine des parquets anciens.
Elle me rejoint et s’appuya doucement contre moi, le visage contre mon épaule.
Je soupirais, plein de souvenirs me revenaient…
« Qu’est-ce que tu as mon Chou, tu as vu un fantôme ou quelque chose d’approchant ? »
Jennifer, riait. Elle était heureuse et sa joie me touchait. Ma mélancolie se fit plus douce.
« Et bien je pensais à une autre vie, dans les grands lacs du nord de l’Italie et…
- Tu es de la famille de Stendhal, alors ?
- Et une autre vie avant, sur une île qui était le Paradis, et…
- Et un fragment de vie avec moi au Cape Cod, tu crois que c’est faisable ? »
Elle éclata de rire et s’éloigna vers la salle de bains. Je la suivis de loin, mes yeux restaient accrochés à un point invisible, là-bas, dans les îles Borromée.
« Ouh la-la, c’est incroyable, incredible ! Alex !
- Yes mon Cœur, mon diamant, mon émeraude, ma…
- Mais quelle salle de bains, Alex ! Il n’y a rien ! Comment peux-tu vivre avec si peu ? »
Bon, c’est vrai, cela faisait un peu nu, mais la salle de bains était si grande aussi !
- Et bien ma chère, j’ai tout ce qu’il faut : une brosse à dents électrique, le dentifrice, le savon et un machin qui fait le shampooing, la douche et tout !
- C’est tout, tu n’as rien oublié ?
- Heu si, mon eau de toilette et le déodorant, ça ne suffit pas ?
- Et bien mon cher, c’est le nécessaire de survie dont tu me parles ! »
Et avec malice, elle ajouta :
« Moi qui croyais que tu étais un gentleman !
- Ah… Je ne savais pas Jenny. Excuse-moi si j’avais su… »
En fait je ne savais plus trop quoi dire, quoi faire ? Me cacher ? Plonger dans la cuvette des WC, la tête la première ?
« Allons, grand garçon, tu ne vas pas pleurer quand même ! Un Français, c’est orgueilleux, donc interdiction de verser une larme en public !
- Mais Jenny on n’est pas… Enfin, nous sommes juste tous les deux, non ?
- Si peut être, mais on répète !
- Ah, alors, ça me rassure.
- Bon c’est bien. Maintenant explique moi comment tu vas te raser demain matin, avec ta brosse à dents, c’est un modèle spécial ?
- Mais Jenny, je croyais que j’étais en vacances ! »
Jennifer qui se tenait face à la grande glace au dessus de la vasque du lavabo, se redressa et se tourna vers moi.
Un large sourire illuminait son visage de Princesse lointaine.
« Mon cher Alex, parfois tu te montres un peu trop intuitif. Just a little bit ! »
Dimanche 27 juillet 2008
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11.08.2008
Soirée

Rooftop cafe by Siennaf1
La soirée était gaie et animée. La nourriture servie au Rooftop Café était correcte et abondante.
Le patron nous proposa des chicken fingers accompagnés de fries, des shrimp scampi avec des spaghetti ou des steaks garnis de vegetable et potatoes, servis avec du garlic bread.
Comme j’avais envie de frites, je choisi les beignets de poulet alors que les filles prirent des écrevisses avec des garnitures variées, Jenny opta pour un assortiment de légumes, les deux garçons prirent des steaks et seule Kasey se décida pour le poulet accompagné de maïs frit.
Le tout arrosé d’eau glacée, d’un vin blanc du Maine qui se boit légèrement vert et d’un magnifique rouge de Californie qui me fit penser à un Gigondas au gout subtilement fruité.
Je n’avais jamais vu Jennifer aussi détendue, peut être l’effet du vin, les étoiles dans le ciel ou la pleine lune qui s’annonçait… Peut être ?
Je la regardais et j’admirais sa beauté si féminine. Je ne pouvais m’empêcher de lui sourire.
Maintenant qu’elle m’avait dit… qu’elle m’avait confié ses sentiments, c’est comme si enfin elle pouvait se relâcher, se libérer de toute cette tension qui l’accompagnait.
J’avais du mal à détacher mon regard de son corps bronzé mis en valeur par l’imprimé délicatement coloré de sa robe d’été courte et sans manche.
Elle portait des sandales à talon d’un vert pale qui me donnait encore plus envie de la douceur nacrée de ses pieds.
Elle était assise en bout de table, je me tenais à sa gauche, Kasey à sa droite et Hayatt était juste à côté de moi.
La discussion s’anima lorsqu’il fut question de comparer les mérites de la Californie, la Silicon Valley et l’Université Stanford, où enseignait Jennifer,
avec ceux de la région de Boston et ses joyaux que sont Harvard, le MIT ou encore le Boston Consulting Group.
Finalement, c’est Olena que le vin blanc rendait encore plus Slave qui mit tout le monde d’accord en exprimant son inclinaison pour Yale qui forma les deux derniers Présidents des Etats Unis.
Quand ils me demandèrent mon avis sur la primauté des pôles technologiques, je répondis par une devinette :
« Pour moi, le centre intellectuel du pays réunit un dieu des chiffres et une déesse des lettres !
- Ah !!!
- Bon pour vous mettre sur la voie, je peux vous dire que les meilleurs spécialistes des marchés financiers de New York et de Chicago sont issus de cet endroit…
- Trop facile ! » Cria Jenny.
« C’est Princeton » ajouta Kasey,
« où enseigna Einstein » précisa Angelo.
« Et aujourd’hui c’est là que Joyce Carol Oates règne sur la littérature anglaise »
dit fermement Hayatt en me regardant de ses grands yeux noirs brulants.
Je vis sa main avancer et se poser sur mon avant bras, mais je n’eu pas le temps d’être content, interrogatif ou excité car aussitôt la voix mélodieuse et décidée de Jennifer retentit,
pour me réclamer une larme de ce délicieux vin rouge qu’elle avait finalement envie de gouter, "peut être ! »
prit-elle le soin d’ajouter dans un éclat de rire cristallin.
Avant le dessert, l’intérêt général se porta sur le Maine qui me semblait un peu mystérieux, comme un trait d’union sauvagement froid entre le Canada et les USA.
Helen en bonne historienne nous rappela que le Maine avait fait partie intégrante du Massachusetts, avant d'obtenir le statut d’État en 1820.
L’octroi de cette faveur était destiné, à l’époque, à contrebalancer l’entrée dans l'Union de nouveaux États esclavagistes.
Pendant tout ce temps, Jennifer ne me quittait pas des yeux, elle avait légèrement décalé son siège en osier blanc, en arrière de la grande table,
puis avait négligemment décroché ses adorables sandales pour poser ses pieds sur le bord de ma chaise, puis sur mes cuisses, puis sous mon polo contre mon ventre…
Pendant ce temps, elle participait à la conversation générale où il était question de la nationalité de Marguerite Yourcenar, elle réglait l’ordonnancement des desserts avec le directeur et elle donnait les consignes pour le retour au responsable de la Sécurité…
Awitelin semblait se passionner pour l’auteur de L’œuvre au noir :
« Et toi Alex, tu la considères comme une écrivaine française ?
- Je ne sais pas trop, pour moi c’est une femme de la modernité, une habitante du monde qui était Belge de par sa mère et sa naissance en Belgique, elle était française de par son père et son enfance en France et elle était aussi américaine car elle a fini sa vie à coté d’ici, dans le Maine sur l'île des Monts-Déserts.
- Et elle a pris la nationalité américaine, ajouta Awitelin,
- Oui c’est vrai, je crois que c’était en 1947… »
Helen me regarda bizarrement :
« C’est aussi un symbole de la place prise par les femmes dans la littérature…
- Oui surement Helen, tu…
- D’ailleurs Marguerite Yourcenar a été la première femme élue dans votre panthéon des hommes de lettres…
- Oui assurément, cela a été un évènement considérable, même si personnellement, la lecture de ses œuvres ne m’a jamais emballé…
- Ca y est, le mauvais Français est revenu ! »
Je me tournais vers Jack qui ne pouvait plus s’empêcher de rigoler…
« Ok, Jack, j’avoue que je me suis réintéressé à Madame Yourcenar depuis que je suis fou de la Woolfette et que je baigne dans la civilisation anglo-saxonne.
C’est pour cela que 1937 fut vraiment une année charnière pour la « mère » d’Hadrien qui rencontra à Londres, Virginia Woolf, dont elle devait traduire The Waves.
Juste après, elle fit la connaissance de l’américaine Grace Frick avec qui elle s’installera en 1950 dans le Maine. »
A un moment, pour compter les desserts, Jenny s’était levé, notre tablée était bruyante et excitée, après avoir réussi à faire la synthèse des commandes de tartes et de desserts,
elle vint s’appuyer contre moi en posant un genou sur mes cuisses. Elle soupira :
« Viens, gentil Frenchie, viens me secourir…
- Jenny, Jenny, je t’adore et je veux te remercier pour cette délicieuse soirée, avec tous mes amis d’ici, c’était vraiment sympa, tu ne trouves pas ?
- Si c’est vrai Alex, tes amis sont vraiment agréables.
- Et puis tu as vu comme les filles étaient mignonnes ce soir, avec leurs robes de femme et toute la panoplie ?
- Ah oui, ta bande de grognasses !
- Mais comment ça Jenny, tu ne les aimes pas ?
- Si un peu ca va, mais enfin ce sont des filles, tu sais Alex ! Tu crois à l’innocence des filles toi ?
- Je ne sais pas Jenny, mais même Hayatt, tu ne trouves pas que… Elle, enfin…
- Ah non ! ne me parle surtout pas d’elle !
- Mais Jenny, pourquoi ?
- Elle est bien trop belle ! »
Vendredi 4 juillet 2008
12:10 Publié dans Virginia | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note
01.08.2008
Lobster

Lobster Pot by debs
Nous retrouvâmes les autres au début de la jetée, la MacMillan Wharf.
Jenny, les cheveux au vent, était électrisée. Ses yeux brillaient et elle se redressait orgueilleusement, prête à user ses griffes contre toutes les femelles de la terre.
Avant même d’esquisser un sourire, elle saisit mon avant bras. Elle se serra contre moi et sa voix chaude se fit rauque pour me souffler :
« Je n’aime pas quand tu n’es pas là. Je me sens mal, c’est comme ça !
- Excuse-moi Jenny, je…
- Chut Alex. »
Elle mit un doigt sur mes lèvres, remua la tête en signe de dénégation. Je sentais son corps se détendre.
D’une impulsion subite elle se dressa sur la pointe des pieds et m’embrassa goulument, comme une naufragée qui peut enfin se désaltérer.
C’était bon, de la sentir vibrer contre moi. C’était la première fois qu’elle manifestait publiquement sa flamme devant mes amis, les agents de sécurité et certains passants qui la dévisageaient et d’autres qui la reconnaissaient.
Je me dis en moi-même : Tiens, il ne manque plus que les journalistes !
Un peu plus loin Hayatt me regardait tout en discutant avec sa cousine et Jack. Elle me regardait avec un sourire grave.
Je me demandais si elle était jalouse, peut être ? Pourtant ce n’était pas un sentiment commun chez la plupart des Indiens qui ignoraient toute idée de possession…
Mais bon, une Indienne qui prépare un Doctorat à l’Ecole de droit de Harvard, est-ce une Indienne comme les autres ?
Arrivés au bout de la promenade, nous constatâmes sans réelle surprise, il était plus de dix neuf heures, que le Whydah Museum, le musée maritime de P-town avait fermé ses portes.
Le long de la jetée, d’innombrables pancartes, panneaux et cartes présentaient les services de pêcheurs ou d’artisanales compagnies maritimes, prêtes à vous emmener discuter avec toutes les baleines de la Nouvelle Angleterre.
Mon attention fut attirée par l’affiche de la BHC. La Boston Harbor Cruise annonçait une traversée pour Boston en quatre vingt dix minutes, à bord d’un luxueux catamaran bleu et blanc.
Le Salacia qui apparemment était le fleuron de la flotte de hi-speed catamaran, pouvait emporter six cent passagers à la vitesse de quarante nœuds.
Jenny vint me rejoindre devant la photo du grand catamaran :
« Alors Alex, c’est ça que tu veux faire ?
- Oui Jenny, ça doit être trop bien d’aller à Boston en Bateau !
- Bon, je vais organiser cela. Je vais demander qu’on prépare un bateau pour après demain, ça ira ?
- Yes Jenny, tu es un ange. Alors, on passera la journée en mer ?
- Oui si tu veux Alex. On cherchera les baleines, ensuite si tu le souhaites on fera un tour par les îles, cela te conviendrait ?
- Yes Madam’ j’aimerais voir Martha’s Vineyard, mais c’est surtout l’île de Nantucket qui m’intéresse, et puis il y a le Whaling Muséum…
- Et puis il y a encore des Indiens… C’est peut être ça qui t’intéresse ? »
Jennifer faisait une drôle de grimace. Peut être que ça l’agaçait de ne pas m’avoir tout à elle !
Elle était déjà partie, toujours en mouvement, elle avait réservé le bateau, le restaurant, tout… Elle comptait ses brebis, il en manquait deux :
« Où sont passées Léna et Awitelin ? Angelo mon Chou, sais-tu où sont-elles parties ?
- Oui Madame, elles sont allées faire les boutiques, elles voulaient regarder des chaussures, je crois bien !
- Ok ne t’inquiète pas, tout va bien. Nous allons descendre Commercial Street, nous prendrons un verre au Rooftop Café et ensuite nous dinerons au Governor Bradford, à moins que mon cher ami français ne préfère le Lobster Pot !!! »
Jeudi 26 juin 2008
11:31 Publié dans Virginia | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
26.07.2008
All along the watchtower

En arrivant à la Tour de guet, j’éprouvais un choc. La maison était immense et ressemblait d’avantage à une forteresse qu’à un bungalow de vacances.
C’était une construction ancienne visiblement remise à neuf, bicolore, gris clair et gris anthracite, constituée de briques et d’ardoises.
La Watchtower comprenait trois parties : une tour, sévère comme un donjon, à laquelle était adossée l’habitation principale dotée d’un étage à laquelle était collée une immense dépendance en rez de chaussée.
Rassemblés dans la cour, nous réunissions nos bagages, pendant que Jennifer répartissait les appartements.
Jack et Helen se virent proposer un appartement de cent mètres carrés dans la dépendance où un appartement plus grand d’une cinquantaine de mètres carrés accueillerait Hayatt, Awitelin et Kasey si elle avait envie.
Le personnel de service était logé à l’étage de la maison principale dont Jenny me fit visiter le rez de chaussée.
C’était incroyablement spacieux et luxueux mais sans ostentation.
« Tu vois, il y a deux salons, le premier est une pièce de réception alors que l’autre est plus cosy. Il y a également deux salles à manger…
- Une pour les sandwiches et l’autre pour les vrais repas !
- Eh, comment tu as deviné Alex ? »
Jennifer me prit le bras, ses yeux brillaient. Je la sentais heureuse, dans son élément. Elle m’entraina de son pas élastique :
« Bon, il y aussi une petite bibliothèque, une salle de musique et une salle de jeux…
- Mamma mia, Jenny, c’est pire que le Titanic !
- Mais non Frenchie, tu verras, ce n’est pas si grand que cela… Et puis là, à côté de la bibliothèque, j’ai même prévu un bureau spécialement pour toi.
- Jenny, mais …
- Qu’est ce qu’il y a Alex ? Dis-moi si quelque chose ne te plait pas !
- Mais Jenny, c’est trop, c’est…
- Pas de bêtises. J’ai loué la maison pour toi parce que je pense que tu le mérites, c’est tout.
- Ah bon ! »
Mon ordinateur et mes livres préférés étaient déjà installés dans le bureau, c’était dingue. Je me sentais étourdi.
J’étais imprégné de la beauté capiteuse des grandes pièces sobrement décorées et chaudement arrangées.
Une odeur suave de cire à l’ancienne me parfumait l’esprit.
De tous cotés, mon regard était attiré par le décor sauvage qui vivait de l’autre côté des grandes fenêtres à petits carreaux ceinturant la maison.
Jennifer me prit par la main :
« Allez viens, je vais te montrer ton appartement. »
Le couloir qui traversait tout le rez de chaussée débouchait, après le salon de musique, sur une porte massive qui permettait d’accéder à la tour.
Un escalier en colimaçon pavé de briquettes vernies desservait trois étages. Le premier était vide, je compris qu’il était réservé pour Kasey, le deuxième était pour Jenny qui m’accompagna tout en haut, dans mon nid.
Plus on montait, plus l’air était baigné d’une clarté marine et plus je me sentais léger.
Chaque appartement était constitué d’une chambre spacieuse, avec salle de bain et dressing attenants et d’un confortable salon équipé d’une kitchenette.
« Jenny, c’est le paradis ! »
Jennifer assise sur le canapé du salon, regardait ses pieds, les mains entre les jambes. Je la sentais violemment émue.
J’avais peur de parler, alors je m’assis sur la moquette ivoire, à ses pieds, je posais ma tête sur ses cuisses et j’enserrais sa taille fine et nerveuse dans mes bras.
D’une voix enrouée j’arrivais péniblement à prononcer :
« Jenny, Jenny ! »
La femme qui occupait tout l’espace de cet instant là, posa sa belle main princière sur mes cheveux.
C’était comme une récompense. Je sentais son parfum de lilas. Ses doigts fins massaient doucement ma nuque, comme une initiation, une introduction au désir…
- Oui, Alex, je suis là…Pour toi. »
Dimanche 25 mai 2008
11:58 Publié dans Virginia | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
06.07.2008
Phantom of the sea

Devant la grande maison en pierre, les filles rigolaient, les garçons blaguaient.
Awitelin assise sur un muret serrait la bride de ses sandales. Elle était superbe dans sa robe blanche légère.
Une large ceinture noire mettait en valeur sa silhouette aérienne et ses formes si féminines.
Hayatt s’approcha de moi, un large sourire illuminant son beau visage :
« Alors Français, elle te plait tant que ça ma cousine… Tu es accro aux femmes Navajo, hein Alex, c’est ton point faible ?
- Hayatt, tu es trop mignonne… Alors comme ça, tu es jalouse !»
La jeune femme piqua un fard et fit mine de me flanquer un grand coup de pied.
« Eh attend, Hayatt je t’en prie, tu vas finir par te faire mal ! »
Ses grands yeux noirs me fixaient, interrogateurs…
« Tu exagères quand même Alex, tu profites de la situation pour, pour… »
J’ai bien cru qu’elle allait me pleurer dans les bras.
« Mais Hayatt, voyons, je regardais juste les pieds de ta cousine…
- Tu regardais simplement ?
- Oui, enfin non, tu sais comment c’est… Bon OK, j’admirais ses pieds si fins, si gracieux, si…
- OK, ça va, on a compris, tu es complètement gaga avec ton fétichisme parisien !
- Ah !
- Oui, ça ne s’arrange pas !
- Oh Hayatt, tu es injuste, tu sais bien que si Jennifer n’était pas venu me chercher, je ou plutôt nous, enfin tu sais bien… »
Elle poussa un profond soupir.
« Oui, je sais. Tu m’aimes mais simplement je ne suis que la cinquante troisième sur la liste, what a pity ! »
Je lui pris la main et la portai à mes lèvres. C’est vrai qu’il y avait en elle quelque chose d’émouvant.
Même si sa silhouette était moins aérienne que celle de sa cousine qui avait des allures de danseuse Indienne ou de princesse du Sri Lanka, Hayatt était bien faite, mais en plus il y avait dans son regard mouillé, troublé, curieux, comme une flamme vacillante mais jamais éteinte.
Ses yeux noirs avaient un pouvoir étrange…
Elle posa sa main sur mon bras, en s’appuyant sur moi :
« Tu sais Alex…Le problème… ce sont les femmes… Non ?
- Hayatt, mon Cœur, je t’adore ! Tu viens, j’ai envie de voir le phare.
- Mais les autres sont tous descendus vers la ville…
- Et alors Indienne du 21ème siècle, qu’est-ce qu’il peut y avoir d’intéressant dans une localité qui se résume à un boulevard en bord de mer, avec des restaurants et des boutiques à touristes ?
- Je ne sais pas Alex, les gens peut-être ?
- Ah oui, on va regarder passer les couples gays comme s’il s’agissait d’un défilé de cachalots !
- Alex, tu exagères !
- Oui toujours, c’est la règle chez moi. Allez viens, je suis venu pour respirer l’Océan les yeux dans les vagues pour…
- C’est bon, c’est bon j’arrive ! »
Cette fille là, avec ses grands cheveux noirs, elle avait un sourire à lézarder la muraille de Chine !
Au bout du chemin, le phare, comme une bougie sur l’Atlantique…Grandiose.
Le phare en briques blanches était d’accès libre, planté dans la lande. Une pancarte indiquait une première construction en 1826, puis la Tour actuelle, haute de trente huit pieds qui fut achevée en 1875.
Le phare a été automatisé en 1952 et l’entrée dans la tour est en principe interdite au public.
En fait dès qu’on était avec Jennifer, de près ou de loin, il semble que les règles habituelles ne s’appliquent plus. Aussi je ne fus pas vraiment surpris de voir un homme jeune, athlétique et bronzé sortir du phare pour venir nous saluer en nous proposant de visiter le Lighthouse.
Bien sûr il était habillé en noir et portait des Ray Ban.
Hayatt m’expliqua que c’étaient les gros durs de notre équipe de sécurité qui étaient logés là, car Jennifer ne voulait pas les voir au « Château »…
« Et bien dis donc, on mène une vie drôlement risquée, tu te rends compte Hayatt, une dizaine d’adultes abandonnés tous seuls dans une grande maison, comme ça !
- Heu…
- Ah, je me suis réjoui trop vite… Bien sûr, la normalité ce n’est pas pour nous…
C’est comme ce colonel là, cet Amiral où je ne sais quoi, c’est marrant il semblait parfaitement connaitre…
- Tout le personnel !
- Ah !
- Et oui. Enfin si ça peut te rassurer ils ont une solide qualification de personnel de maison, mais en même temps, ils appartiennent tous à l’Agence…
- Nom d’un… Loup ! »
Tout d’un coup, j’étais songeur. Et si finalement je rentrais dans ma petite bicoque de la modeste banlieue parisienne…
Un petit jardin, une maison sympa au toit pointu et caché derrière : un immense jardin, comme un début de forêt avec une centaine d’arbres, des oiseaux partout, à tous les étages, qui me parlent qui s’engueulent, qui houspillent la chatte obligée dignement de déguerpir…
Just un coup de blues, comme ça en passant.
« Et toi Hayatt et les autres, vous aussi vous faites partie…
- Non Alex, rassure-toi, je suis seulement ton amie et j’en suis assez fière… Non, je sais que ma vie a été épluchée, j’ai été interrogé, ainsi que ma famille. Je suis même passée au détecteur de mensonges…
- Dingue ! Comme dans les films !
- Non Alex, c’est pire.
- Mais pourquoi ils font tout ça, ce n’est pas exagéré ?
- Oui et non. Il faut voir qu’avec les élections à l’élection, ça chauffe pas mal en ce moment.
- Oui j’ai vu ça dans le Boston Globe. Il y a du tirage chez les Démocrates, hein ? je crois que la famille Kennedy soutient Obama contre les Clinton…
- Et bien oui, justement l’équipe de campagne de Barack Obama aurait bien vu Jennifer en colistière...
- Et oui, pourquoi pas ?
- Et bien elle a refusé tout net. Elle ne partage pas l’analyse de la famille et pense que seule Hilary pouvait gagner…
- Donc ?
- Donc elle a proposé que ce soit sa cousine Caroline qui s’engage dans ce combat là.
- Quelle famille ! Bon Hayatt, Sirène Cape Codienne, raconte moi une histoire horrible de marins disparus, de bateaux fantômes, de baleines volantes…
- Et bien c’est vrai. Tu as raison Alex, l'histoire du bord de la mer inclut également des naufrages et le sauvetage.
- Allez raconte !
- Et bien je me rappelle d’une histoire vraie, enfin qui a du arriver, que racontait mon grand père à Martha’s Vineyard.
Cela s’appelait :
Le marin sans rivage.
Mercredi 18 juin 2008
12:16 Publié dans Virginia | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note
05.07.2008
Rêve de mère

« Allez Hayatt, raconte le marin sans rivage !
- Et bien mon grand père nous racontait comme ça que ce marin, un fier baleinier, encore jeune patron pêcheur…
- Il a été mangé par une baleine !
- Non Alex, c’est bien pire que ça ! Ecoute-moi bien : C’est la mer. La tempête l’a pris pendant qu’il dormait. En fait il ne s’est jamais réveillé.
- Comment est-ce possible ?
- D’après les témoins qui ont vu la scène, le bateau essayait de rentrer au port, il luttait à mort contre la folie de l’Océan jusqu’à ce qu’une grande vague le rattrape, le ramène en arrière, le retourne complètement et l’engloutisse d’un seul coup dans la fosse marine qui est à deux trois miles de la cote.
C’était un 23 aout. Tous les ans, on dit qu’il revient…
- Ah oui ! Il avait oublié quelque chose ?
- Oui on dit qu’il n’avait pas trouvé sa promise, avant de partir, là où il la retrouvait à la sortie de l’église… C’est triste, tu sais…
- Bon, alors on a perdu la fiancée aussi… Ah je comprends, elle est partie voir ailleurs la…
- Et bien la dernière fois qu’on l’a aperçue, elle était en costume traditionnel et elle se rendait derrière le cimetière, et après plus rien, elle a disparu pour toujours. C’est affreux, non, tu ne trouves pas ? »
Hayatt était si mignonne, là debout dans le vent, elle essuya ses grands yeux noirs, en essayant un sourire…
« Excuse-moi Alex, ce n’est pas ma faute !
- Oui mon Cœur, je sais, le vent, les embruns, cette beauté sauvage me donne le vertige.
Viens, Indienne, on va rejoindre les autres…"
Nous primes le sentier esquissé au milieu de la lande, qui nous amena à l’autre phare, le Wood End Light qui lui est relié à la terre ferme par un breakwater, une promenade de presque deux kilomètres de long.
Le paysage était exceptionnel, c’était comme si on était en haute mer. Quand on était là dominant l’immensité bleuté des flots, on comprenait mieux pourquoi les habitants appelaient Wood End l’Extrémité de la Terre !
A travers le parfum salin je voyais briller les yeux d’Hayatt, je suivais la démarche souple et ondulante de son corps bronzé, je me sentais bien, en vacances, de nouveau.
Je repensais à sa voix chaude qui me racontait l’histoire du Marin sans rivage. J’avais envie de la réentendre, de comprendre…En même temps, progressivement un rêve de la nuit précédente me revenait :
J’étais là avec ma chemisette mauve à rayures, blanches, vertes et violettes. Il faisait beau.
Il faisait chaud, 28° à l’ombre, il faisait bon. La mer était comme un lac, en plus clair, une sorte de bleu émeraude.
Je mis l’embarcation à l’eau, il me semble que c’était un voilier léger, type dériveur. La mer était si calme que je me voyais, je me sentais partir au bout du monde.
J’ai du m’assoupir ou penser fort à quelqu’un d’un autre monde.
Quand je suis revenu sur l’eau, j’étais assis sur le tableau arrière d’un canot en plastique.
sur le banc de nage, au milieu de l’esquif une jeune femme blonde à taches rousses grelottait de froid.
Elle se mit à farfouiller dans le coffre moulé en creux dans la coque arrière, à la recherche de chaussures.
Sa combinaison de plongée était bien trop grande pour elle, notamment le bas où ses pieds flottaient.
Attend, je vais regarder avec toi.
Je me levais et allai m’asseoir sur le banc à côté d’elle Ses cheveux longs et blonds étaient mouillés, défaits, elle était trempée.
Le coffre était pratiquement vide, il ne contenait rien pour la réchauffer. Son visage me bouleversait, je la pris dans mes bras et je la serrai très fort contre moi pour l’enlever au froid.
Au bout d’un moment elle leva vers moi son visage mince et ses grands yeux bleus apeurés.
Je l’embrassais éperdument, je léchais les gouttes salées sur ses lèvres, sa bouche était chaude, contre moi je sentais son corps se réchauffer.
Quand je revins à moi, j’étais dans une petite chambre aux murs transparents, à l’ambiance grise, légère, vaguement triste.
La femme que j’embrassais avait le nez pointu et le regard perçant, ce n’était plus la même, je ne l’avais jamais vu alors que j’étais sûr de connaître ma blonde inconnue. Et alors…
- Oui, et alors ?
- Et bien Jennifer était penchée sur moi. Machinalement, maladivement je tendis les lèvres pour attraper le bout d’un sein tendrement offert et je tétais goulument.
- Et alors ?
- Et bien elle me tint serré contre sa poitrine en ébouriffant mes cheveux et d’une voix basse elle me demanda :
Alors Alex, c’est bon, ils te plaisent mes seins ?
- Oui Jenny, c’est trop bon, tu sais, ils sont salés…
- Alors, c’était ça ! »
Et Hayatt éclata de rire en s’accrochant à mon bras.
Mardi 24 juin 2008
11:02 Publié dans Virginia | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note

